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Lyra McKee

la nouvelle Irlande du Nord

 


30 avril 2019

Elle s’appelait Lyra McKee et elle avait 29 ans. Née à Belfast, en Irlande du Nord, elle était journaliste et militante homosexuelle, mais surtout, comme le rappelle le quotidien de gauche britannique The Guardian, elle s’était fait une spécialité de mettre en lumière ces tragédies qui ont accompagné trente ans de ce qu’on a appelé les « Troubles » en Irlande du Nord. Des histoires d’atrocités, de victimes enlevées, disparues à jamais parce que leurs corps enterrés en secret n’ont jamais été retrouvés et dont les assassins n’ont jamais été traduits en justice. Lyra McKee allait sortir un livre « The Lost Boys » (Les garçons perdus) qui racontait ces jeunes, hommes et femmes, laissés pour compte et abandonnés des politiques après les Accords de paix du Vendredi Saint de 1998, signés avec l’IRA, l’armée républicaine et destinés à mettre fin aux Troubles et à mettre en place un gouvernement représentant toutes les communautés au Parlement de Belfast.

The Guardian relève l’ironie de la mort de Lyra McKee  en ce 18 avril : née quatre ans avant que l’IRA décide de signer ces accords de paix, elle est morte tuée par un tir de ces « garçons perdus » de Derry-Londonderry, recrutés par la New IRA dans cette ville d’Irlande du Nord, qui refusent le processus de paix engagé depuis les Accords du Vendredi-Saint. Lyra McKee a perdu la vie des mains de ces jeunes hommes endoctrinés, et radicalisés par le plus meurtrier des groupes armés républicains dissidents alors qu’elle couvrait un affrontement de ces « soldats perdus » pour son travail de reporter. Elle avait raconté que cette société nord-irlandaise à qui l’on avait promis paix et prospérité n’était pas si douce pour certains. Et dans un article publié en 2016 "Suicide of the Ceasefire Babies" (Suicide des bébés du cessez-le-feu) elle avait insisté sur le taux de suicides en augmentation : en 2014, soit après 16 de paix, il y avait eu plus suicides qu’en 30 ans de « troubles » et de violence. « Dans la mort, conclut The Guardian, Lyra McKee est devenue le symbole de la nouvelle Irlande du Nord, non-sectaire, égalitaire, ouverte, libérale, mais aussi un témoin de ce passé violent qui continue à hanter le présent. »

 

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Church Times, hebdomadaire anglican a donné une large place à cet événement. Lyra McKee a eu un service funèbre célébré le 24 avril dans la cathédrale anglicane Sainte Anne de Belfast en présence de la Première ministre britannique Theresa May et du leader travailliste britannique Jeremy Corbyn, du Président de la République d’Irlande et du Taoiseach (Taoisich) ou Premier ministre Leo Varadkar, de la famille et des amis auxquels les parents de Lyra avaient demandé de porter des T-shirts figurant Harry Potter qu’elle aimait, et de centaines de gens qui avaient pour l’occasion franchi les frontières du silence et de l’entre-soi des quartiers catholiques et protestants, passé les murs séparant les communautés qui quadrillent cette ville et avaient fourni des informations aux services de police sur ces paramilitaires assassins.

Le doyen anglican et le prêtre catholique Magill d’une paroisse de Belfast ont officié ensemble et s’adressant à l’assemblée debout et l’applaudissant ce dernier a clamé : « Pourquoi au nom de Dieu on a pris la vie de cette jeune femme de 29 ans qui avait toute la vie devant elle pour nous amener ici ? Comme chrétiens qui se souviennent de la mort de Jésus sur la croix, nous nous souvenons que sa mort n’a pas été vaine mais a été pour nous la porte qui conduit à la vie éternelle. Et j’ose espérer que la mort de Lyra McKee la nuit du jeudi de l’Ascension peut être la porte vers un nouveau commencement. J’en constate un profond désir. »

