Protestants dans la ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

ALAIN HOUZIAUX

Réflexions et poèmes

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français


Nouvelles


 

L’ « affaire Mila »

 

 

10 février 2020

L’ « affaire Mila » a suscité des dérapages graves. Ainsi le délégué général du Conseil français du culte musulman tout en se disant contre les menaces de mort reçues par Mila estimait dans une interview sur Sud Radio: « [...] Elle l’a cherché, elle assume. Les propos qu’elle a tenus, les insultes qu’elle a tenues, je ne peux pas les accepter », sans être choquée par les propos orduriers et les menaces de mort contre Mila, que certains de ses harceleurs justifiaient au nom de l’islam.

Ces mots rappellent ceux que l’on avait entendus lors des assassinats à Charlie Hebdo. Mais plus polémique et choquant parce que venant de la ministre de la Justice, une déclaration sur Europe 1 le 29 janvier, où elle parlait « d’insulte à la religion » et d’ « atteinte à la liberté de conscience. »

Depuis la garde des sceaux Nicole Belloubet s’est reprise, heureusement, et devant la polémique suscitée par ses propos a publié dans Le Monde du 8 février une tribune où elle affirme au contraire que « chacun peut critiquer une croyance comme il l’entend ». Lors d’une interview à la radio sur « l’affaire Mila », écrit-elle, j’ai eu une expression qui était non seulement maladroite – ce qui est regrettable –, mais surtout inexacte – ce qui l’est plus encore  [en disant] : « L’insulte à la religion, c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience. »

La ministre reconnaît que « juridiquement, l’insulte à la religion n’existe heureusement pas dans notre République. Seules sont réprimées les injures faites à autrui en raison de son appartenance à une religion déterminée, comme celles adressées à une personne en raison de ses origines, de ses orientations sexuelles, de son sexe... Pour dire les choses simplement, chacun peut critiquer comme bon lui semble une religion, une idée, un concept, avec les mots de son choix. C’est non seulement heureux, mais aussi salutaire. On ne peut, en revanche, insulter les personnes, qu’elles soient croyantes ou non, d’ailleurs. C’est ce qui permet de vivre ensemble dans une société civilisée [...] En matière de laïcité, il n’y a pas d’accommodements possibles. C’est un bloc. Inaltérable. Non négociable. Vital. La France s’est construite autour de cette idée cardinale, qui fait partie de notre ADN. Ce principe est la pierre angulaire de la République. Il repose sur la liberté de conscience et la stricte séparation des religions et de l’Etat. Et si la laïcité renvoie à un régime juridique, elle est plus encore un esprit, un esprit français. Dans les temps actuels, ce bien est précieux, car il repose sur le respect de chacun dans ses convictions, tout en préservant la sphère publique des pressions religieuses. Or ces pressions, que nous pensions écartées au XXe siècle, sont aujourd’hui plus fortes que jamais, en revêtant de nouvelles formes, directes ou insidieuses, avec toujours, en surplomb, une violence plus ou moins explicite. »

 


.

 


La ministre de la Justice écrit encore dans sa tribune au Monde que « l’affaire Mila a remis en lumière la question du droit au blasphème. Ce droit existe. Dans notre pays, chacun est libre de blasphémer. C’est l’évidence même [...] Par définition, qui se place hors du point de vue religieux ne blasphème pas ; il exprime une pensée, une critique, que l’on peut ensuite critiquer à son tour si on le souhaite, mais jamais en usant de menaces ou d’injures ad hominem. La France n’est pas une terre de fatwas [...] le crime de lèse-Dieu n’existe pas et la République a su rompre avec une tradition qui avait conduit, sous Louis XV, à l’exécution du chevalier de La Barre, accusé de n’avoir pas ôté son chapeau devant une procession. Voltaire en défendit la mémoire [...]

