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Albinos persécutés

 

 

Claudine Castelnau

 

20 novembre 2018

RFI Afrique annonçait la semaine passée sur son site que le célèbre chanteur malien Salif Keita, albinos lui-même, et fondateur en 2005 de l’association de défense SOS Albinos donnait ce samedi 17 novembre un concert près de Bamako pour présenter son nouvel album mais surtout « pour rendre hommage à la jeune fille albinos kidnappée et violemment assassinée en mai dernier, quelques mois avant l’élection présidentielle. »

D’abord l’histoire horrible : Cette enfant s’appelait Djéneba Diarra, elle avait 5 ans et elle était albinos. Elle dormait avec sa mère sous un hangar par une nuit chaude à Fana, à 125 km de Bamako la capitale, lorsqu’un homme s’est emparé de l’enfant. La mère mais aussi voisins et gendarmes n’ont pas réussi à rattraper le kidnappeur. Le corps de la petite fille a été retrouvé plus tard, décapité. L’accusation de « crime rituel » été lancée immédiatement et l’envoyée de Libération écrivait : « Cette décapitation refait surgir le spectre de ces “crimes rituels” frappant les albinos, alors qu’approche l’élection présidentielle malienne, fixée au 29 juillet. »

Un anthropologue enseignant de l’université de Bamako expliquait que : « Depuis la fin des années 70, le Mali connaît une recrudescence des crimes rituels ou crimes superstitieux qui fait peser sur le pays une chape de peur » et un autre, albinos et responsable d’une association de défense des albinos : « A chaque fois qu’il y a des élections, nous devenons du gibier pour des gens qui veulent faire des sacrifices rituels. Ce n’est pas la première fois que ça arrive à Fana, [la ville où la petite Djénéba Diarra a été assassinée en mai]. L’approche de nouvelles élections générales inquiète, dans un pays traversé par une crise d’insécurité ambiante [...] Etre minoritaire et différent engendre des comportements d’une grande violence. »

Si les attaques visent en premier lieu les albinos, elles touchent particulièrement les enfants. Ils  disparaissent sur le chemin de l’école avant d’être retrouvés dans un puits ou assassinés derrière des habitations. Et mutilés souvent parce qu'on les prend pour des êtres magiques ou parfois tués pour utiliser des parties de leur corps dans des rituels de sorcellerie.
Libération relevait que le meurtre de la petite fille avait lieu quelques mois avant les élections présidentielles au Mali... Et le chanteur malien Salif Keita dans son combat pour les albinos du Mali n’hésitait pas, en novembre 2012 déjà, à dénoncer sur RFI que « des chefs d’Etat africains ont sacrifié des albinos pour se maintenir au pouvoir. »
Et il ajoutait que des enquêtes sont en cours. Une accusation grave mais hélas corroborée par des anthropologues et autres experts des sociétés africaines.

Ainsi, un historien gabonais expliquait que : « Les albinos sont considérés comme des êtres dotés de pouvoirs magiques. Certains hommes politiques, hommes d’affaires ou d’églises, pensent qu’en commettant des crimes rituels, ou en utilisant les cheveux ou ongles [ou d’autres parties du corps comme les organes sexuels, les poumons, la langue, les oreilles] de ces albinos, ils pourront accroître leur aura politique ou avoir de nombreux fidèles dans leur église... »

Alors les albinos sont pourchassés et sacrifiés en Afrique. Ce 17 novembre, sur le site de RFI Afrique on pouvait trouver maints exemples africains : en Tanzanie « les albinos sont pourchassés et sacrifiés comme l’on pourchasse les éléphants ou les rhinocéros pour leur ivoire précieuse qui permet aux braconniers de survivre. En Tanzanie, les albinos vivent terrés et terrorisés. »
Un exemple :
« Quand il marche dans la rue, Alfred Kapole, sait que ses jambes, ses bras, sa peau, sa langue et ses cheveux valent des milliers de dollars : en Tanzanie les organes des albinos, recherchés pour leurs pouvoirs soi-disant magiques, se vendent à prix d’or [on parle de 75 000 dollars sur le marché noir pour un assortiment complet] dans ces pays où la plupart des gens gagnent quelques dollars par an. Alors Alfred Kapole se cache. Comme beaucoup dans son cas en Afrique de l’Est, il a dû quitter son emploi de peur d’être kidnappé, tué et démembré, comme 43 albinos assassinés l’année dernière dans ce pays - sans compter les nourrissons tués par leurs propres parents.
Selon la population, des sorciers utilisent les organes et les os des albinos dans des décoctions porte-bonheur qui, selon les croyances locales, permettent aux chercheurs de diamants de trouver des brillants, tandis que des pêcheurs utilisent leurs cheveux pour appâter les poissons du lac Victoria. »

 

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Plusieurs pays d’Afrique ont commencé à prendre des mesures de protection envers les albinos et à faire de la pédagogie sur cette maladie qui suscite tant de fantasmes infondés et d’horreurs contre eux. Ainsi au Malawi depuis 2016.

