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(le blog Thaïlande)

Thaïlande

bouddhisme

 

 

Claudine Castelnau

 

21 octobre 2018

Il Post, un quotidien italien en ligne a publié il y a quelques semaines un article sur « L’obésité des moines bouddhistes en Thaïlande ». Une obésité telle, selon une étude publiée par le New York Times, que le gouvernement thaïlandais s’est résolu à affronter sérieusement le problème. Une obésité qui selon l’enquête touche aussi la Malaisie. Dans ces deux pays, plus de la majorité de la population serait en surpoids.

Mais le problème de la Thaïlande est particulièrement grave et touche en priorité les moines bouddhistes qui sont quelque 300 000 sur 70 millions d’habitants et vivent dans des milliers de temples disséminés dans le pays alors qu’en Malaisie majoritairement musulmane, l’obésité est diffuse sur l’ensemble de la population.

Selon une enquête menée par une université thaïlandaise, un homme sur trois serait obèse et un moine bouddhiste sur deux avec des problèmes de santé dont le cholestérol et surtout le diabète responsable d’une mort sur dix de moines.

Des moines bouddhistes d’autres pays d’Asie connaissent des problèmes de santé à cause de leur sédentarité mais en Thaïlande, le problème est plus évident à cause du grand nombre de monastères et du grand nombre de fidèles qui donnent de copieuses rations aux moines mendiant chaque matin leur nourriture.

« Nombre de fidèles bouddhistes considèrent comme un signe de dévotion d’offrir des aliments particulièrement caloriques, riches en sucre et pauvres en fibres et en protéines, relève Il Post. De plus les moines ont l’interdiction de manger après midi, d’où la consommation de boissons sucrées et énergisantes pour tenir le reste de la journée. Le gouvernement thaïlandais a demandé à la population d’offrir de la nourriture de meilleure qualité nutritionnelle et a exhorté les moines à faire un peu plus d’activité physique. »

Une expérience menée avec 82 moines volontaires pour contrôler leur nourriture et leur poids. L’un d’eux cité par le New York Times a avoué ne pas s’être rendu compte qu’il avait grossi à cause de la très large tunique qu’il porte... « Mais en Thaïlande, l’importance des moines dans la société est telle que les autorités doivent manœuvrer en toute discrétion. »

Mais l’image d’ascèse attachée à la vie monastique sort écornée de cette enquête ! Des moines obèses vivant sur le dos d’une population majoritairement pauvre à qui le gouvernement conseille d’offrir de bons aliments en échange de leur salut !

 



Cérémonie au temple Dhammakaya, au nord de Bangkok
qui est dans le viseur des autorités pour de nombreuses malversations financières présumées
photo by David Longstreath/LightRocket via Getty images


Je vous propose un article publié par l’agence catholique Eglises d’Asie en mars 2018 et intitulé : « Bouddhisme et politique en Thaïlande : une relation complexe et ambiguë. » L’article est du journaliste Arnaud Dubus qui vit en Thaïlande depuis 1989 et dont on peut lire les articles dans plusieurs médias français dont Libération.

