Protestants dans la ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français


Nouvelles

 


Algérie

Protestants et... autres

 

 

9 décembre 2019

A la mi-octobre la Fédération protestante de France alertait sur la situation préoccupante des chrétiens en Algérie à la suite d’une lettre du président de l’Eglise protestante en Algérie. Eglises fermées, pasteurs et responsables d’Eglise inquiétés, arrêtés. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montrait des policiers expulsant des fidèles d’un temple en Kabylie et les 15 et 16 octobre, trois églises protestantes étaient fermées par les autorités, ce qui portait à 12 églises interdites de culte depuis 2018 plus toutes les tracasseries injustifiées contre les bâtiments et contre les convertis (une infime minorité des 42 millions d’Algériens) dont on ignore le nombre réel mais qui alimente tous les fantasmes… L’offensive bien réelle des néo-évangéliques qui se vantent de baptiser à tout de bras des musulmans, alimente la crainte d’une atteinte à l’identité nationale d’autant que « certaines conversions ont une dimension politique, explique une chercheuse du CNRS. Devenir chrétien, dit-elle, c’est revenir aux sources mythifiées du christianisme berbère antique. C’est aussi rejeter l’idéologie arabo-islamique de l’Algérie. »  La situation politique et sociale actuelle doit aussi être prise en compte pour expliquer les fermetures d’églises. Mais le sujet des conversions porte plus loin, selon l’historienne : « Il soulève des questions fondamentales comme la pluralité religieuse, l’Etat de droit et la démocratisation du pays [...] Ces chrétiens revendiquent de fait un droit constitutionnel. »

 

.

La mobilisation internationale contre cette persécution rampante des chrétiens en Algérie paraît payante, annonce l’hebdomadaire protestant Réforme le 5 décembre. Plus aucune église n’a été fermée depuis la résolution du Parlement européen, le 26 novembre dernier à Strasbourg, qui déplore « les arrestations arbitraires et illégales, les détentions, les intimidations et les attaques de journalistes, syndicalistes, avocats, étudiants et manifestants pacifiques du Hirak ». Les élus européens ont fait part aussi de leur inquiétude pour « la liberté de culte des chrétiens et des ahmadis. »
 [L’ahmadisme un courant réformateur de l’islam né au 19e siècle en Inde et qui bien que se revendiquant musulman a été déclaré en 1973 comme une secte non musulmane par l’Organisation de la coopération islamique, dont l’Algérie est membre. L’hamadisme compterait environ 10 millions de fidèles dans 190 pays et sont victimes de nombreuses persécutions à travers le monde, à commencer par l’Algérie.]


Les violences policières ont cessé, les pasteurs convoqués à la gendarmerie ou à la police traités correctement. Mais les églises fermées n’ont pas rouvert et le vice-président de l’Eglise protestante en Algérie évalue à quelque 4000 les fidèles encore sans lieu de culte. L’alarme donnée par le Parlement européen est considérée par une sociologue du CNRS comme positive :
« Cette résolution stigmatise tous les graves manquements aux droits de l’homme constatés dans le pays ces derniers mois. » Pour elle, note Réforme « les évacuations et les fermetures d’églises protestantes s’inscrivent dans le contexte spécifique du Hirak [autrement dit le mouvement de contestation algérien qui dure depuis février], surtout à l’approche de l’élection présidentielle prévue le 12 décembre prochain. La chercheuse y décèle une surveillance accrue des lieux de culte, dans l’objectif d’y repérer tous leurs membres impliqués dans le mouvement de contestation. Le message implicite adressé aux responsables d’églises est sans ambiguïté : à eux de faire le “ménage” dans leurs rangs pour espérer poursuivre tranquillement leurs activités. »

