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Une femme que vous aimez peut avoir besoin de votre Oui


Le vote irlandais

 


Claudine Castelnau

 

 

28 mai 2018

Jusqu’à la dernière minute, puisque la campagne continuait alors que les bureaux de vote étaient déjà ouverts, les Irlandais ont tout tenté de manière enflammée pour convaincre l’autre qu’il fallait voter et voter, oui ou non, sur la légalisation de l’avortement.

Le Monde écrit : « Rurale ou urbaine, masculine ou féminine, jeune ou âgée : l’Irlande tout entière a plébiscité le droit à l’avortement, vendredi 25 mai, lors d’un référendum historique qui rompt avec des siècles de prohibition et confirme spectaculairement la perte d’influence de l’Eglise catholique. »

« Pari risqué, pari gagné écrit encore Le Monde : En osant poser aux électeurs irlandais la plus controversée des questions et affronter le tabou suprême de ce pays historiquement catholique, le premier ministre Leo Varadkar, 39 ans, [fils d’immigrés indiens et ouvertement homosexuel] a aussi bousculé les convictions qu’il a lui-même longtemps affichées. Fer de lance des pro choix et de la campagne pour abroger le 8e amendement de la Constitution, qui prohibe l’avortement, le chef du parti de centre droit Fine Gael s’est longtemps présenté comme un opposant à la libéralisation du droit à l’IVG. C’est en écoutant les femmes qui l’entourent, ses sœurs et sa mère, en écoutant ses amis et ses collègues de parti [et son expérience de médecin] qu’il dit avoir changé d’avis. »

Et un immense désir de changement s’est révélé en même temps qu’un fossé générationnel : chez les 18-24 ans, les sondages donnaient le oui à 87 % et à 83 % chez les 25-34 ans, tandis que les personnes de plus de 65 ans se déclaraient contre à 60 %.

Autre surprise : la fracture est moins nette qu'attendue entre les centres urbains (favorables à l'avortement à 71 %, voire 77 % à Dublin) et les zones rurales (60 %) et qui sont traditionnellement plus conservatrices.

L’Irish Times relève cet immense désir de changement « que personne n’avait prévu » et qui touche toute la société irlandaise. Et pourtant, comment ne pas avoir pressenti ce désir de changement après ces craquements multiples dans l’une des législations les plus répressives et restrictives d’Europe en matière d’avortement. Et ce fardeau qui pesait sur les femmes et les couples avec son cortège de douleurs, de désespoir, de scandales aussi.

 

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On se souvient de ces couvents où des mères célibataires ou violées, des filles « perdues » en somme, étaient enfermées pour expier leurs péchés en attendant la naissance de leur enfant et réduites en quasi esclavage, battues et mal nourries. Leur bébé « illégitime » leur était enlevé et confié aux sœurs. Négligés, maltraités, ces enfants avaient un taux de mortalité souvent plus de 5 fois supérieur à la normale et seuls ceux en bonne santé pouvaient être adoptés ou vendus à des couples sans enfant. Et ceux qui mourraient furent enterrés secrètement, sans sépulture, dans une fosse.
On en exhuma 800 pour commencer, à côté d’un couvent mais dix-huit lieux de vie ou couvents sont visés par l’enquête.

On découvrit aussi avec quelque effarement cet évêque irlandais, fervent ennemi du contrôle des naissances, et bien sûr de l’avortement, qui tonnait en chaire contre ces entreprises du Malin, le même qui avait demandé à sa maîtresse d’avorter... ce qu’elle refusa de faire. Elle racontera ensuite que l’évêque utilisait des fonds de la paroisse pour qu’elle élève l’enfant et se taise...

 

Une femme s'agenouille à Dublin devant le portrait mural de Savita Halappanavar.
photo Niall Carson/PA

Ou plus proche, Savita-Halappanavar, cette jeune femme dentiste d’origine indienne qui s’était vu refuser une IVG en 2012, alors qu’elle faisait une fausse couche, et qui mourut de septicémie. Son mari avait témoigné : le médecin avait répondu à sa femme qui souffrait terriblement, que tant que le cœur du fœtus battait, on ne pouvait rien faire. Nouvelle demande d’arrêt de la grossesse le lendemain et nouveau refus : « Le médecin a dit que c'était la loi, qu'elle était dans un pays catholique », avait raconté le mari, sans que le corps médical ne songe à appliquer une décision de la Cour suprême jamais traduite dans la loi, à savoir que lorsque la vie de la mère est en danger, l’IVG est autorisée. L’affaire avait scandalisé et ravivé le débat sur l’IVG qui vient d’aboutir, enfin !

 

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On s’est souvenu de Savita Halappanavar samedi passé à Dublin avec des larmes et des fleurs. Un mur où un drap a été tendu est devenu le lieu du souvenir dans la ville. The Irish Times publie la photo d’une jeune femme. Elle est agenouillée devant ce mur constellé de petits papiers exprimant des messages que les gens écrivent en passant. Un très grand portrait de Savita barré d’un « Yes » orne le mur et des bouquets de fleurs ont été posés au pied du portrait. « Désolé nous sommes arrivés trop tard mais nous sommes là et nous ne vous oublions pas », un message parmi d’autres laissé sur le mur.

