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Aung San Suu Kyi

en Birmanie


 

Claudine Castelnau

 

 

8 février 2021

Le putsch soudain de l’armée birmane a mis un terme à la transition démocratique qui tant bien que mal, et plutôt mal, tentait de s’installer en Birmanie depuis dix ans sous la conduite de Aung San Suu Kyi, première ministre d’un gouvernement élu. L’armée a repris le plein pouvoir qu’elle n’avait de fait jamais abandonné, la Première ministre menant depuis 2010 une opération de transition très difficile et très surveillée par l’armée.

On explique la reprise en main par les militaires birmans à cause de la défaite magistrale du parti qu’ils soutenaient lors des élections de novembre dernier alors que la Ligue pour la démocratie de Aung San Suu Kyi avait remporté un éclatant succès et que la session du Parlement allait ouvrir.

Malgré la peur, dans un pays qui a vécu des répressions sanglantes dans le passé, des habitants en grand nombre sont sortis, une semaine après le coup d’état, dans les rues aux premières heures de la journée de dimanche pour « chasser les démons », comprendre les militaires, en tapant sur des casseroles et le bruit est impressionnant ! Un autre rassemblement se tenait ce jour-là à Mandalay (dans le centre). 

Il y a une semaine, des dizaines de milliers de personnes avaient déjà manifesté dans plusieurs villes de Birmanie pour condamner le putsch du 1er février qui a mis un terme à une fragile transition démocratique de dix ans. Les militaires ont instauré l’état d’urgence pour un an, arrêté Aung San Suu Kyi, ainsi que des dizaines de responsables politiques et des activistes.

Pour justifier son passage en force, le chef de l’armée, Min Aung Hlaing, qui concentre désormais l’essentiel des pouvoirs, a allégué d’ « énormes » fraudes aux législatives de novembre, massivement remportées par la Ligue pour la Démocratie de la « Dame de Rangoun », comme l’appellent les Birmans, en référence à sa maison au bord d’un lac à Rangoun où elle sera en résidence surveillée pendant 15 ans, jusqu’à sa libération en 2010 et son entrée au parlement et enfin dirigeant un gouvernement civil après la victoire de son parti en 2016. Victoire renouvelée aux élections de novembre en 2000.

En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d’Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution, très favorable aux militaires. Ces derniers ont promis des élections libres à la fin de l’état d’urgence.

 


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Et « Mother Suu » ? On dit qu’elle va bien et que pressentant un putsch elle avait enregistré un message à la population diffusé par son parti. Arrêtée lundi lors du coup d’Etat, elle incarne le destin tumultueux de la Birmanie : icône de la démocratie, puis paria de la communauté internationale avec le drame des musulmans rohingyas, dont quelque 750 000 membres de cette minorité installée en Birmanie ont dû fuir devant les exactions de l’armée birmane et de milices bouddhistes en 2017 et se sont réfugiés dans des camps de fortune au Bangladesh.

Une répression qualifiée par l’ONU de « nettoyage ethnique ». Les Nations unies ont d’ailleurs déploré que Aung San Suu Kyi n’ait pas utilisé son « autorité morale » devant cette répression qualifiée par l’ONU de « nettoyage ethnique ».

Ainsi Le Monde, en septembre dernier, avait publié le témoignage glaçant de deux militaires birmans qui avaient témoigné des violences commises, sur ordre, contre des Rohingyas : « Nous les abattions et nous nous débarrassions d’eux en appliquant l’ordre de tuer tout le monde, enfants ou adultes » a raconté l’un et l’autre a parlé des exécutions, de viols, de pillages : Ils ont dit avoir reçu pour instruction de « tous les exterminer », de « tirer sur tout ce qu’ils voyaient » ou encore de « tout tuer ».  

Les Nations unies ont par ailleurs déploré que la dirigeante n’ait pas utilisé son « autorité morale » dans la crise. Un drame qui vaut à la Birmanie d’être accusée de « génocide » devant la Cour internationale de Justice, principale institution judiciaire des Nations Unies.  Ce que Aung San Suu Kyi venue défendre en personne son pays devant la Cour avait nié. Son manque de compassion choquant dans cette affaire lui a attiré les foudres de la communauté internationale, la ville de Paris lui a retiré son prix, le parlement européen l’a exclue de la communauté des lauréats du prix Sakharov pour les droits de l’homme et des voix se sont élevées pour demander que son prix Nobel de la Paix lui soit retiré même si les statuts du Nobel l’interdisent. Et l’icône est tombée de son piédestal et s’est fracassée.