Alors, les évangéliques seraient-ils en partie responsables de leur persécution en raison de leur prosélytisme ? Les chercheuses disent que non mais remarquent qu’ «ils viennent perturber la norme religieuse d’uniformisation. », à savoir que l’on est arabe et musulman, comme en France au temps de Louis XIV on était français et catholique, d’où les persécutions contre les protestants hier, les chrétiens en Algérie aujourd’hui. Ces chrétiens algériens sont victimes des violences policières, au même titre que tous les Algériens. « Dans un sens, cela pourrait jouer en leur faveur » car cela prouve leur « algérianité », malgré leur sortie de l’Oumma (la Communauté musulmane mondiale). Néanmoins, conclut Réforme, le combat pour les droits religieux est loin d’être gagné. Le gouvernement a cessé, temporairement, de sévir, non pas par conviction mais par opportunité.
« Les autorités algériennes maintiennent les églises dans un statut précaire pour se donner la possibilité de sévir au cas où elles gêneraient leurs intérêts. Mais les pressions diplomatiques peuvent aider les chrétiens algériens dans leurs négociations avec un pouvoir qui répugne à se voir ainsi montré du doigt sur la scène diplomatique internationale. »
Et l’Eglise protestante en Algérie avait organisé une conférence de presse dans les locaux en Kabylie de la Ligue algérienne pour les droits de l’homme, le 25 novembre, afin de dénoncer les agissements du gouvernement... En attendant ce 12 décembre des élections que nombre d’Algériens redoutent, en Algérie comme en France.

 


.

 


Restons en Algérie : la semaine passée, le site francetvinfo publiait une interview de Belkacem Mostefaoui, professeur à l’Ecole nationale supérieur de journalisme et des sciences de l’information à Alger, chargé d’une enquête sur la jeunesse de son pays, l’Algérie, par l’Union européenne comme pays voisin méditerranéen. Sur un échantillon de 16 000 personnes que comporte son étude, Mostefaoui nous fait découvrir un autre visage de son pays. Par exemple que les femmes (63 %) et les hommes (67 %) sont contre le fait que des dirigeants religieux interviennent dans le domaine politique, les plus jeunes (67 %) étant plus enclins à refuser l’intervention des religieux en politique que leurs aînés (64 %).

De même les jeunes ayant fait plus de 4 ans d’études dans l’enseignement supérieur sont plus nombreux à affirmer :  « Je ne veux pas voir de dirigeants religieux intervenir dans les affaires publiques » que ceux moins diplômés (57 %). L’universitaire a aussi observé que le religieux tend à être relativisé et réservé à la sphère privée « une évolution remarquable dans un pays comme l’Algérie qui durant la décennie 1960 a failli basculer dans un système politique théocratique sous la houlette du Front islamique du salut (FIS). »

Et l’on constate une volonté de rupture des jeunes par rapport au religieux qui se manifeste surtout dans la vie privée. Ainsi, 32 % des hommes et 25 % des femmes « affirment pouvoir être heureux sans croyance religieuse. » Autre conséquence du Hirak : depuis le soulèvement populaire de février, les jeunes Algériens (près de 9 millions de moins de 25 ans sur 42 millions), ont repris quelque espoir et les garde-côtes constatent une certaine baisse en 9 mois de soulèvement de ceux qui veulent quitter le pays et de ceux qui ont laissé leur vie sur les côtes algériennes. Que se passera-t-il le 13 décembre, au lendemain de la présidentielle imposée par les militaires ?

Belkacem Mostefaoui répond : « Toute spéculation sur les résultats du bras de fer entre le commandement militaire, pouvoir réel du pays, déterminé à réaliser en force l'élection du 12 décembre et la force tranquille du Hirak populaire serait vaine. Par contre, il peut être question de conviction : la mienne est que même si ce scrutin dicté par la force des armes (et probablement une dérisoire participation) scelle formellement la société algérienne, cette domination est éphémère, conjoncturelle. Elle ne peut pas perdurer. Une nouvelle Algérie est née. »


 


Retour

Retour vers Claudine Castelnau
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

•••••••••••••••••  

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.