Ce qui n’empêche pas qu’en juin 2018, Amnesty International alertait sur une recrudescence des agressions et disparitions d’albinos dans ce pays où 1 personne sur 1800 est albinos. En Tanzanie, qui depuis des années a arrêté des witchdoctors accusés d’avoir tué ou incité à tuer des albinos. Le pays a célébré en 2015 la première journée internationale de l’albinisme crée par les Nations-Unies et le gouvernement a décidé de révoquer les licences de guérisseurs traditionnels, ces witchdoctors qui seraient en partie responsables des sacrifices nécessaires, selon eux, à certains rites utilisant certaines parties du corps « efficaces » pour procurer amour, chance et prospérité.

Et c’est ainsi qu’en période électorale des politiciens se tournent vers les witchdoctors pour tenter d’accroître leurs chances de réussite.

Le site de l’hebdomadaire Jeune Afrique tente de démêler le vrai du faux, toutes ces croyances folles sur les albinos. Alors que l’albinisme dans le monde touche 1 personne sur 20 000, en Afrique il est de 1 pour 4000 et en Tanzanie, au Niger ou au Burundi de 1 pour 1000. Une hausse spectaculaire qui s’explique par les unions consanguines dans les villages reculés et le rejet des albinos par la société qui favorise leur regroupement et les unions entre eux.

 

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Alors que faire ? L’évêque anglican Malasa, président du Conseil anglican du Malawi a lancé un appel à ses fidèles pour les inciter à protéger les albinos qui vivent dans la peur et à dénoncer les crimes contre eux.

Le site de la communion anglicane a raconté, aussi, l’histoire d’une famille anglicane africaine qui accueille des enfants albinos chez eux en Tanzanie. Elle, Martha Mganga est albinos. Lui, Edmund Mganga est tout simplement noir. Martha dirige depuis 30 ans à Arusha, une ville du nord du pays, un centre dédié aux albinos [Albino Peacemakers].
« La paix commence à la maison, dit –elle, les enfants albinos ont besoin d’être acceptés par leur famille puis dans le village, enfin par le gouvernement qui doit veiller sur eux. »

Alors, depuis des années, elle s’emploie à éduquer les familles sur l’albinisme et recueille les albinos en danger. Des enfants surtout, persécutés et tués puisque les witchdoctors réclament certaines parties de leur corps pour mener leurs rites à bien. De 2009 à 2015, 156 attaques contre des albinos ont été recensées en Tanzanie, provoquant la mort de 75 d’entre eux.

Martha va de village en village, répondant à l’appel au secours de gens. Un voyage peut prendre plusieurs jours. Elle raconte qu’un jour après un trajet en moto de 150 km, elle a trouvé dans un village maasai signalé pour un très grand nombre d’attaques contre des albinos et le meurtre d’enfants albinos, une mère soignant Musa son garçon albinos de 5 ans qui avait été blessé par son père.
Martha a emmené l’enfant sur sa moto à l’hôpital puis a alerté la police. Le père avait disparu et les chefs du village lui ont expliqué qu’ils hésitaient à appliquer le mandat de la police contre le père et qu’il valait mieux qu’elle emmène l’enfant chez elle. Ce qu’elle a fait.
Et il y a deux semaines, elle a découvert un enfant de 7 ans à 20 km d’Arusha, sale, abandonné. « Nous l’avons ramené chez nous, il va à l’école et personne n’est jamais venu le réclamer », dit Martha.

Par moment, plus de 10 enfants habitent chez les Mganga. Elle explique : « Etre albinos est une malédiction de Dieu » croit-on. Ou encore « les albinos ne meurent pas, ils disparaissent », ou « quand vous touchez un albinos, vous en devenez un », quelques unes de ces croyances populaires dans les campagnes tanzaniennes qui débouchent sur la discrimination et la honte des familles, de l’école et des communautés villageoises.

Martha, le premier enfant albinos a souffert de maltraitance dans sa famille. Son père battait sa mère, l’accusant d’avoir eu des relations avec un blanc pour avoir un enfant blanc.
« Les gens disaient que notre famille était maudite, l’école aussi, les enseignants refusaient de s’occuper de moi et les enfants avaient peur de moi. »
Aujourd’hui elle explique aux parents qu’ils ont le gêne de l’albinisme ce qui explique cet enfant albinos. Et malgré toutes les difficultés, elle a réussi après sa scolarité dans un collège anglican et être embauchée par un diocèse anglican en Tanzanie, au service de familles albinos.

Elle se bat pour leur santé (ils sont victimes de cancers de la peau à cause de leur manque de pigmentation, il faut donc leur apprendre à se couvrir), ils on une mauvaise vue mais si on leur en donne la possibilité, dit Martha, ils ont la capacité intellectuelle de réussir et de briser la méfiance qui les accompagne. Avec l’aide du comité central mennonite, un documentaire Watu Kama SIsi (Les gens comme nous) a été réalisé pour expliquer et convaincre, et abattre les préjugés qui tuent trop souvent, dans les villages où passe Martha.




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