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Les Ouïghours


13 mai 2019

Les Ouïghours, les médias parlent régulièrement de leur situation critique en Chine et la semaine passée on a encore pu voir un documentaire impressionnant sur les chaines télévisées Arte et France 24 une chaîne internationale ?
Mais d’abord qui sont les Ouïghours ? Un peuple turcophone et musulman sunnite dans la province autonome du Xinjiang à l’ouest de la Chine où ils sont les plus nombreux et en Asie centrale. Les Ouïghours chinois sont officiellement reconnus comme l’une des cinquante-six nationalités de la République populaire de Chine et ils étaient estimés à quelque 10 millions en 2009.

On retrouve ce peuple, plus ou moins nombreux en Turquie, au Kazakhstan, au Kirghizistan, en Russie, en Ouzbékistan. L’islam de rite sunnite atteint cette région très vite puisqu’au 8e siècle une grande mosquée est construite, l’une des plus anciennes du monde. Les Ouïghours seront conquis au 18e siècle par les Chinois et le Xinjiang colonisé, puis devenu province chinoise au 19e siècle.

Les rêves d’indépendance sont réprimés et la revue Hérodote explique que « l'arrivée des communistes au pouvoir en 1949 marque une mise au pas de la population que l'on cherche à “diluer” en incitant les membres de l'ethnie Han, majoritaire en Chine, à s'installer sur ces terres de l'ouest. 

On retrouvera un peu plus tard cette même politique de « dilution », cette « colonisation intérieure » de la population locale lors de l’annexion du Tibet. Dans ce qui est depuis 1955 la « Province autonome ouïghour du Xinjiang », on ne compte désormais que 47 % d'habitants ouïghours contre 80 % dans les années 1950 « associé à un total contrôle des activités politiques, économiques, religieuses et culturelles, [un contrôle] qui s'est accéléré à la chute de l'URSS par crainte d'une sécession. Cela ne s'est pas fait sans heurts puisqu'en 2009 par exemple des émeutes à Urumqi ont fait (officiellement) près de 200 morts. Mais surtout, relève la revue Hérodote  « être ouïghour aujourd'hui, c'est vivre dans une région en état de siège : les déplacements sont minutieusement suivis, les contrôles policiers s'enchaînent, les stations-services sont enfermées derrière des barbelés. Partout, les caméras surveillent... »

 

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Le Nouvel Obs a publié le 11 mai un long article sur la situation des Ouïghours du Xinjang. Plus d’un million seraient détenus dans des camps d’internement. Les autorités chinoises parlent de « centres de formation professionnelle » pour justifier cet internement, qui seraient en fait des « camps de rééducation politique ».
Mais des témoignages émanant de nombreux pays aussi bien que de l’ONU et d’organisations de défense de droits de l’homme dénoncent l’ampleur de la répression et les traitements infligés à cette population sous le prétexte de lutter contre l’extrémisme religieux [islamique] et en réponse à « plusieurs soulèvements violemment réprimés. »
« Pour 13 millions de Ouighours, raconte le Nouvel Obs, la province est devenue une prison à ciel ouvert, sous surveillance permanente. Un véritable état policier. Pékin ne lésine pas sur les moyens : des checkpoints quadrillent tout le territoire. Les habitants sont sans cesse fouillés, arrêtés, leurs téléphones portables sont contrôlés, leurs boutiques fermées. Des caméras de surveillance -la Chine est à la pointe en matière de reconnaissance faciale - les traquent partout, dans les taxis, les rues ou les toilettes publiques... »

Arte et France 24 diffusaient le week end dernier un documentaire qui témoigne de la situation des Ouïghours malgré les difficultés extrêmes rencontrées par les journalistes : arrestations, interdiction de filmer, pour recueillir des témoignages de citoyens et citoyennes qui ont connu l’internement dans ces camps. Il a suffi d’être d’une religion (musulmane), d’une culture différente, d’avoir voyagé pour affaires, d’être traductrice d’anglais ou de porter un foulard. Tous ces gens témoignent de conditions de détention inhumaines et d’endoctrinement forcé, de « lavage de cerveau », de séances d’autocritique et même de séances de torture et même des injections pour rendre les détenus dociles, témoignent plusieurs.

Le documentaire raconte aussi la traque des Ouïghours qu’exerce Pékin hors de frontières de la Chine : sous prétexte de renouveler un passeport, ou de régulariser sa situation par exemple, on les oblige à rentrer en Chine où ils se retrouvent, comme cette femme ingénieure vivant avec sa famille en région parisiennes depuis dix ans et emprisonnés dans un camp depuis 2017. La diaspora forte de 1 million de Ouïghours manifeste, témoigne et « tous promettent de ne jamais abandonner leurs compatriotes enfermés dans les camps chinois. »

 

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Gulbahar Jelilova parle pour la première fois à un média étranger


Enfin il y a ce témoignage glaçant de Gulbahar que vous pouvez retrouver sur le blog d’Ursula Gautier ancienne correspondante permanente en Chine du Nouvel Observateur. Gulbahar Jelilova on la voit témoigner de cette détention arbitraire longue et traumatisante dans un camp de concentration chinois, sans que cette citoyenne kazakhe d’origine ouïghour et vivant en Turquie, dirigeant une société d’import-export et commerçant avec la Chine, comprenne pourquoi elle a été précipitée comme un million d’autres Ouïghours dans un maelström de souffrances inouïes imaginées par la Chine, pour mettre au pas ses minorités musulmanes perçues comme récalcitrantes. Réfugiée en Turquie, elle se sent toujours à la merci de ses tourmenteurs. 

