Protestants dans la ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

 

Chine, « sinisation » des Églises


Claudine Castelnau

 

18 septembre 2018

« Le pouvoir chinois multiplie les pressions sur les chrétiens. Les descentes de police et les fermetures d’églises se multiplient sous Xi Jinping, qui entend "siniser" les religions », titre Le Monde, le 12 septembre

« Siniser », un mot qui signifie abandonner tout ce qui n’est pas propre à la culture chinoise et dans le cas de la religion, tout ce qui est considéré comme non chinois et donc préjudiciable aux tradition du pays. Ainsi, comme le rappelle l’envoyé spécial du Monde « la "sinisation" des religions, officiellement décidée au cours d’une conférence présidée par le président chinois Xi Jinping en 2015, vise à “contraindre les religions en Chine à intégrer les caractéristiques chinoises dans leurs croyances et leurs pratiques”. »

Cela trahit l’inquiétude de la progression du christianisme au sein de la société chinoise. Un article d’une théologienne de l’Université américaine de Yale paru en juin dans l’hebdomadaire anglican Church Times, rappelait que
« La Chine reconnaît deux dénominations chrétiennes distinctes, la catholique et la protestante ayant chacune sa propre structure : l’Association patriotique catholique chinoise d’une part et pour les protestants le Mouvement de la Triple association patriotique (TPSM). Mais il y a en fait quatre organisations car chacune des deux Églises "officielles" a son double dissident [...] Cela ne signifie pas que ces fidèles s’opposent entre eux : certains fréquentent les deux Églises et, par exemple, des membres des Églises officielles fournissent les bibles à leurs coreligionnaires dissidents. La Chine est officiellement  “post-dénominationnelle ” depuis que les divisions protestantes “occidentales” ou “ impérialistes ” ont été fondues dans les années 1950 dans l’unité de la Triple association patriotique. Le seul diocèse anglican qui a subsisté est celui de Hong Kong. »

L’Eglise protestante officielle, c’est-à-dire enregistrée auprès des autorités, compterait officiellement 20 millions de fidèles, mais les protestants seraient beaucoup plus nombreux (on parle de 70 millions) en comptant les Eglises évangéliques et institutions non déclarées (Eglises de maison et autres). Les catholiques seraient 12 millions, pour moitié dans l’Eglise officielle séparée de Rome et pour moitié dans « l’Eglise souterraine » qui reste rattachée au Vatican mais n’est pas reconnue par les autorités.

Alors, comme le déclarait le Président chinois, « il faut contraindre les religions en Chine à intégrer les caractéristiques chinoises dans leurs croyances et leurs pratiques. » De force s’il le faut et sans état d’âme. C’est ce que raconte l’envoyé spécial du Monde Frédéric Lemaître : « Après le refus d’un pasteur d’installer des caméras de surveillance, à la demande de la police, à l’intérieur de son église, plusieurs dizaines de policiers font irruption dans le bâtiment, le vandalisent, et en expulsent les fidèles avant de le fermer. Jusqu’à cette intervention du dimanche 9 septembre, l’Eglise de Sion, au nord de Pékin, accueillait chaque semaine plus d’un millier de fidèles. Mais ce temple protestant, créé en 2007, n’était pas reconnu par les autorités [...] »

 

.

 


« La répression dont l’Eglise de Sion fait l’objet est loin d’être une exception, relève le correspondant du Monde. Depuis quelques mois, écrit-il, les attaques des autorités contre les églises se multiplient », entre autres dans la province du Henan, au centre de la Chine, qui compte de nombreux catholiques et où « des prêtres ont affirmé au printemps, avoir été obligés par les autorités de fournir la liste des fidèles une circulaire interdit l’entrée des lieux de culte aux mineurs, une autre impose la présence du drapeau chinois en permanence dans les églises. »

Un Chinois chrétien de Hong Kong parle aussi de « croix détruites » dans trois villes du Henan et de « plusieurs églises » fermées, ailleurs d’un pasteur et de fidèles arrêtés (probablement non affiliés aux Eglises patriotiques officielles). Le Monde cite à l’appui de ce mouvement de « sinisation » des religions actuel un chercheur au Canada d’origine chinoise, qui écrivait dans la revue française Perspectives chinoises au début de cette année : « Pour les dirigeants communistes, "le christianisme est préjudiciable aux traditions culturelles chinoises. Selon ce courant, si la tendance se poursuivait, la position finalement dominante du christianisme non seulement constituerait une menace pour la sécurité nationale du fait de sa nature étrangère mais elle serait aussi susceptible d’aggraver le grand déclin de la civilisation chinoise”. »

 

.