L’Irish Times relève que « la mort de Savita en 2012 a été un catalyseur », dans cette longue campagne pour libéraliser les lois sur l’avortement en Irlande et supprimer ce 8e amendement à la Constitution, mortifère pour les femmes et qui avait fait de la République d’Irlande l’un des pays les plus restrictifs au monde, en compagnie de pays peu fréquentables.

Une autre jeune femme venue de Londres tout exprès pour voter vient de déposer des fleurs : « Je suis une de celles qui ont eu de la chance, dit-elle, Savita n’a pas eu cette chance ».

Et sur un autre post-it : « Savita, parce que vous reposez [dans la mort], nombre d’entre nous veillent [...] Parce que vous êtes venue parmi nous, nos femmes peuvent compter sur nous maintenant quand elles en ont besoin. Merci. Reposez en paix ».

« Pardon, pardon, c’est notre honte qu’il ait fallu votre mort pour nous encourager à supprimer le 8e amendement. »
Et encore : « Je vote pour vous Savita. Vous devriez être avec nous. Pardon » Et un jeune homme venu avec un bouquet de tournesols touche le mur et repart les larmes aux yeux. A noter aussi Andanappa Yalagi, le père de Savita, qui a remercié pour ce vote massif en faveur du oui ou encore la proposition de certains de nommer la loi qui d’ici la fin de l’année libéralisera l’IVG, la « loi Savita ».

 

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Samedi, lors de l’annonce du résultat au Château de Dublin, un lieu chargé d’histoire de la République d’Irlande, le ministre de la Santé Simon Harris a eu cette phrase en forme de conclusion : « Sous le 8e amendement, nous avions l’habitude de dire aux femmes en difficulté : prends le bateau ou l’avion. Aujourd’hui nous leur disons : prend notre main. »

Et le Premier ministre a déclaré qu’on se souviendrait de ce samedi comme « le jour où l’Irlande a accepté de prendre ses responsabilités, comme citoyens et comme pays. Le jour où l’Irlande a fait un dernier pas pour sortir de l’obscurité vers la lumière. Le jour où notre pays est devenu adulte. Le jour où nous avons pris notre place parmi les nations du monde. »

 

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Il y eut la légalisation du divorce en 1995 approuvé par 50,3 % des votants, puis le référendum sur le mariage homosexuel approuvé en 2015 par 62,07 % des votants et aujourd’hui le référendum légalisant l’avortement avec 68 % de oui.

« Une progression qui reflète la disparition de l’ascendant moral de l’Eglise catholique » relève Le Monde, qui rappelle que c’est en 1983 que le clergé encore tout puissant avait fait voter à 66,9 % ce 8e amendement à la Constitution qui interdisait toute forme d’IVG.

« Mais depuis, les scandales n’ont cessé d’éclabousser l’Eglise catholique d’Irlande. Si 87 % des Irlandais [de la République] se disent encore catholiques, les messes sont moins fréquentées et les couvents ne recrutent plus », note le quotidien.

L’autorité morale de l’Eglise catholique n’est plus reconnue que par un groupe minoritaires de pratiquants. La société civile s’est mobilisée par un intense lobbying après le scandale en 2012 de la mort de Savita Halappanavar.

Victoire pour Léo Varadakar, le Premier ministre, qui va aussi lui permettre de hausser le ton à l’égard du Royaume-Uni pour éviter que le Brexit, ne se traduise par un retour de la frontière avec l’Irlande du Nord. Une Irlande du Nord qui va vivre des turbulences, sa loi sur l’IVG étant l’une des plus restrictives d’Europe, ce qui est paradoxal, son voisin du Sud ayant longtemps était accusé par les protestants du Nord de vivre sous la coupe du Vatican !

Finalement, note The Guardian, « le référendum a confirmé que l’Irlande est devenue une démocratie libérale occidentale acceptant la tolérance en matière de mœurs. Quant aux évêques irlandais ils constatent, comme l’archevêque d’Armagh et primat d’Irlande Eamon Martin, qui avoue sa « tristesse », que la culture irlandaise a changé et que les gens se sont éloignés de l’Eglise.

Quant à l’archevêque de Dublin, il voit dans le résultat du référendum un « signe du rôle marginal de l’Eglise aujourd’hui dans la société ».

Le voyage du pape François, totalement silencieux jusqu’ici, est annoncé en Irlande du Sud les 25 et 26 août... la dernière visite d’un pape, Jean-Paul II datant de 1979. « Il vient en Irlande pour écouter, répond l’archevêque de Dublin dans une interview sur la radio nationale. Il sait très bien que l’Irlande a changé. »

 


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