Le religieux Magill a aussi cité l’un des amis de Lyra qui disait : « Une nouvelle génération arrive dans la ville [de Derry] et ils n’ont pas besoin d’armes. Ils ont besoin de travail, d’un meilleur service de santé et d’éducation. » Et s’adressant aux meurtriers de Lyra , le prédicateur continue : « Je vous en supplie, choisissez le chemin de la non-violence pour réaliser vos buts politiques. A ceux qui seraient toujours tentés par la violence, je vous demande d’entendre la voix de votre île d’Irlande bien-aimée qui vous demande d’arrêter. »

L’archevêque catholique d’Armagh a appelé à la réconciliation tandis que l’évêque de Derry-Londonderry a parlé de sa colère personnelle et de celle de toute la communauté, dénonçant « ceux qui n’ont aucun respect pour la vie des gens ». Et les attaques à la bombe qui se sont multipliées depuis janvier et qui lui faisaient craindre le pire. « Ceux qui sont responsables du meurtre [de Lyra] ceux qui ont cautionné l’attaque ont le sang de cette jeune femme sur leurs mains. Ils clament qu’ils sont les libérateurs de la communauté [catholique] mais en réalité ils en sont les oppresseurs. »

 

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La mort tragique de Lyra McKee, tombée sous les balles de la Nouvelle IRA a mis en lumière les activités violentes de ce groupe dissident et poussé les six principaux partis nord-irlandais à publier une déclaration commune dénonçant le meurtre de Lyra « comme une attaque contre tous les membres de la communauté nord-irlandaise et contre la paix et le processus démocratique. » Un geste collectif étonnant, alors que les unionistes et les républicains sont incapables ide s’entendre pour former un gouvernement depuis 800 jours.

Finalement, la New IRA a présenté ses sincères et entières excuses, selon The Irish News qui aurait reçu un message codé. Mais la New IRA, [mouvement crée en 2011-2012 de républicains dissidents de l’IRA qui elle a signé les accords de paix], fait le lien avec les émeutes provoquées soi-disant par la police dans un quartier catholique -de Derrylonderry et la mort de la journaliste dont le seul tort, selon la New IRA était de se tenir « à côté des forces ennemies [les forces de l’ordre]. »

Ils n’ont pas mentionné le fait qu’ils avaient volontairement tiré à balles réelles contre la police et que Lyra se trouvait normalement protégée pour son reportage. Enfin, vous avez peut-être vu à la télévision itv news cette inscription sur un mur séparatiste du quartier catholique de Londonderry où Lyra a été tuée : « Not in our name. RIP Lyra » (« Pas en notre nom Repose en paix Lyra »), disant la colère des habitants tandis que des amis de la journaliste recouvraient de leurs mains enduites de peinture rouge la façade des bureaux de Saoradh (séora) de Londonderry).
Saoradh est un groupe de républicains dissidents qui soutiennent la New IRA sans que la police intervienne. (voir photo)

 

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Pourquoi deux noms pour cette ville d’Irlande du Nord ? Derry si l’on est nationaliste irlandais et Londonderry si l’on est unioniste. Légalement, la ville s’appelle Londonderry. Un débat sur le nom, un « shibboleth » selon wikipedia qui se réfère à ce mot de cette ville située à la frontière avec la République d’Irlande a alimenté des débats politiques à l’époque des « Troubles ».

Selon le nom employé, Derry, on reconnaît l’appartenance à la communauté catholique et nationaliste alors que Londonderry signe l’appartenance unioniste protestante. Le préfixe London fût accolé à Derry par les colons anglais et enregistré en 1662. Et cette charte a été rappelée à ceux qui en 2007 voulaient que la ville s’appelle à nouveau Derry..

En 2009, un sondage d’opinion a donné 76 % de protestants et 79 % d’unionistes préférant Londonderry alors que 94 % de catholiques et de nationalistes étaient pour Derry. Finalement c’est Derry-Londonderry qui a prévalu et depuis il n’est pas rare de voir des signalisations vandalisées  par un ajout ou au contraire un coup de peinture noire sur le mot London ou Derry selon qu’on est nationaliste ou unioniste !

Et même l’accent a été sujet à discussion : Comment prononcer Londonderry selon qu’on habite Londres ou Belfast ?

 


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