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Je n’étais plus musulman,

j’étais Daesh


Claudine Castelnau

 

 

16 avril 2018

Le 9 avril dernier, s’ouvrait à Paris le procès de trois jeunes gens qui projetaient d’attaquer le fort Béar, un site militaire situé dans les Pyrénées orientales, près de Collioure. Un procès à huis clos car l’un des accusés était âgé de 17 ans, donc mineur au moment des faits. Les deux coaccusés avaient 19 ans et 23 ans.

Djebril, Antoine et Ismaël s’étaient rencontrés sur le forum « islam » d’un site internet en 2014 et communiquaient uniquement via les réseaux sociaux et notamment la messagerie cryptée Telegram. Radicalisés, ils avaient le projet de décapiter le guetteur du sémaphore de la base militaire de Béa et d’envoyer la vidéo de la décapitation à un membre de Daesh avec qui ils étaient en contact.

« Selon leurs avocats, tous trois étaient en rupture avec la société au moments des faits : ils passaient près de 10 heures par jour sur leur ordinateur » relevait l’envoyée spéciale de France 3 au procès. Les trois amis virtuels avaient d’abord projeté de partir en Syrie mais la DGSI ayant interdit au mineur Ismaël de quitter la France, ils évoquent une attaque sur le sol français, en 2015.

L’un d’eux, Djébril, connaît le lieu pour y avoir été gardien du sémaphore avant d’être réformé pour dépression. Il rencontre les deux autres en janvier à Lyon et Lille, ce sera la seule rencontre physique, et leur présente ce projet « qui n’a jamais dépassé le stade des mots », note Le Monde. Ils seront arrêtés six mois plus tard, le 13 juillet et l’enquête repose en grande partie sur leurs recherches sur internet et leurs déclarations.

L’avocat de Djébril a demandé le versement intégral des discussions de son client sur le site internet, convaincu que son client avait finalement renoncé à son attaque du fort Béa, « la tonalité de ses messages ayant évolué d’un engagement pro-Daesh à un islam modéré adapté à la démocratie », écrit Le Monde dans son édition du 10 avril. Ainsi, le 23 mars, quatre mois avant son arrestation, Djébril écrit sous pseudonyme : « Il ne faut pas chercher à imposer nos règles dans ce pays. Faut plutôt chercher à cohabiter pacifiquement. Bien sûr qu’on ne pourra jamais appliquer à 100 % notre religion en France, ce n’est pas le projet [...] En France, sur plein de trucs, c’est chaud avec la laïcité, mais bon ça va après on n’est pas non plus persécutés, je trouve. »

Alors, effectivement ce message tranche avec son projet Daesh initial. « Ce discours laisse entrevoir une personnalité ambivalente, plus instable qu’idéologiquement structurée », commente Le Monde. Il aurait été intéressant de savoir pourquoi ce changement s’est opéré dans le discours de l’ex-djihadiste.

 

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Dans le numéro daté du 10 avril, Le Monde publie de longs extraits de l’interrogatoire, ou plutôt de la confession de Djébril Amara dans les locaux de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) à Marseille, durant près de 5 heures. Après avoir nié, Djébril finira, à la cinquième audition, à avouer qu’il projetait cotre la base militaire de Fort Béa où il a servi avant d’être réformé. Il voulait naviguer mais a échoué aux tests et se retrouve guetteur au sémaphore, seul, « son rêve brisé » dit-il et commence à broyer du noir et à consulter avec frénésie des vidéos djihadistes.

« Son récit, par sa minutie et son apparente sincérité [...] décrit les étapes du basculement d’un jeune homme fragile dans la folie djihadiste. Rares sont les auteurs de projets d’attentat à s’être ainsi livrés sur les ressorts psychologiques de leur embrigadement et à laisser entrevoir une prise de conscience », commente Le Monde.

Djébril raconte s’être tourné vers l’islam parce qu’il cherchait « une base solide » et il reste « scotché », dit-il, devant des vidéos de djihadistes qu’il appelle des « terroristes ». Al-Qaida, Daesh, il ne choisit pas mais il est convaincu que ces vidéos disent la vérité alors que « les vidéos de l’islam modéré sont beaucoup moins attrayantes. »

Son contact avec une mosquée de Marseille le choque : « L’imam disait que les terroristes étaient des rebelles par rapport aux musulmans. C’était en complète contradiction avec ce que j’avais vu [dans ces vidéos]. Qui disait vrai ? C’était plus simple de regarder une vidéo en mangeant des chips plutôt que de se déplacer à la mosquée. »

Il y repère bientôt Daesh qui incite à venir en Syrie « car je vivais sur une terre de mécréants, que le djihad était obligatoire et que, si on ne faisait pas on était pire que des mécréants, qu’on n’était pas des hommes. Et que si on ne pouvait pas venir, il fallait commettre un attentat en France. [...] Ils disaient de tuer quelqu’un au hasard, dans la rue. Tous les jours il y avait une nouvelle vidéo qui disait de tuer. »

Djébril reconnaît qu’il est « hypnotisé. Je me lève Daesh, je mange Daesh, je vis Daesh. » Et il coupe les ponts même avec sa famille, s’isole dans sa chambre, n’a plus de contact qu’avec Abou Aroun et Abou Hafs (Antoine et Ismaël) qu’il retrouve sur internet. « Je me voyais comme étant la seule bonne personne. Je regardais les gens avec mépris, dégoût [...] Je me prenais pour un référent de Dieu sur Terre. Daesh m’a donné le sentiment d’être un porte-parole. [...] Ils disaient qu’on était pas nombreux, donc rares, donc bons. Je passais ma vie dans ma chambre. Youtube-Daesh, Youtube-Daesh, je n’étais plus musulman, j’étais Daesh. »

Enfin, sur les réseaux sociaux il voit une personne qui se prétend calife, le descendant du Prophète et qui incite à se battre pour tous les opprimés, les musulmans. Il tentera d’enrôler ses deux copains dans son projet d’attentat contre le sémaphore mais ils refusent. De plus en plus enfermé dans sa chambre, il réfléchit beaucoup : « Je me rends compte que je ne suis pas heureux. Il n’y a pas eu un moment où j’ai été heureux. J’étais tout le temps dans le stress, la haine, la hargne. Haineux envers tous et tout le monde ».

Il se rend compte aussi que c’est lorsqu’il était déprimé, sous traitement qu’il a commencé à regarder les vidéos. Il retourne à la mosquée de Marseille après les attentats de janvier : « L’imam condamne les attentats, dit qu’il n’y a aucune source religieuse, que les juifs sont sous protection des musulmans. Il n’a pas laissé une porte ouverte. »

Mais Djébril relève le « côté passionnel » de sa relation à Daesh : « Je les aimait ces gens-là ». Et sortir de cet isolement est dur : « Je me rends compte que j’ai tout perdu, mes amis, l’estime de ma famille. J’ai déçu ma mère. »

Djébril sera arrêté en juillet 2015, emprisonné d’abord avec des radicalisés puis en détention classique. Mais il reste des « risques de rechute vers un épisode dépressif majeur », note l’Administration pénitentiaire. Il a été condamné à 9 ans de prison avec ses deux comparses.

 

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