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Joe Biden prête serment
© AFP - Patrick Semansky

États-Unis

Joe Biden et la religion


 

Claudine Castelnau

 

 

26 janvier 2021

La télévision a abondamment couvert l’investiture de Joe Biden comme 46e Président des Etats-Unis. Et comme nombre de ses prédécesseurs, il a prêté serment sur une Bible. Coutume ou obligation constitutionnelle ? Certains médias français s’en étonnent comme de ce « God Bless the United States of America » (Dieu bénisse l’Amérique) qui clôt un discours officiel. Alors que le premier Amendement de la Constitution américaine garantit précisément cette séparation depuis 1787, sous l’impulsion de Thomas Jefferson.

Ce premier Amendement qui dit expressément : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion... » Dix ans plus tard, le 6e président des Etats-Unis, John Quincy Adams, un protestant très libéral sur le plan théologique et partisan de la laïcité déclarait : « Le gouvernement des États-Unis n’est en aucune manière fondé sur la religion chrétienne. » Et lors de son investiture, en 1825, il avait choisi de prêter serment sur un livre de droit constitutionnel.

L’usage de la Bible pour l’investiture du Président n’est en rien spécifié dans la Constitution américaine, qui donne simplement le contenu du serment : 
« Je jure solennellement que j'exécuterai loyalement la charge de président des États-Unis et que du mieux de mes capacités, je préserverai, protégerai et défendrai la Constitution des États-Unis. »

Alors pourquoi les présidents américains prêtent-ils serment en posant leur main gauche sur la Bible depuis plus de deux siècles ? La réponse est probablement : par tradition. Une tradition inaugurée par le premier Président, George Washington, dont on raconte qu’après avoir prêté serment sur la Bible il l’a embrassée.

Par contre le Président est libre de choisir son édition. Ainsi Dwight Eisenhower en 1953, Jimmy Carter en 1977 et George Bush père ont choisi la Bible de George Washington. Une Bible qui a une histoire curieuse : Lors de l’investiture de George Washington à New York, le 30 avril 1789, les organisateurs avaient décidé au dernier moment qu’il devait poser sa main sur la Bible lors du serment. Or il n’y avait pas de Bible à l’horizon, c’est donc une Bible que le président de l’investiture et vénérable Maître d’une loge maçonnique alla chercher dans sa Loge maçonnique. On l’appelle parfois Bible « maçonnique » alors qu’elle est en fait une Bible version King James.

Ce fils de Mary Stuart, la reine d’Ecosse, King James ou Jacques Ier d’Angleterre, qui succéda à Elizabeth 1ère commanda cette Bible et plus de 400 ans après, elle est toujours en usage dans la liturgie de l’Eglise anglicane d’Angleterre. Elle occupe aussi une place importante dans la littérature et la culture populaire américaines, à commencer par les discours politiques, comme le fameux « I have a dream » de Martin Luther King, ou encore des films dont le scénario comprend un rôle de pasteur ainsi que dans un nombre important de westerns.
Le mensuel Books disparu en 2020 écrivait à propose de l’impact de la King James dans la culture américaine : « Sur la “frontière ”[c’est à dire la conquête de l’Ouest et la colonisation européenne] on le sait, la Bible n’était jamais bien loin du fusil. »

 

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Chaque Président a le droit de choisir sa Bible. Ainsi en 2013 Barack Obama avait prêté serment sur deux Bibles : une ayant appartenu à Martin Luther King et l’autre à Abraham Lincoln, le 16e président des Etats-Unis, inspirateur du XIIIAmendement à la Constitution américaine qui abolit formellement l’esclavage en 1865 et meurt assassiné cette même année.
Donald Trump avait lui aussi choisit deux Bibles lors de son investiture. Celle d’Abraham Lincoln et celle offerte par sa mère. On se dit après son passage tumultueux à la Maison Blanche qu’une aurait suffit, s’il l’avait lue !

Enfin Joe Biden est le second catholique élu à la présidence des Etats-Unis, après John Fitzgerald Kennedy et tous deux de souche irlandaise. Il avait choisi pour prêter serment une imposante Bible que possède sa famille depuis 1893 et qui l’a accompagné lors d’investitures depuis 1973, sept fois comme sénateur démocrate du Delaware puis deux fois comme vice-président de Barack Obama.

Cette curieuse Bible dite de Douai de 3000 pages est la première traduction catholique de la Vulgate en anglais, fidèle traduction réalisée au 16e siècle dans un séminaire de Douai, une ville du nord de la France, où s’étaient réfugiés des catholiques anglais persécutés. La Vulgate qui a servi à la traduction de la Bible de Douai est une version latine de la Bible, traduite à la fin du IVe siècle directement depuis le texte hébreu de l'Ancien Testament et du texte grec du Nouveau Testament.
Joe Biden a raconté lors d’une émission de télévision que toutes les dates importantes de sa famille y sont consignées : « Par exemple, chaque fois que j'ai prêté serment pour quoi que ce soit, la date a été inscrite dans cette bible. » La bibliothèque de Douai qui en possède un exemplaire l’a exposé ces jours ci.

