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Les « sans-religion »

 


27 mars 2019

Longtemps négligé par les sociologues, plus intéressée par les croyances que par ceux qui n’en ont pas, le groupe des « sans religion » s’est imposé en un demi-siècle en Europe occidentale, et il est désormais majoritaire en France. Il se caractérise par une grande diversité : de l’athéisme militant aux croyances « probabilistes ».

Dans les enquêtes, les sondages, les recensements, ils répondent qu’ils n’ont pas de religion, ce qui ne signifie pas qu’ils n’ont aucun intérêt pour les choses spirituelles au contraire. Mais qu’ils ne se reconnaissent pas dans la liste proposée lors d’enquêtes. En anglais, on les appellent les « nones » (none of the above, parce qu’ils ne choisissent aucune des réponses proposées ci-dessus).

Longtemps on ne s’est guère intéressé à ce groupe, peu nombreux, les « sans religion » en français,, d’abord parce qu’on les rangeait dans la catégorie athée accompagnée d’un jugement moral – des personnes « perdues », « égarées », douteuses sur le plan moral..

Mais aussi parce que « les sociologues s’intéressaient avant tout aux croyances et que les ”nones” semblaient être un ensemble de personnes sans convictions », écrit Anne-Laure Zwilling, anthropologue des religions à l’université de Strasbourg. Mais l’augmentation de ces « sans religion » (plus de 23 % dans une enquête européenne de 2008), fait qu’on s’intéresse désormais à ces gens qui déclarent « ne pas appartenir à une religion » mais sont très divers dans leurs convictions, leurs pratiques religieuses individuelles et collectives ou même leur engagement dans des activités liées à la religion : « On peut être très pratiquant sans avoir des convictions très fortes, on peut être très engagé sans être pratiquant, etc. »

Ainsi, on va rencontrer de plus en plus fréquemment telle personne « se disant chrétienne mais n’étant pas baptisée, très engagée dans sa paroisse mais n’étant pas sûre de l’existence de Dieu ; ou encore telle autre convaincue que Dieu existe et priant régulièrement, mais n’appartenant à aucun groupe religieux », remarque l’anthropologue qui cite un sondage Ipsos de 2010 selon lequel 2 % de gens se déclarant « non croyant » affirment « lire la Bible au moins une fois par semaine. »

Ou ce pasteur néerlandais Hendrikse Klaas, mort cet été, qui se définissait comme « pasteur athée » parce qu’il ne croyait pas au Dieu prêché dans les Eglises mais bien au Christ.

On s’aperçoit alors que les « non croyants » sont un groupe bien peu homogène, où des athées militants voisinent avec des agnostiques ou des pratiquants non encartés ou « passagers », selon un politologue français. « Et que dans de nombreuses sociétés européennes, le groupe de non-croyants religieux est en train de devenir une majorité souvent silencieuse puisqu’il ne s’agit que rarement de groupes constitués, et qu’il n’y a que très peu de revendications collectives.. »

Et certains pensent qu’il pourrait y avoir une part importante de « non-religieux « parmi les personnes qui déclarent appartenir à une religion majoritaire historiquement bien implantée, comme l’Église luthérienne dans les pays scandinaves, ou l’Église catholique en France, en Espagne ou en Italie.

 

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Les chercheurs se demandent aussi quel sera l’impact social et culturel lié à la présence croissante des « nones » Et les implications juridiques que cela apporte dans des pays d’Europe dans lesquels l’appartenance religieuse a une importance légale ou administrative (la religion longtemps mentionnée sur la carte d’identité en Grèce ou les impôts en Allemagne). Faudra-t-il instituer une place légale aux non religieux, aux athées ?

Aux autres « religions » comme ceux qui se réclament de la Wicca (la sorcellerie) ou les religions qu’ils disent « païennes » même si l’on ne sait pratiquement rien de ces dernières ? Le « croire » comme le « ne pas croire » ou le « croire autrement » pose plein de questions !

