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Asia Bibi

 

 

Claudine Castelnau

 

5 novembre 2018

Nous nous sommes réjouis trop tôt. La presse annonçait le 31 octobre l’acquittement par la Cour suprême du Pakistan de la chrétienne Asia Bibi cette mère de cinq enfants accusée de blasphème à la suite d’une dispute avec deux musulmanes à cause d’un verre d’eau.
L’imam local a attisé la vindicte populaire, alerté la justice et c’est ainsi qu’Asia Bibi s’est retrouvée condamnée à mort en 2010.

Les organisations internationales religieuses ou laïques militant pour la défense des droits de l’homme ou des chrétiens persécutés et qui s’étaient engagées pour la défense d‘Asia Bibi durant ces 10 années d’emprisonnement exprimaient leur soulagement de l’acquittement : « Finalement l’humanité et le bon sens ont triomphés sur l’extrémisme », ou pressaient le Pakistan « de faire tout ce qui est en son pouvoir pour assurer la sécurité de la prisonnière, de sa famille, de ses avocats et des juges [...] et de décider une action immédiate afin que ces lois sur le blasphème, utilisées comme instrument de persécution contre la minorité chrétienne du pays soient supprimées. »

Hélas, se sont succédé, dès le 1er novembre, des manifestations violentes contre le verdict de la Cour suprême qui acquittait Asia Bibi. Des milliers d’islamistes fanatiques, soutenant à grands cris les lois sur le blasphème, ont pris les rues d’assaut. Et ils exigent encore et encore la pendaison d’Asia Bibi.
Ils ont occupé les rues de plusieurs grandes villes du Pakistan, comme Lahore ou Karachi et dans Islamabad la capitale, paralysant la circulation et la vie économique et réclamant que le gouvernement interdise à Asia Bibi de quitter le pays. Le leader du parti islamique Afzal Qadri a même menacé de mort les trois juges qui ont voté son acquittement. Et l’on a vu et revu ces visages déformés par la haine et la colère, imams en tête, ne se lassant pas de réclamer sa mort.

L’AFP, en contact téléphonique avec elle depuis sa prison, citait sa surprise émerveillée en apprenant le verdict : « Je ne peux pas croire ce que j’entends. Est-ce que je vais sortir maintenant ? Est-ce qu’ils me laisseront sortir, réellement ? »

Eh bien non. « Ils » ne la laisseront pas sortir du Pakistan. En tous cas pas tout de suite, si elle n’est pas assassinée avant.

Les experts de la région avaient suggéré que l’acquittement d’Asia Bibi pouvait être perçu comme une manière de se montrer plus présentable alors que le Pakistan doit faire appel aux contributeurs occidentaux, sa situation financière étant critique.
Mais non, le gouvernement a encore cédé aux islamistes et la réputation du flamboyant Imran Khan, premier ministre et ancien champion international de cricket, régulièrement accusé de complaisance envers l’extrémisme religieux se confirme.

L’hebdomadaire anglican Church Times écrivait au lendemain de l’acquittement que « le cas de cette mère chrétienne est devenu un sujet d’achoppement politique et religieux au Pakistan. » Et rappelait que « le gouverneur de la province du Penjab [la province la plus peuplée du Pakistan et où les talibans sont très actifs] qui soutenait Asia Bibi et critiquait les lois sur le blasphème a été assassiné par son garde du corps en 2011. [Et son assassin, Mumtaz Qadri bien que condamné et ’exécuté est devenu le héros d’un véritable culte, avec un mausolée qui lui est dédié dans les faubourgs de la capitale, Islamabad. Et ses supporteurs ont crée un parti politique destiné à défendre la loi sur le blasphème qui a recueilli quelque deux millions de votes lors de l’élection générale cette année.]

Shabaz Bhatti, ministre des minorités religieuses, a été aussi assassiné en 2011 pour avoir défendu Asia Bibi et condamné la loi sur le blasphème.

 

 


Un spécialiste de la région interrogé par La Croix le 31 octobre à qui on demandé si « l’acquittement d’Asia Bibi [tout provisoire on le sait aujourd’hui] pouvait changer le rapport au blasphème ou la place de la minorité chrétienne au Pakistan » répondait : « Il ne faut pas non plus sous-estimer la capacité des groupes radicaux à se mobiliser [...]

S’agissant de la minorité chrétienne, la question de droit se double d’une question sociale. Les chrétiens, pour la plupart, se sont convertis il y a plus de deux générations, sous l’occupation britannique. Le plus souvent, il s’agissait pour eux d’échapper à un statut de basse caste hindoue [en choisissant le christianisme qui ne pratique pas ce système]. Ce qui ne les a pas empêchés, par la suite, de continuer à être considérés comme des subalternes, tout juste dignes de s’occuper du nettoyage. »

 »Mais il remarquait aussi que « cette vindicte populaire ne touche pas que les chrétiens. [Même si en proportion les chrétiens, 1 % de la population représentent 14 % des victimes de la loi sur le blasphème]. « La vindicte populaire compte une majorité de musulmans parmi ses victimes. Et souvent, elle trouve pour origine un règlement de compte. »

Quant à l’avocat Saif-ul-Mulook, qui a défendu et sauvé Asia Bibi, il a après des menaces d’islamistes radicaux fuit le Pakistan, craignant pour sa vie. Et pour celle de sa cliente dont l’affaire, dit-il, n’est pas finie, même si elle est libérée. « Dans la situation actuelle, il ne m'est pas possible de vivre au Pakistan », a déclaré l'avocat à l'AFP, avant d'embarquer à bord d'un avion samedi 3 novembre. « J'ai besoin de rester en vie car je dois poursuivre la bataille judiciaire pour Asia Bibi », a expliqué l’avocat cité par Le Nouvel Obs.

