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Touche pas à Notre-Dame ?

 

 

Laurent Joffrin

Libération, 18 avril 2018


19 avril 2019

C’est la flèche de la discorde. Fauchée par les flammes, la fière pointe de métal et de bois qui surmontait Notre-Dame de Paris a déclenché une nouvelle querelle des anciens et des modernes, qui s’annonce aussi intense, peut-être plus, que la polémique sur la pyramide du Louvre ou les colonnes de Buren érigées dans le jardin du Palais-Royal. Chacun prend donc la pose.

Macron, Philippe, une partie de la gauche, plaident pour un nouveau « geste » architectural qui tiendrait compte des évolutions de l’art et du goût et remplacerait, au terme d’un concours de créateurs, la flèche brisée de Viollet le-Duc par une aiguille neuve aux apparences plus contemporaines.

A l’opposé, le bloc des droites, dans un grand élan d’immobilisme, exige une restauration étroite et scrupuleuse, au nom de la continuité et de la religion, de l’identité identique et identitaire menacée par les démons du « présentisme ». Marine Le Pen, Laurent Wauquiez, Nicolas Dupont-Aignan, François-XavierBellamy, et quelques autres, tous sont prêts à rompre des lances pour cette flèche dans une émouvante levée de boucliers.

Pour l’instant, personne n’a proposé de projet farfelu [...] Qu’importe : le chœur patrimonial fait donner les grandes orgues et retentir un seul son de cloche, ou de bourdon, bonne occasion d’invoquer « les racines chrétiennes » du vieux pays, l’impératif de la « transmission », les grandeurs de « l’héritage ».

L’ennui, c’est que l’héritage en question est d’abord marqué du sceau de l’ambiguïté. Si l’on se penche sur l’histoire tourmentée des cathédrales d’Europe, on constatera vite que les « anciennes » dont se réclament droite et extrême droite, étaient furieusement modernes.
Un Wauquiez du Moyen-Age, en effet, ou bien une Marine Le Pen du temps des cathédrales, eussent été révulsés par le modernisme des évêques, qui étaient à l’époque les seuls armateurs des « vaisseaux de pierre ». La plupart des cathédrales gothiques – doit-on le rappeler ? – étaient auparavant romanes. Sans égard pour la continuité, « l’héritage », la « transmission », les prélats bâtisseurs ont sans vergogne piétiné la tradition pour confier à des architectes contemporains (de leur époque), la reconstruction des mêmes églises selon des plans tout différents. Ogives croisées, arcs-boutants, beffrois imposants, verticalité audacieuse, lumière éclatante colorée par les vitraux, grandes arcades, triforium, fenêtres hautes, etc. étaient certes déjà présents, pour partie, dans l’art roman.

Mais ces novateurs frénétiques les ont systématisés, magnifiés, poussés à l’extrême d’une élégance aérienne : transposée aujourd’hui, ces créations quasi loufoques jetteraient dans les transes les gardiens du temple (de l’église, en l’occurrence) regroupés derrière le Rassemblement national ou Debout la France.

Il s’agissait à l’époque de célébrer la grandeur de la chrétienté, l’emprise du catholicisme triomphant, d’exalter la foi céleste des fidèles, grâce à des bâtiments inédits et vertigineux. Ce fut le mot d’ordre des évêques : vive l’innovation, l’invention, la création et l’audace gothique ! Les évêques bâtisseurs n’en avaient cure et firent [...] assaut de modernisme.

Tout le contraire d’une « mentalité moyenâgeuse ». Par la suite, au fil des siècles, les cathédrales changèrent souvent de forme, de couleur et d’ornement, selon les évolutions du goût. Celles qu’on voit aujourd’hui ne sont pas celles d’origine, qui étaient recouvertes de fresques aux couleurs qu’on jugerait aujourd’hui criardes.

Certes, la modernité ne saurait s’affranchir de toute contrainte, de tout respect pour le passé. Mais, au risque d’enrager encore plus ces vestales de la conservation, il faut rappeler que l’Eglise elle-même n’a jamais dédaigné, bien au contraire, les apports esthétiques du temps, dès lors que ses intentions d’élévation et de piété étaient respectées. Une manière, dans ce débat trop classique, de remettre l’église au centre du village, la cathédrale dans son rôle, celle d’une évolution permanente, et la tradition à sa place : une référence en esprit et non une lettre morte qu’on voudrait vainement conserver.


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