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Sorcellerie en Afrique


 

Claudine Castelnau

 

 

22 février 2021

« La police m’a demandé si mon mari était un sorcier. » Chirindo Chisubi pleurait encore son mari, Dzuya Chisubi lorsque la police qui enquêtait sur sa mort lui a posé la question. La veuve savait que son mari n’avait jamais été sorcier et que sa mort était plutôt due à une dispute concernant la terre. Que c’est le frère de son mari qui avait organisé l’assassinat et que l’assassin avait d’ailleurs avoué à la police.

L’histoire de Chirindo Chisubi est paraît-il courante dans cette région du Kenya. Accuser quelqu’un de sorcellerie justifie qu’on le tue et le site de la BBC Afrique raconte que parmi les tombes du village de Buni Kisimani dans le comté de Kilifi certaines cachent des meurtres horribles.

Dans cette région il n’est pas rare que des malheurs comme les maladies ou les décès soient associés à de la sorcellerie. Souvent ce sont des hommes âgés qui sont accusés de ces malheurs et une mort brutale les attend : ils sont enlevés, tués à coups de hache, lynchés ou brûlés, certains par leur propre famille. Les croyances traditionnelles coexistent avec le christianisme et l’islam, qui sont les religions dominantes au Kenya.

Une enquête du Pew Research Center, menée en 2010, a montré que 11 % des Kenyans croyaient en la sorcellerie alors que la sorcellerie est illégale et peut être punie de prison. Et la police a affirmé, lors de l’enquête de la BBC que rien que dans le comté de Kilifi, « plus de 150 hommes âgés ont été tués rien que ces deux dernières années. Ils étaient accusés de sorcellerie. Naturellement, les hommes et femmes âgés du village de Buni Kisimani vivent dans la crainte pour leur vie. »

Et d’ailleurs, la BBC remarque que lorsqu’elle est arrivée dans ce village pour enquêter « il y avait beaucoup de jeunes hommes dans les environs, certains sur des boda bodas (motos-taxis), le mode de transport omniprésent dans la région. Mais qu’il était difficile de repérer un homme âgé. » En fait c’est une peur mutuelle qui règne dans ces villages : les personnes âgées se sentent en danger et soupçonnées de sorcellerie, les autres d’être des victimes potentielles.

Alors que font les autorités ? Elles affirment avoir arrêtées et inculpées plusieurs personnes soupçonnées de la mort de 28 hommes âgés mais le Covid 19 a retardé les jugements comme celui concernant l’assassinat de M. Chisubi. Des responsables musulmans et chrétiens tentent aussi d’instaurer la paix entre groupes qui s’affrontent dans les villages et leur enseigner qu’il n’y a pas de sorcellerie mais des différences de culture religieuse (protestantisme, catholicisme et croyances traditionnelles qui coexistent avec les religions officielles.) Et des problèmes de terre.

Rude tâche. « Les jeunes doivent apprendre à gagner leur vie au lieu de dépendre uniquement des terres de leurs parents âgés », explique le responsable musulman du village. Et le commandant de la police de la ville voisine affirme que « les conflits fonciers et l’avidité pour la richesse rapide sont la cause principale des meurtres dans la région, selon leurs enquêtes. La racine de tous ces problèmes est liée à la terre. On constate que beaucoup d’hommes âgés possèdent des titres de propriété foncière. Ce sont les jeunes qui ne possèdent pas de terre et qui n’ont pas de moyens décents de gagner leur vie quotidienne qui sont impliqués dans les crimes. »

Quant à la question de la sorcellerie elle est toujours présente, malgré les interdictions. Et pas seulement au Kenya. Dans l’Ouganda voisin, 23 radios locales ont été fermées par les autorités pour avoir fait la promotion de la sorcellerie et accueilli des soi-disant « sorciers » ou guérisseurs traditionnels qui prétendent pouvoir régler les problèmes des gens en échange d’argent dans leurs émissions. Mais interdire 23 radios quand l’Ouganda en compte près de 300...

 

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Il y a quelques années, le journal du CNRS avait publié l’interview d’un anthropologue sur la sorcellerie en Afrique.
J’en retiendrai la réponse que faisait ce chercheur à la question : « Comment se déroule le processus qui va du soupçon de sorcellerie à l’accusation et au châtiment ? » Il répondait :
« Lorsque le soupçon se fait très fort il y a plusieurs possibilités. Après le décès d’un enfant par exemple, la famille peut aller explicitement accuser cette personne. Très souvent, on passe alors à l’acte. Si le soupçon s’est répandu dans tout le quartier, le quartier tout entier peut se lever et il peut y avoir un passage collectif à l’acte. Et il y a des techniques très précises. On ne tue pas de manière quelconque. Il y a la lapidation, et puis la technique terrible du feu  : on bloque la personne dans un pneu et on l’enflamme [...] Il s’agit d’un mouvement collectif et la manière de tuer doit être spectaculaire, pour annihiler non seulement le corps de la personne, mais le pouvoir qu’elle abrite. »

Autre possibilité : « On va vers un ganga, un devin guérisseur. Il est toujours un fin connaisseur des dynamiques familiales et de quartier ; et le ganga dit « oui, c’est en effet ta sœur, ton frère, ton voisin... Souvent, il cautionne le soupçon. »

Enfin, on peut choisir d’aller dans une église de la mouvance néo-pentecôtiste [...]
« On fait la queue. Quand c’est son tour, on s’entretient avec le pasteur. Le plus souvent, dans le cas de l’église pentecôtiste, il se fait appeler "prophète" ou "prophète pasteur", en expliquant que sa foi découle d’une vision ou d’une expérience exceptionnelle. On exprime ses soupçons et le pasteur prophète donne son diagnostic. Dans l’explication proposée par ces églises, à l’idée que l’origine du mal réside chez un autre, on tend à substituer celle qu’on est soi-même ou sa famille à l’origine de son malheur. On doit d’abord se délivrer de son passé, de son péché. Le pasteur évoque les démons qui habitent le corps pour les faire remonter à la surface et sortir. Tremblements, hurlements, frénésie corporelle, cela peut ressembler à certaines séances des téléprédicateurs américains. »

Enfin, « dernière possibilité  c’est que le sorcier soit jugé et emprisonné, puni par l’État lui-même. » Mais, comme l’expliquait cet anthropologue : « La vraie difficulté ressentie par la magistrature et la police judiciaire est de ne pas disposer d’instruments capables de les aider dans leurs poursuites en sorcellerie. »




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