« Ils m’ont formellement interdit de parler de ce que j’avais vu et vécu », dit-elle en tremblant. Elle a peur de sortir, d’être assassinée en pleine rue par des agents chinois. « Mais le besoin de raconter est trop fort, et surtout celui de tenir la promesse faite à ses compagnes d’infortune de ne pas les oublier et de témoigner. »

Ce qu’elle a accepté de faire : elle décrit les tortures sadiques, les femmes battues, électrocutées, les interrogatoires toutes les deux heures où on l’accuse d’avoir fait un virement de 17 000 yuans vers la Turquie à une société inconnue, d’avoir collaboré avec des terroristes, et est-ce que ses enfants sont pratiquants, fréquentent la mosquée :  « Je leur disait que je suis Kazakhe, je vis dans un pays musulman où les gens vont souvent à la mosquée. »

Gulbahar dit aussi que les Ouïghours de nationalité chinoises qui s’étaient rendues dans un pays musulman pour étudier, travailler, faire du tourisme subissaient des tortures beaucoup plus graves dont certaines ne revenaient pas et d’autres mourraient peu après avoir été renvoyées dans la cellule. Gulbahar dit encore : « Ils ont la hantise de la moindre pensée, du moindre geste qui échappe au contrôle du Parti. Ils veulent nous transformer en zombies sans âme, sans croyance, sans fierté, qui savent juste hurler : "Vive le Parti communiste chinois  ! Merci à Xi Jinping pour ses bontés  ! Je suis chinoise, je suis fière d’être chinoise  !" »

Quand finalement l’ambassade du Kazakhstan à Pékin interviendra, à la demande répétée de ses trois enfants, elle sera libérée. « J’ai pleuré, pleuré, pleuré en pensant à toutes mes sœurs qui restaient derrière ces murs et ces barbelés. »

 


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Le quotidien britannique The Guardian a publié le 7 mai dernier en collaboration avec Bellincat une enquête sur les sites et mosquées partiellement ou totalement détruits en Chine depuis 2016 au Xinjan. Des photos prises par Planet Lab depuis de petits satellites qui survolent la terre.
Par exemple, en novembre 2018, on voit sur l’une de ces photos qu’une mosquée au Xinjan a été partiellement détruite, son dôme ayant été abattu.

De même chaque année, des pèlerins musulmans ouïghours faisant le hadj avaient l’habitude de venir au tombeau de l’imam Asim, un saint guerrier du 8e siècle dans l’ouest de la Chine. Ce pèlerinage était le plus important de la région, on venait sur la tombe du saint chercher guérison et fertilité. Sur les images satellites on ne distingue plus personne, la mosquée où avaient lieu des rites soufi a été détruite et seul le tombeau est visible.

C’est l’un des nombreux sites musulmans qui ont été partiellement ou totalement détruits depuis 2016. Et montre à l’évidence l’importance des destructions de sites musulmans au Xinjang. The Guardian et Bellngcat la société qui dispose des satellites révèle que sur 91 sites musulmans au Xinjang, 31 mosquées et deux sites de pèlerinage ont subi des dommages importants entre 2016 et 2018 dont 15 mosquées totalement détruites ou presque rasées. Les autres ont eu leur dôme et minarets enlevés.

Des chercheurs affirment que la campagne contre les Ouïghours s’intensifie et que c’est quelque 1.5 million de Ouïghours et autres musulmans qui seraient dans des camps de rééducation. Et que des centaines et peut-être des milliers de mosquées, certaines dans de petits villages, ont été détruites dans cette campagne d’éradication de l’islam et des minorités musulmanes au Xinjan qui s’intensifie. Un crève-cœur pour ces pieux fidèles.

« Rien ne peut mieux signifier à ces Ouïghours que la volonté de l’Etat chinois de déraciner leur culture et leur lien avec cette terre que la profanation des tombes de leurs ancêtres et des sites sacrés qui sont les repères d’histoire Ouïghour. Cela s’appelle la "sinisation de l’islam" », comme la Chine a entrepris la sinisation du christianisme, « pour que religion et socialisme s’adaptent l’un à l’autre » a expliqué benoîtement un secrétaire du Parti communiste chinois. En attendant cela ressemble plus à une guerre contre les religions. Qui s’installe.

 


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