Enfin, last but not least, « Interdiction est faite à tous les étrangers d’utiliser internet pour promouvoir et prêcher du religieux en Chine. La diffusion de cette nouvelle loi a été annoncée par le South China Morning Post, un quotidien de Hong Kong, le 13 septembre, religion-online au lendemain de la fermeture de l‘une des Eglises non officielles protestantes chinoises les plus importantes, avec des centaines de fidèles, l’Eglise de Sion, à Pékin. Le pasteur avait refusé la demande de la police d’installer des caméras de surveillance dans sa salle de culte et de réunion.

Cette interdiction, rapporte le quotidien, a provoqué des critiques en Chine continentale, y compris d’un moine sur le site de son monastère, qui regrette la restrictions excessive des activités religieuses, restriction qui risque d’encourager ceux qui sont en recherche spirituelle à rechercher des informations non contrôlées de groupes extrémistes clandestins, alors que leur recherche est légitime. Est-ce que cette loi ne provoquera pas aussi de l’instabilité politique chez les croyants ?

Ainsi, tous les groupes diffusant de l’information religieuse en ligne devront avoir une licence du département provincial pour les affaires religieuses dont ils dépendent. La licence ne concernera que les prédications ou l’enseignement et les groupes étrangers seront interdits d’accès à internet.

Toutes ces tracasseries, restrictions, interdictions, suivent de quelques mois la demande de Wang Zuoan, directeur de l’administration d’Etat pour les affaires religieuses réclamant plus de « sinisation » de toutes les religions en Chine. Une manière d’exercer un contrôle « légal » de plus sur les citoyens chinois. Car les restrictions en matière de religion ne touchent pas que les fidèles protestants et catholiques. Les sanctions contre les communautés non déclarées et les activités non enregistrées auprès des autorités concernent aussi bien les fidèles de l’islam ou du bouddhisme. Wang Zuoan avait annoncé en janvier dernier déjà, que  toute cette réglementation à venir « devait  aider Pékin à compléter la régulation de la religion. »

 

.

 



La Chine est depuis longtemps le pays qui imprime le plus de Bibles. Or les nouvelles règles qui régissent la religion, y compris la religion sur internet, ont amenés les géants de la vente en ligne comme Amazone à restreindre la vente de bibles en Chine, tandis que d’autres comme Taobao, qui appartient à Alibaba, une société chinoise sur internet, ne répondent plus à la demande.

Un responsable d’une maison d’édition explique que « certains commerçants sur Taobao qui vendaient des livres chrétiens ont fermé définitivement. Longtemps, la vente de bibles a été considérée comme relevant du gouvernement et les libraires qui vendaient des livres chrétiens ont été régulièrement contrôlés par le Ministère de la Culture. Mais, la semaine dernière, lors d’un contrôle d’un point de vente de livres chrétiens à Pékin, les autorités ont déclaré qu’on ne pouvait plus y vendre de “livres étrangers”.

Pékin a souvent répété qu’on ne permettrait pas aux “forces étrangères” de dominer les activités religieuses et ces derniers temps, la surveillance s’est renforcée sur le christianisme. », relève le South China Morning Post de Hong Kong.
« En même temps, note Church Times, par un étrange mouvement, alors qu’il encourage les religions à se siniser, le Parti communiste se met à ressembler de plus en plus à une religion. Xi Jinping répète dans ses discours les mots « foi » et « croyance », les textes officiels parlent de « l’âme du Parti » et la Chine elle-même y devient objet de dévotion. Alors que le mot « foi » était naguère honni et réservé aux croyances religieuses, des bannières traversant les ponts sur les autoroutes et les grands carrefours annoncent : « Si le peuple a la foi, l’État sera fort ».

La signification de cette foi apparaît comme aussi ambigüe que celle de sinisation. Elle dépend du Parti et de l’État et des valeurs socialistes [...] La divinisation de Mao qui avait lieu lors de la grande époque de la propagande communiste était une évidence, mais la divinisation du Parti et de l’État en tant que religion civile est peut-être encore plus ambitieuse [...]


Retour en page d'accueil
Retour vers Claudine Castelnau
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

cron  

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.