« Il existe deux conceptions du bouddhisme face au monde, écrit-il. L’une d’entre elles considère que la communauté monastique doit être séparée du monde, s’en préserver. Éviter de se souiller en se frottant aux contingences de la vie des laïcs. Les bonzes doivent être un exemple de moralité. Ils doivent surtout permettre aux fidèles d’accumuler des mérites pour une meilleure renaissance dans leur vie future.
L’autre conception estime que les moines ne peuvent échapper au monde dans lequel ils évoluent. Et même, qu’ils doivent aider à le gérer au mieux, par leurs conseils éclairés et leur connaissance profonde de l’être humain. Différentes traditions bouddhiques ont privilégié l’une ou l’autre voie. Mais du Dalaï-Lama aux bonzes militants du Sri Lanka, en passant par la “révolution safran” en Birmanie en 2007, il est clair que dans le monde réel, bouddhisme et engagement politique vont souvent de pair.
La Thaïlande est sans doute un cas particulier, notamment parce qu’elle n’a pas été colonisée. Les moines bouddhistes n’ont donc jamais eu à se mobiliser contre un pouvoir extérieur menaçant, contrairement aux autres pays bouddhistes d’Asie du Sud-Est. Le bouddhisme thaïlandais n’en est pas moins éminemment politique, du fait de sa relation étroite avec l’État.
Certains parlent même de son instrumentalisation par l’État depuis la fin du XIXe siècle [...] Cette évolution explique la relation de bénéfice mutuel entre le sangha et l’État thaïlandais. L’État (qu’il soit monarchique avant 1932, ou, après 1932, civil ou militaire) légitime son pouvoir en mettant en relief son alliance avec le sangha.
De l’autre côté, la communauté monastique est soutenue financièrement par l’État [malgré les dons versés par les fidèles aux temples du royaume qui atteignaient un total de 3,2 milliards d’euros, selon une étude de 2014.] Ainsi, sur les 300 000 moines vivant aujourd’hui en Thaïlande, environ 40 000 reçoivent un salaire mensuel de l’État, lequel verse aussi environ 110 millions d’euros par an pour la rénovation des bâtiments et la promotion des activités religieuses.
En tant qu’institution soumise à l’État et au service de l’État, la communauté monastique joue aussi un rôle politique, car elle tend à protéger et à soutenir le statu quo et les élites conservatrices. Mais ce n’est là qu’un aspect du rôle politique du bouddhisme thaïlandais.
L’autre aspect, qui choque généralement plus la population thaïlandaise, est l’engagement de bonzes individuels ou de groupes de moines, voire de temples, dans des activités politiques.
Et l’auteur conclut : Depuis les années 1920, l’identité nationale thaïlandaise est bâtie sur la trilogie Nation-Religion-Roi, le troisième élément ayant totalement dominé comme facteur d’unité nationale depuis au moins le début des années 1960. Si la monarchie se montre moins active le bouddhisme pourrait-il combler le vide et recréer ce lien sociétal ? »

 

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On sait qu'en ThaÏlande, une accumulation de scandales financiers, une version très matérialiste du bouddhisme enseignée dans certains temples et l’accumulation de richesses, a sapé la confiance des Thaïlandais et inquiète la junte militaire au pouvoir qui a perdu le contrôle de fait de ce bouddhisme très puissant. C’est ainsi qu’en juin dernier, des dizaines de moines dont certains de haut rang, ont été arrêtés à la suite d’un vaste scandale de corruption et de détournement de fonds.

 

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On reste perplexes sur cet article. D’abord, il n’y a pas un mot sur le fait que la Thaïlande est une dictature militaire et que toute manifestation ou article considéré comme « blasphématoire vis-à-vis de la monarchie » dans un sens très large puisque le chien du nouveau roi, une figure semi-divine adoré comme son père par la plupart des 68 millions d’habitants est inclu dans le « crime de lèse-majesté » et peut conduire à une arrestation, de la prison préventive durant plusieurs années et enfin, comme par exemple ce rédacteur en chef d’une revue politique thaïlandaise, à une condamnation à sept années de prison sans réduction de peine, pour ce « crime de lèse-majesté ».
La police, raconte-t-il, avait interprété un article publié dans sa revue comme une critique du rôle du roi après des manifestations violentes demandant la dissolution du Parlement et des élections libres. Cet homme, aujourd’hui libéré et que Libération
a rencontré à Paris ce mois-ci, témoigne des conditions inhumaines vécues dans des prisons surpeuplées où les gens sont traités « comme des animaux en cage ».
Dehors, « c’est une autre prison », dit-il, toute liberté d’expression est punie, le crime de « lèse-majesté » est surtout une arme absolue contre toute revendication républicaine depuis l’arrivée au pouvoir des militaires en 2014 et toute critique de l’immense fortune amassée par la famille du roi défunt.

« Les réseaux sociaux sont censurés, dit ce journaliste, et un étudiant peut être condamné, comme cela s’est produit, à 2 ans de prison pour avoir partagé un article de la BBC sur Internet. »  La « loi de lèse-majesté » empêche toute critique du pouvoir. Enfin la question d’inscrire le bouddhisme comme « religion nationale » dans la Constitution est régulièrement posée par certains courants nationalistes bouddhistes mais la demande a été rejetée en 2014 lors de la rédaction d’une nouvelle Constitution alors même que la demande de faire du bouddhisme la religion nationale est populaire dans la communauté monastique bouddhiste et dans une partie de la population qui est à 90 % bouddhiste.

Parmi les arguments avancés pour refuser que le bouddhisme soit religion nationale, on avance le souci de ne pas exacerber les tensions entre le pouvoir central et une minorité musulmane de culture malaise qui représente 80 % de la population du sud de la Thaïlande. Et de la communauté chrétienne qui bien que représentant moins de 1 % des Thaïlandais a une certaine influence.



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