Protestants dans la ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Interdiction de se dissimuler le visage ?


La burqa en Suisse


 

Claudine Castelnau

 

 

15 février 2021

Le 7 mars prochain, les Suisses sont appelés à voter lors d’une initiative fédérale anti-burqa, identification électronique et accord économique avec l’Indonésie. A quelques semaines de cette votation, l’initiative pour interdire le voile intégral « a le vent en poupe », comme l’écrit le quotidien genevois Le Temps s’appuyant sur des sondages.

A la mi-janvier, l’initiative « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage » recueillait 56 % d’avis favorables. L’initiative vient de la droite et de l’extrême-droite, ceux qui se déclarent proches des socialistes et des Verts étant clairement contre l’interdiction de dissimuler son visage. L’argument qui convainc le plus les partisans de l’interdiction est celui de l’égalité des droits hommes-femmes 76 %) puis la lutte contre le terrorisme (65 %) et le symbole de l’oppression des femmes (59 %). Ce dernier point est repris dans une « Opinion » publiée par Le Temps. Son auteur, un conseiller municipal Vert de Morges mais aussi  secrétaire général de l’Union vaudoise des associations musulmanes, avoue que « le voile intégral le dérange, l’irrite ». Mais il considère que le débat autour de l’initiative du 7 mars est stérile, et que le véritable enjeu de cette campagne est la promotion de l’égalité hommes-femmes, la protection des femmes actuellement limitée à la vie professionnelle pourrait être appliquée à la vie en société en général alors que dit ce politique « l’initiative concerne entre 20 et 30 femmes au maximum en Suisse, dont une grande majorité ont choisi cet habillement [la burqa] librement et se verraient donc privées de leurs libertés fondamentales. »

Autre son de cloche, celui d’Etienne Piguet, de la Commission fédérale des migrations, publié par Le Temps. Interrogé alors que venait d’être lancée l’initiative, il regrettait que la question soit posée en termes d’interdiction : « La burqa ou le niqab ne concernent qu’une extrême minorité de femmes en Suisse, tout comme pour l’initiative contre les minarets » [Cette initiative populaire soutenue par la droite « contre la construction de minarets » a eu lieu en 2009 au niveau de la Confédération suisse. Elle a été approuvée le 29 novembre 2009, par 57,7 % des votants.

Douze ans plus tard, aucun minaret n’a été érigé sur les quelque 300 nouvelles mosquées : seules existent en Suisse quatre mosquées avec minarets construites avant l’initiative mais l’islam est la troisième religion de la Suisse et représente 5 % de la population] Une initiative « posée en ces termes, disait encore Etienne Piguet, empêche la discussion sereine qui doit absolument être menée. Cela peut générer un conglomérat de peurs diffuses, un amalgame avec le terrorisme ou un rejet de la population musulmane. En Suisse, la question du voile ne pose pas de problème, mais elle ne doit pas pour autant être évacuée. Le nombre de femmes ou même d’enfants voilés à l’école augmente. Il faut en discuter avant que ça ne devienne un problème. [...]  Il y a quelque chose de problématique avec cette mise en scène de la fermeture [aux autres] qu’est la burqa. Je regrette qu’on n’ait pas d’emblée fait une différence nette entre la burqa et le voile. »

 

.



Les évangéliques suisses avaient déclaré dans un communiqué, que l’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public en Suisse était « acceptable », lorsque l’initiative populaire sur le port du voile intégral et d’autres dissimulations du visage avait été annoncée par le Comité d’Egerkingen représentant la droite dure. Les responsables évangéliques suisses ont tenu, à l’époque, à préciser leur adhésion à cette interdiction : « Le voile intégral fait partie d’une stratégie extrême visant à éviter tout "dérapage" sexuel (infidélité, etc.) ».

Cette idéologie reflète un système sociétal fondé sur la soumission de la femme à l’homme. Une telle interprétation de l’islam « a notamment été mise en avant par les Frères musulmans et propagée dans le monde grâce aux pétrodollars saoudiens. Dans ce cadre, elle est un instrument de combat au service d’une idéologie islamiste en opposition avec les valeurs démocratiques et les Droits de l’Homme. »

En réponse à une instrumentalisation de la question de la burqa par la droite dure, les évangéliques suisses tenaient à affirmer que « leur position n’est pas motivée par une volonté de discriminer ou de stigmatiser un groupe de population. Au contraire, nous souhaitons que le débat sur cette question puisse se dérouler dans le plus grand respect de chaque personne et de sa liberté religieuse, que l’on soit d’accord ou non avec ses orientations. »

Mais le 25 janvier, annonce le site protestant suisse protestinfo, les représentants des grandes communautés religieuses de Suisse ont annoncé en conférence de presse rejeter à l’unanimité l’initiative populaire « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage », en votation le 7 mars. Le Conseil suisse des religions s’oppose donc à l’unanimité à l’initiative « qui placerait certaines femmes entre injonction religieuse de se découvrir le visage et obligation de l’Etat de le dévoiler. »

 

.



Le 22 janvier, le site protestant réformé suisse Protestinfo a publié une interview de Chantal de Rudder, l’ex-rédactrice en chef du Nouvel Observateur et auteur d’un livre « Un voile sur le monde » édition de l’Observatoire, où elle essaye d’expliquer ce voile, que sa grand-mère juive tunisienne portait, une coutume patriarcale à ce voile d’aujourd’hui, porté de façon ostentatoire. Un voile aboli dans les années 30 en Iran par le Shah avant de devenir obligatoire sous peine d’emprisonnement à partir de 1979 et la révolution islamique, une tentative pour les ayatollah d’effacer « une domination idéologique de l’Occident » en même temps que pour Khomeiny « la pierre angulaire de son nouveau régime ».

Pour l’auteur, le voile serait véritablement : un instrument de pouvoir moderne, une tradition « inventée et frauduleuse ». Le voile est aussi, pour les Frères musulmans « un moyen de propager leur vision d’un islam salafiste. »

Et quand on fait remarquer à Chantal de Rudder que « certaines femmes portent le voile sincèrement pour des raisons religieuses », elle répond : « Mais il n’y a pas de religion dans le voile. Vous ne le trouverez pas dans le Coran. Est-ce que ces femmes croient vraiment que le voile fait partie de leur religion ? Est-ce qu’elles veulent le croire ? » 

Et quand Chantal de Rudder affirme que voile et terrorisme vont de pair... elle répond que « les exportateurs de terreur sont les mêmes que ceux qui ont contribué à l’extension du voile. Pour moi, blasphème et voile sont le couple moteur contre l’Occident. C’est un duo, car on invente ces deux concepts la même année. C’est en 1989 qu’a lieu l’affaire des foulards de Creil (exclusion de trois lycéennes refusant d’ôter leur voile) et l’affaire Salman Rushdie à Londres. On voit bien que les choses bougent à partir de ce moment-là. Quand il lance une fatwa de mort contre l’écrivain Rushdie, Khomeiny sait qu’il a là un véritable cheval de Troie : il a compris que l’Occident ne serait jamais aussi virulent en retour contre l’islam [...]  il a rendu possible la résurgence du concept de blasphème [...] parfois devenu "atteinte aux sensibilités religieuses blessées". Khomeiny a ainsi œuvré pour la crispation de l’identité communautaire. Quant à l’initiative suisse du 7 mars sur la burqa, interdite dans d’autres pays, notre conception occidentale de la tolérance nous permet de l’interdire, pas pour des raisons religieuses mais comme la Suisse le propose, en parlant de dissimulation du visage. »




Retour en page d'accueil
Retour vers Claudine Castelnau
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

   

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.