Protestants dans la ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Vendredi 10 juillet : musulmans en prière devant Saint-Sophie

Sainte-Sophie d’Istamboul  ( 2 )

 

 

Claudine Castelnau

 

13 juillet 2020

Sainte Sophie d’Istanboul-Constantinople, la majestueuse basilique byzantine, puis mosquée après la prise Constantinople par les Ottomans au XVe siècle (en 1453), puis durant 80 ans transformée en musée par Mustafa Kemal Atatürk le fondateur de la jeune République turque qui voulait « l’offrir à l’humanité », Sainte Sophie est finalement, par la volonté politique du président turc Erdogan, de ses juges aux ordres et de ses alliés d’extrême-droite et musulmans, une mosquée à nouveau.

Il l’a annoncé le soir même du jugement, à la télévision, lors d’un message à la nation : « Aujourd’hui, la Turquie s’est débarrassée d’une honte. Sainte-Sophie vit à nouveau une de ses résurrections, comme elle en a déjà connu plusieurs. »

Dans la foulée, le président turc a annoncé « la libération de la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem. Cela signifie que le peuple turc, les musulmans et toute l’humanité ont de nouvelles choses à dire au monde. »

Erdogan a aussi répondu aux critiques en affirmant que « Sainte Sophie serait ouverte aussi bien aux musulmans locaux qu’étrangers, musulmans ou non. » Et il a remarqué que « aujourd’hui en Turquie il y a 435 églises et synagogues ouvertes alors qu’il reste très peu de bâtiments construits par nos ancêtres en Europe de l’Est et dans les Balkans. »
La première prière sous la coupole de Sainte-Sophie devrait avoir lieu le vendredi 24 juillet.

 

.

 


Cette décision de faire de Sainte Sophie une mosquée dont le gain politique n’est pas certain, a suscité nombre de protestations dans le monde. Des États-Unis, d’abord, très mal placés pour protester après que le président Trump ait reconnu Jérusalem, la ville trois fois sainte, comme capitale exclusive de l’État juif d’Israël. Par la voix du secrétaire d’Etat Mike Pompeo, les États-Unis ont pourtant regretté que « Hagia Sophia [le nom grec de la basilique] en devenant mosquée perde une partie de son rôle de pont, si rare dans notre monde moderne, entre les différentes religions, traditions et cultures. »

L'Unesco, l'agence de l'ONU en charge de la culture, a annoncé qu'elle « regrettait vivement » la décision des autorités turques, « prise sans dialogue préalable », de « modifier le statut » de ce site classé au patrimoine mondial de l'humanité.

L’un des écrivains turcs les plus connue, Orhan Pamuk, a dit à la BBC : « Il y a des millions de Turcs laïques, comme moi, qui protestent contre [cette conversion de Sainte Sophie] mais nos voix ne sont pas entendues. »

La décision survient à un moment de fortes tensions entre la Turquie et la Grèce sur l’exploitation des ressources en hydrocarbures de la Méditerranée orientale et la gestion de milliers d’immigrés en Méditerranée que la Turquie avait encouragés cet hiver à traverser la frontière grecque.

Au de là de la condamnation sur le plan culturel, la question religieuse s’est invitée dans les réactions grecques. Et autres. La Grèce qui compte des millions de fidèles orthodoxes voit dans la transformation en mosquée de Sainte-Sophie « une provocation ». Le primat de l’orthodoxie, le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier, avait parlé le mois dernier du musée de Sainte-Sophie comme d’un « symbole de la rencontre, de la solidarité et de la compréhension mutuelle entre le christianisme et l’islam. » Transformer Sainte Sophie en mosquée « pourrait dresser des millions de chrétiens dans le monde contre l’islam », avait-t-il conclut.

La décision a également été déplorée à Moscou, qui compte la communauté la plus importante de l’orthodoxie : « Nous constatons que l’inquiétude des millions de chrétiens n’a pas été entendue », a réagi le porte-parole de l’Église orthodoxe russe.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian a réagit le 11 juillet : « Ces décisions remettent en cause l'un des actes les plus symboliques de la Turquie moderne et laïque. L'intégrité de ce joyau religieux, architectural et historique, symbole de la liberté de religion, de tolérance et de diversité, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, doit être préservé. »

Et pour le politiste Ahmet Insel, cité par franceinfo, le président turc cherche à reconquérir son électorat musulman alors que sa popularité est en chute dans les sondages et que la Turquie traverse une crise économique. « Il y a, dit-il, une pression de l'islam politique turc depuis des décennies, dans lequel Erdogan a grandi. C'est son univers. La reconquête de Constantinople, d'Istanbul, c'est Sainte-Sophie. Du coup, il a grandi dans cet idéal musulman. » 

Enfin, le Conseil œcuménique des Églises, qui représente 350 Églises (protestantes et orthodoxes : 500 millions de chrétiens dans le monde, a déclaré, dans une lettre de son secrétaire général au président Erdogan, la peine et la consternation du Conseil : « En décidant de reconvertir Hagia Sophia en mosquée, vous avez inversé ce signe positif de l'ouverture de la Turquie et l'avait changé en signe d'exclusion et de division. » 

Cette décision « créera inévitablement des incertitudes, des soupçons et de la méfiance, sapant tous nos efforts pour rassembler des gens de confessions différentes autour de la table du dialogue et de la coopération [...] Dans l'intérêt de promouvoir la compréhension mutuelle, le respect, le dialogue et la coopération, et en évitant de cultiver de vieilles animosités et divisions, nous vous demandons instamment de reconsidérer et d'annuler votre décision. »

 

.

 

« Il ne faut pas réduire cette décision à l’islamisme du parti présidentiel », tempère toutefois le chercheur Jean-François Pérouse, ex-directeur de l’Institut français d’études anatoliennes (IFEA) d’Istanbul. « Il y a aussi une temporalité plus récente à l’œuvre, liée à la grande alliance entre ce parti et l’extrême droite, qui est plus vigilante sur ces questions », commente-t-il.
En perte de vitesse depuis 2015, le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Erdogan a conclu, pour se maintenir au pouvoir, une alliance avec le Parti de l’action nationaliste (MHP), une formation plus laïque que religieuse, qui a conduit Ankara à faire siens les thèmes privilégiés de l’extrême droite : fermeté, voire bellicisme dans la conduite des affaires étrangères et exaltation de l’identité islamo-turque sur la scène nationale. D’où la volonté portée par Erdogan d’une renaissance d’inspiration « néo-ottomane », qu’incarne à merveille la reconversion de Sainte-Sophie.


Retour en page d'accueil
Retour vers Claudine Castelnau
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

   

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.