Or, il ne s'est vu accorder aucune protection rapprochée après le verdict en faveur de sa cliente. La réaction violente des extrémistes au jugement était selon lui « malheureuse mais pas inattendue. » « Je m'y attendais mais ce qui est douloureux, c'est la réponse du gouvernement. Ils ne peuvent même pas (faire) appliquer un jugement de la plus haute Cour du pays », a-t-il déploré.

Un accord semble avoir été trouvé entre les islamistes et le gouvernement mais qui hélas prévoit que le jugement de la Cour suprême puisse être révisé et qu’une procédure soit lancée qui interdise à Asia Bibi de quitter le Pakistan. Ce qui signifie qu’elle demeure prisonnière, soit en prison, soit dans un lieu sécurisé, mais elle reste de fait prisonnière. « Un gouvernement de plus a capitulé face à des extrémistes religieux violents qui ne croient ni en la démocratie, ni en la Constitution », a déploré le quotidien pakistanais Dawn dans son éditorial samedi.

Quant à l’image du gouvernement d’Imra Khan, elle sort sérieusement abîmée pour l’instant ! Mais plus grave encore, l’espérance bafouée des chrétiens, des musulmans libéraux, des démocrates au Pakistan et ailleurs, des minorités oppressées, persécutées. Le président de l’Association anglo-pakistanaise chrétienne cité par Religion news rappelait lors de l’annonce de l’acquittement qu’Asia Bibi avait été maintenue à l’isolement durant presque 10 ans.

« Elle a supporté une incarcération brutale, le monde l’a vue souffrir. Alors sa libération relève à peine de la justice et rien ne compensera jamais toutes ces années perdues. » Et rien ne semble fini, ni pour elle, ni pour sa famille qui va être probablement forcée de quitter le Pakistan où il est si difficile de vivre désormais...

 


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On aura beaucoup parlé de cette fameuse loi sur le blasphème et le site de la BBC explique clairement ce qu’est cette loi qui permet trop souvent d’envoyer en prison et d’anéantir la vie sociale de ceux dont on veut s’approprier une terre ou dont on veut se venger en les accusant de blasphème contre Mahomet.

Plus précisément, cette loi fut promulguée au temps du régime colonial britannique, en 1860. Perturber une assemblée religieuse, profaner un cimetière ou encore insulter quelqu’un pour ses croyances religieuses ou détruire intentionnellement un objet de culte était passible de 10 ans de prison.
En 1980, sous le régime militaire du général Zia-ul-Haq, qui avait entrepris une islamisation à marche forcée du Pakistan, la loi fût renforcée, dont l’emprisonnement à vie pour la profanation du Coran et en 1986, la loi sur le blasphème contre le prophète Mahomet qui prévoit la mort ou la prison à vie.

Qu’avait dit la Cour suprême en jugeant Asia Bibi et en l’acquittant ? Que l’accusation n’avait pas pu prouver catégoriquement la culpabilité d’Asia Bibi et qu’il restait un « doute raisonnable ». Mais aussi que ce cas reposait sur de fragiles preuves, que l’enquête n’avait pas été menée correctement et que la supposée confession d’Asia Bibi reconnaissant sa culpabilité avait été faite devant une foule qui « menaçait de la tuer ». Enfin la Cour avait rappelé que dans les hadith, des paroles attribuées au Prophète rassemblées après sa mort, Mahomet avait appelé à bien traiter les non-musulmans.

Pourquoi ce cas est-il si polémique et depuis si longtemps ? L’islam est la religion de la nation au Pakistan et sous-tend son système juridique. Et l’adhésion du peuple à cette loi stricte sur le blasphème est forte. Une manière aussi pour les politiciens de consolider l’adhésion de leur base.
La grande majorité de ceux qui ont été accusés de blasphème sont musulmans ou Ahmadi, une communauté considérée comme hérétique pour son refus de considérer Mahomet comme le dernier prophète et qui attend un nouveau prophète, un Messie.

Mais depuis les années 1990, nombre de chrétiens qui sont à peine 1,6 % de la population avec les hindous, ont aussi été accusés de blasphème de manière récurrente. Et la communauté chrétienne qui a subi plusieurs attentats sanglants de djihadistes ou en réaction à la guerre menée par l’Amérique en Afghanistan, se sent vulnérable.

Aucun Pakistanais n’a été jusqu’ici exécuté légalement mais certains accusés de blasphème ont été lynchés ou assassinés. Asia Bibi est la première femme à avoir été condamnée à mort. Malheureusement, si elle est finalement libre, cela signifiera pour elle et sa famille de quitter le Pakistan où ils ne sont plus en sécurité.



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