 

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L’hebdomadaire anglican Church Times, citait au lendemain du putsch l’un des responsables de l’association Portes Ouvertes pour l’Asie qui disait craindre un retour de persécution pour les chrétiens birmans : « Au cours des cinquante dernières années, la junte militaire a systématiquement persécuté les chrétiens », affirmait-il. Et un autre responsable de Portes ouvertes, birman, ajoute : « Un régime militaire pourrait signifier que la religion dominante, le bouddhisme, renforce son pouvoir sur la société. Le gouvernement militaire a, dans le passé, toujours été protecteur de leur culture et de leur tradition bouddhiste. Cela pourrait avoir de sérieuses conséquences sur les églises chrétiennes. Nous nous attendons de nouveau à des restrictions sans savoir quelles formes elles prendront. »

Les chrétiens sont particulièrement nombreux dans les minorités ethniques en Birmanie (Kachin, Karen et Shan) et ont été persécutés depuis des décennies par l’armée et certains observateurs craignent que les opérations contre ces minorités s’intensifient après le coup d’état militaire. Les cultes chrétiens, baptistes, adventistes, presbytériens, anglicans, catholiques ont largement participé à l’acculturation des Karen mais aussi des autres minorités ethniques en Birmanie, et les sectes protestantes largement financées par l’étranger au temps de l’administration coloniale britannique a permis aux convertis d’accéder à des fonctions officielles dans l’administration d’où un ressentiment important de la part de la population birmane largement bouddhiste.

 

Autocollant aux couleurs du mouvement 969, marqueur de l'identité bouddhiste


Et quand pendant les années 2000, après des décennies d’isolement, la Birmanie s’ouvre au monde, et s’interroge sur ce qu’est la « birmanité », les moines bouddhistes longtemps réduits au silence par la junte militaire s’arrogent un rôle moral et politique. C’est ainsi qu’émerge une frange extrémiste nationaliste qui promeut une protection agressive des valeurs bouddhistes contre tout ce qui pourrait être un danger, à commencer par l’islam et dont le moine U Wirathu est un exemple qui tranche violemment sur l’image du bouddhisme dont on chante le pacifisme et la tolérance. Le magazine américain Time avait fait sa Une en 2013 sur lui « le visage de la terreur bouddhiste ». Leader spirituel du mouvement nationaliste bouddhiste 969 (référence aux divers attributs du Bouddha) et abbé d’un monastère, il voyage à travers la Birmanie, prêchant et encourageant les bouddhistes à s’attaquer aux entreprises et aux communautés musulmanes du pays. Ses fidèles n’hésitent pas à attaquer physiquement des Rohingya (5 % de la population en Birmanie) qu’il considère comme une menace pour le pays et sa culture, bouddhiste bien sûr. 

Quand on dresse la liste des extrémismes religieux, nationalistes hindous, militants musulmans, fondamentalistes chrétiens, juifs ultra-orthodoxes, le bouddhisme avait largement échappé à la comparaison, il était synonyme de non-violence, et de bonté. Mais U Wirathu et ses fidèles sont arrivés.

Le reporter du Times racontait qu’il l’avait vu prêcher 90 minutes décrivant tout ce qui faisait qu’il haïssait la minorité musulmane sur une terre majoritairement bouddhiste, ce que le magazine qualifiait de « hate speech », truffés de fantasmes : les musulmans sont des envahisseurs, ils veulent faire de la Birmanie un pays musulman, ils ont beaucoup d’argent et achètent les jeunes pour les convertir d’où aussi un boycott économique organisé des commerces musulmans.

Et le sang de centaines de musulmans Rohingya avait déjà coulé dans l’ouest de la Birmanie, ces musulmans que les Nations Unies rangeaient parmi les minorités les plus persécutées au monde. En 2007, on se souvient de ces moines birmans marchant pacifiquement dans les rues, leur bol renversé à la main, contre la junte au pouvoir et malgré les soldats qui les attaquaient physiquement, une image que l’on préfère à celle du moine nationaliste.

U Wirathu s’est attaqué en 2020 à Aung San Suu Kyi et à son parti « diabolique » lors de la campagne électorale, et la police a arrêté pour sédition... Les juntes n’aiment guère l’activisme social et religieux. C’est au bouddhisme désormais à se libérer de cette haine recuite contre les musulmans principalement qui le défigure en Asie.




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