 

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Et je vous propose un saut aux Etats-Unis où en 2019, c’est-à-dire aujourd’hui, « les sans religion », athées et agnostiques pourraient devenir le premier groupe, près d’un quart de la population américaine, surpassant bientôt les évangéliques et déjà les catholiques.
L’hebdomadaire Le Point en date du 19 janvier, annonçait que « le premier groupe en termes de croyances pourrait bien être les “sans religion ” cette année aux Etats-Unis. »

Le Pew Research Center, institut de statistiques américain, a l’habitude de réunir sous le label « nones » ou « sans religion » ceux qui se déclarent sans appartenance religieuse. Ces « nones » représentaient selon un autre institut de sondage une hausse importante : en 1998, ils n’étaient que 15 % et 8 % en 1990, mais 22 %, soit 55 millions d’Américains adultes en 2016.
C’est-à-dire bien plus nombreux que les protestants traditionnels d’Eglises historiques (méthodistes, luthériens, presbytériens) et rattrapant les évangéliques, actuellement quelque 25 %.
La Convention baptiste du Sud, une Eglise de Blancs très fondamentaliste sur le plan théologique, conservatrice, misogyne, a ainsi perdu plus d’un million de membres ces dix dernières années.

 

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Pourquoi comparer avec les Etats-Unis ? Parce que c’est «  la nation la plus religieuse du monde occidental relève Le Point bien que le même phénomène de sécularisation soit à l’œuvre, comme ailleurs. » Tout en tenant compte, remarquent deux chercheurs américains en psychologie que : « Les Américains sont – même sous couvert d'anonymat – réticents à se déclarer comme étant incroyants du fait des préjugés qui restent attachés à cette catégorie. La période de la guerre froide a notamment fustigé les athées comme étant des communistes traîtres à leur patrie. » Et ils évaluent plutôt à plus de 64 millions au lieu de 55 millions les Américains qui seraient athées.

Soit 26 % de leurs compatriotes. Enfin, « plus on est jeune, [et plus on est diplômé], moins on a de religion », résume Denis Lacorne, un chercheur du CERI (Sciences Po) Paris qui confirme la montée spectaculaire des « sans religion ».
Et comme les statistiques ethniques sont autorisées aux Etats-Unis, on apprend que le Blancs non hispaniques 62 % des Américains, sont surreprésentés, ils sont 68 % parmi les « sans religion » alors que les populations issues de l’immigration sont plus religieuses mais leur foi s’érode à la deuxième ou troisième génération.

« Les nouveaux arrivants se tournent vers la religion à la fois comme source de réconfort, mais aussi comme lien communautaire qui permet de trouver des solidarités ethniques. C'est ce qui se passe aux États-Unis, comme en Europe avec les musulmans. Mais je pense que, sur le long terme, beaucoup de leurs enfants ou grands-enfants embrasseront les valeurs de la laïcité », prédit un chercheur.

« Cette évolution spectaculaire demande en tout cas à ce que les médias français revoient quelques idées reçues sur les États-Unis, souvent décrits de notre nation voltairienne comme étant une théocratie » écrit Le Point.

Pour Denis Lacorne, du CERI, « les États-Unis sont laïcs de par leurs institutions. Il n'y a pas de référence à un Être suprême dans la Constitution, et toute religion d'État y est interdite. Le serment sur la Bible n'est ainsi qu'une coutume parlementaire qui n'était pas prévue par les Pères fondateurs comme Jefferson ou Madison, très inspirés par les Lumières. Jefferson a réécrit les Évangiles. Il a fait sauter tout ce qui est miracles et transcendance. Il n'y a ainsi pas de résurrection, Jésus étant présenté comme une sorte de Socrate, un sage mais sans miracles. On oublie trop souvent cette tradition. Mais à côté de cela, il est vrai qu'il y a aussi une tradition puritaine »

Reste les conséquences politiques, s’il y en a, de cette montée des « nones ». Aucune grande figure politique américaine, pas même Bernie Sanders, ne s'est d'ailleurs directement adressée aux électeurs athées, en espérant récupérer leurs voix. Mais ce manque de visibilité politique – alors que la droite évangélique est elle très mobilisée sur le plan électoral – ne doit pas faire oublier l'essentiel : le groupe religieux qui croît le plus rapidement aux États-Unis est bien celui des « sans religion ».


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