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Roberto di Bella, le président du tribunal pour mineurs de Reggio de Calabre, jeudi dans son bureau
(Alessio Mamo pour le JDD)

Le juge Roberto Di Bella

et les enfants de la ’Ndrangheta

 

 

Claudine Castelnau

 

6 octobre 2020

Reggio di Calabria est face à la ville sicilienne de Messine, de l’autre côté du détroit. La ville est chef lieu de la région la plus pauvre d’Italie et connue pour abriter la puissante mafia mondiale de la ’Ndrangheta, qui a le monopole du trafic de cocaïne.

Elle a aussi un juge d’origine sicilienne, Roberto Di Bella, président du tribunal, qui ne manque pas de courage. Il vit depuis une année sous escorte policière et ne compte plus les lettres de menace qu’il reçoit depuis un an. Le Journal du dimanche qui a dressé un portrait de lui écrit : « Protégé, d'un côté, par un crucifix suspendu au mur [le crucifix de François d’Assise], de l'autre, par la photo du président de la République italienne, Sergio Mattarella, dont le frère a été tué par la mafia, [le juge] homme de loi très croyant préfère parler d'une autre lettre, qui vient d'arriver il y a quelques semaines. Celle d'un boss mafieux incarcéré à vie, sous régime spécial, qui a tenu à le remercier de ce qu'il a fait pour son fils ! »

Que s’est-il passé pour que le juge reçoive cette lettre où le mafieux, incarcéré sous régime de haute sécurité, c’est-à-dire maintenu à l’isolement et surveillé 24 heures sur 24, le remercie ? Le juge a eu l’idée de limiter l’autorité parentale des mafieux : le fils ne vit plus en Calabre. 
« Le juge est fatigué de retrouver toujours les mêmes noms dans chaque affaire à plus de vingt ans d'écart. Et il a ouvert les yeux sur la souffrance des enfants. La ‘Ndrangheta a une caractéristique spécifique, sa structure essentiellement familiale, ce qui la rend très difficile à infiltrer. Ici, en Calabre, les repentis sont très peu nombreux, car il faudrait qu'ils dénoncent leur grand-père, leur frère, leur oncle, explique le magistrat au Journal du Dimanche.
La seule solution est de les forcer à découvrir une autre réalité. Dans ces terres reculées où règne l'omerta, impossible, en effet, de faire confiance à l'école, à l'Eglise ou aux services sociaux pour lancer les premiers signaux d'alerte. En vingt ans, le juge en a eu deux... »

40 mineurs ont été éloignés de ce milieu calabrais hautement toxique, parfois jusque dans le nord de l’Italie où des associations comme Libera une structure catholique antimafia ou Addiopizzo ‘Stop au racket’, le « pizzo » étant l’impôt prélevé sur les commerçants, entre autres, par la mafia locale au prétexte de les protéger...
90 % des mères acceptent aujourd’hui d’aider le tribunal ou de demander de l’aide en secret.

« C'est le tour de force du magistrat, relève Le Journal du Dimanche. Il a simplement compris toute la souffrance à l'intérieur de ces familles, dont le quotidien est fait de perquisitions nocturnes, de deuils, d'arrestations. Les rapports psychologiques de ces mineurs font état de symptômes proches de ceux des vétérans de la guerre du Vietnam, explique le juge Di Bella. »

Et dans l’interview donnée au quotidien genevois Le Temps le juge raconte qu’après avoir passé 6 ans en Sicile, lorsqu’il revient à Reggio au tribunal des mineurs, il a trouvé sur le banc des accusés les enfants des hommes et des femmes qu’il avait jugés deux décennies plus tôt, quand ils étaient encore mineurs. Se retrouver face à deux générations de mafieux l’a poussé à réfléchir :
« Si, depuis 60 ou 70 ans dans la région de Reggio de Calabre, les mêmes familles criminelles contrôlent toujours le territoire et étendent désormais leur réseau dans le monde entier, il doit bien y avoir une raison. »
Et par exemple à San Luca, moins de 4000 habitants, dit-il, « ces mineurs se trouvent dans des villages, dans des familles en crise, leur grand-père ayant été tué, le père étant en prison, leur frère en cavale, se désole-t-il. Ils n’ont personne pour leur indiquer une alternative. Ils ne savent même pas qu’il en existe. Ils n’ont d’autres choix que de vivre dans ce milieu [...] Notre objectif est de leur faire entrevoir un monde différent, où la violence et les assassinats ne sont pas des instruments nécessaires pour résoudre les problèmes, où la prison n’est pas une médaille à arborer sur la poitrine, mais un lieu à éviter à tout prix. Car la mafia exerce un fort pouvoir d’attraction sur eux car elle les plonge dans un monde de richesse et de pouvoir sans avoir à faire des études, des sacrifices et sans respecter les règles ». Alors que ces mineurs ont appris en famille à ne jamais montrer leurs émotions qui pourraient les trahir et trahir leurs proches, ces enfants fendent ensuite l'armure. »

Et un psychologue bénévole de l’association Addiopizzo cité par Le Journal du Dimanche ajoute avec admiration : « Di Bella a su [depuis cinq ans] redonner un visage humain à l'Etat. Au-delà de son travail de juge, il y met du cœur et ne s'arrête pas à la mesure de placement. »

Et Le Temps : « La lutte indirecte contre le crime organisé entreprise par Roberto Di Bella est une «bataille de civilisation contre la corruption, affirme la vice-présidente de Libera, l’organisation catholique partenaire dans cette lutte. »

Même si le juge s’est vu fortement critiqué même par le milieu catholique, pour ses « attaques contre l’institution familiale ». On croit rêver ! Heureusement, d’autres tribunaux, comme à Naples, commencent à lui emboîter le pas. Le temps semble venu où l’Etat va aider financièrement ce travail. Et le juge peut fièrement dire qu’ « aucun de la quarantaine de jeunes qu’il a sauvés depuis 2012, n’a commis de nouveau délit. »


 


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