 

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Le site Religion News Service a titré, comme un résumé de la journée d’investiture : « Pour le Président Joe Biden, une inauguration de sa présidence remplie de foi. [...] Le Président a commencé cette journée particulière de la même manière que le jour de l’élection et de la plupart des dimanches précédents : il est allé à l’église. Mais cette fois-ci il a emmené l’Amérique avec lui »

C’est à la cathédrale St Matthew où un prêtre jésuite ami les a accueillis avec ces mots : « Ma prière du fond du cœur pour vous aujourd'hui, en tant que prêtre, citoyen et ami, est que vous vous souveniez toujours que le Seigneur est proche et peu importe le bruit et la fureur autour de vous, que Dieu veut vous donner la paix, une paix profonde qui vous soutienne. »

Joe Biden a répondu lors de son discours au Capitole que «  son âme était tout entière investie dans le projet de réunir l’Amérique, d’en faire une nation. » Il a encouragé les Américains à « affronter les défis à venir, insistant sur la foi qui soutient, l’attention mutuelle et le dévouement au pays que nous aimons de tout notre cœur. »

 

Amanda Gorman
© AFP - Patrick Semansky

Enfin il a eu une pensée pour ceux qui pleurent les 400 000 morts du covid : « Comme le dit la Bible : pleurer peut durer toute la nuit mais la joie revient au matin. Nous en viendrons à bout ensemble. » C’est ce qu’a voulu exprimer aussi cette étonnante jeune femme afro-américaine Amanda Gorman, la première jeune poétesse lauréate des Etats-Unis dans ce poème qu’elle a écrit et déclamé avec une présence extraordinaire lors de la cérémonie d’investiture. « Sa seule présence était lumière » a écrit la correspondante du journal canadien La Presse répondant ainsi à Amanda Gorman qui avait affirmé « Il y a toujours de la lumière, si seulement nous sommes assez courageux pour la voir, si seulement nous sommes assez courageux pour l’incarner. »

Avec l’aide des poètes. Et l’espoir, comme l’écrivait le prophète biblique Michée que « chacun s’assiéra sous sa vigne et sous son figuier et il n’y aura personne pour les effrayer. »

 

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L’agence de presse protestante suisse Protestinter a publié le 13 août dernier un article sur Kamala Harris au moment où l’on apprenait que le candidat démocrate Joe Biden avait choisi la sénatrice noire comme vice-présidente. « Elle incarne l'avenir de la religion américaine. À une époque où le pluralisme religieux se développe, la jeune génération du pays, dont beaucoup sont des enfants et des petits-enfants d'immigrés, reconnaîtra en Kamala Harris une forme d'appartenance multiconfessionnelle et spirituelle peu familière à la majorité chrétienne essentiellement blanche de ces dernières décennies. »
Et Protestinter rappelait que Kamala Harris est née de parents immigrés : son père est venu de Jamaïque et sa mère est indienne et elle a grandit dans un foyer aux pratiques religieuses chrétiennes et hindoues. Son prénom, Kamala, signifie « lotus » en sanskrit. C’est aussi l’autre nom de la déesse hindoue de la fortune, de la prospérité, de la richesse et de l’abondance, Lakshmi.

En cela, remarquait un responsable d’une association interconfessionnelle, Kamala Harris, qui se considère comme une baptiste noire a, comme beaucoup de jeunes Américains, une « identité métisse ». A laquelle elle a rajouté l’identité juive de son mari. Joe Biden et Kamala Harris sont tous les deux chrétiens, lui catholique et très pratiquant, elle baptiste de la Third Baptist Church de San Francisco, la première Eglise noire, fondée en 1852, alors que l’esclavage n’était pas abolit.

Un rapport du Pew Research, publié en 2019, révélait que les Etats-Unis devenaient de moins en moins chrétiens et que le nombre de sans religion augmentait. deux tiers (65 %) des Américains se déclarent chrétiens mais les chrétiens blancs sont une minorité. En ce sens, « le billet Biden-Harris ressemble beaucoup plus à l'avenir de l'Amérique et le billet Trump-Pence ressemble beaucoup plus au passé de l'Amérique »,analysait le responsable d’un institut de sondage. « En examinant l'affiliation religieuse des Américains par âge, expliquait-il, le contraste est encore plus frappant. En termes de composition raciale et religieuse, les démocrates qui s'identifient comme tels ressemblent à l'Amérique des trentenaires, tandis que les républicains qui s'identifient comme tels ressemblent à l'Amérique des septuagénaires. »

Enfin, on a parlé de la Bible de Joe Biden mais Kamala Harris sa vice-présidente avait elle choisi de prêter serment sur deux Bibles : celle d’une amie qu’elle considère comme sa seconde mère et celle de Thurgood Marsall, premier juge afro-américain à siéger à la Cour suprême. Un avocat célèbre au 20e siècle pour avoir défendu les droits civiques des Noirs et lutté contre la ségrégation dans les écoles et le refus du vote aux Noirs, entre autres. Des années durant il sera l’avocat de la National Association for the Advancement of Colored People (l'Association nationale pour le progrès des gens de couleur) à laquelle Rosa Parks, appartiendra et organisera avec d’autres militants noirs le boycott des bus de Montgomery dans l’Alabama.

 

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Les évêques catholiques américains sont divisés sur la façon de traiter avec Joe Biden, le premier président catholique depuis John F. Kennedy.
Une petite minorité, bruyante, veut punir le nouveau président pour son soutien à l'avortement légalisé, aux droits des homosexuels et au contrôle des naissances. Ce sont les évêques qui considèrent Biden comme un mauvais catholique qui ne devrait pas être autorisé à recevoir la communion. Un nombre plus important d'évêques conservateurs veut éviter les sanctions telles que le refus de la communion à Biden, mais veulent toujours faire la guerre aux démocrates en raison de leur soutien à ces questions. Ce sont les évêques pour lesquels l'avortement est la question la plus importante, dépassant toutes les autres préoccupations. Ils pensent qu'il n'y a pas de place pour le compromis.

Une minorité d'évêques libéraux aimerait minimiser les oppositions et coopérer avec la nouvelle administration sur les questions de justice sociale et de paix. Il semble que le pape soutienne ce groupe d’évêques.




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