Les bûchers sont aujourd’hui virtuels. Ils n’en sont pas moins intolérables et menaçants, car nous savons, aujourd’hui, cinq ans après l’attentat de Charlie Hebdo, que les mots tuent aussi. La bêtise, l’ignorance, l’obscurantisme nous guettent à chaque pas et ne nous lâchent pas, avec une force démultipliée sur les réseaux sociaux. Une adolescente en a fait la terrible expérience et nous devons tous contribuer à la protéger et à lui permettre de retrouver le fil d’une vie normale, celle d’une jeune adulte qui s’ouvre au monde [...] 

 


.

 


Autre tribune publiée le 4 février dans Le Monde, de dix-huit enseignants-chercheurs qui s’inquiètent de la situation de Mila, 16 ans, « déscolarisée par prudence après une campagne par Internet la menaçant de viol et de mort pour avoir commis un délit de "blasphème" envers l’islam, un délit qui n’est plus reconnu comme tel par le droit dans notre pays laïque, ni par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Nous réagissons aujourd’hui, consternés par le silence assourdissant de la gauche et plus généralement des voix républicaines dans notre pays. »

Ces enseignants disent leur stupéfaction que la justice ait envisagé de poursuivre aussi bien les harceleurs que leur victime, que le procureur de l’Isère ait d’abord ouvert une enquête contre Mila pour provocation à la haine et que la ministre parle d’insulte à la religion. Que l’enquête ne vise désormais que les harceleurs responsables des menaces de mort contre Mila tombe sous le sens mais « ils ne manqueront pas de se poser en victimes, atteints au plus profond de leur sensibilité religieuse par les propos prétendument "blasphématoires" de Mila, écrivent ces enseignants qui relèvent que si les propos de la lycéenne ont finalement été particulièrement vifs envers l’islam, il s’agissait pour elle de se défendre contre des dragueurs trop insistants, et finalement de s’opposer à des harceleurs. Or, on peut s’interroger sur le caractère insolite de leur ferveur religieuse : pourquoi se sont-ils présentés sur le compte Instagram d’une lesbienne affichée ? Pourquoi lui ont-ils adressé des propositions sexuelles ? Quelle serait cette conception de la religion qui les autoriserait à contraindre une jeune femme inconnue à accepter une relation sexuelle dont elle ne veut pas, et qui appelle sur elle une sanction divine pour l’avoir refusée : "Inch allah tu meurs sale pute que tu es", "[...] notre dieu Allah c’est le seul et l’unique, j’espère tu vas brûler en enfer [...]". En condamnant à mort la jeune femme aussitôt qu’elle a déclaré "l’islam est une religion de haine", ils semblent ironiquement s’employer à lui donner raison. »

Ce que n’ont pas relevé ni le délégué général du Conseil français du culte musulman ni d’autres responsables musulmans qui ont désapprouvé mais n’ont pas mis en cause relèvent les enseignants « la conduite de prétendus croyants [musulmans] aussi problématiques [...]. L’affaire Mila, concluent ces enseignants, ne peut être réduite à un simple fait divers sociétal. Les harceleurs de cette lycéenne et leurs soutiens de fait mettent en cause la liberté d’expression, la laïcité et le droit à l’éducation. Les institutions concernées, au premier chef le ministère de l’éducation nationale et celui de l’intérieur, doivent prendre des mesures claires. C’est aussi à la société civile de réaffirmer les principes qui la fondent et garantissent l’état de droit, et ceci au-delà de toutes les différences partisanes. »

 


.

 


Le journaliste Michel Guerrin, dans sa chronique du Monde du 1er février, pointe du doigt, avec raison, que « des organismes dans la mouvance de la laïcité et des droits de l’homme n’ont pas défendu Mila. Même mutisme et parfois hostilité dans la sphère féministe et LGBT, alors même que Mila est homosexuelle et qu’elle a été traitée de "sale lesbienne". Côté politique, c’est essentiellement la droite et l’extrême-droite qui défendent Mila. La gauche, qui s’est battue pendant des décennies contre les censures de l’Etat, de l’Eglise ou des culs serrés semble muette [...] Le silence est tout aussi assourdissant dans le monde de l’art et de la création. L’autocensure est généralisée [...] Leur absence dans l’affaire Mila est inquiétante. »



Retour

Retour vers Claudine Castelnau
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

   

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.