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Ensaf Haidar pose avec la photo de son époux

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Mohamed ben Salman

et Raïf Badawi


Claudine Castelnau

 

 

10 avril 2018

Mohamed ben Salman, ou encore « MBS », est en visite à Paris depuis le 8 avril. Le prince héritier saoudien termine ainsi sa tournée internationale dans notre pays après l’Egypte, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. Au delà de la diplomatie, de l’économie, la question des droits de l’Homme l’a rattrapée interpellant du même coup le Président Macron avec l’affaire Raïf Badawi.

Qui est Raïf Badawi ? Un écrivain et blogueur saoudien, dont le tort et d’avoir crée en 2008 avec une militante des droits des femmes un site « Free Saudi Liberals » ouvert à la discussion des internautes et sur lequel il réclamait une libéralisation religieuse et morale des Saoudiens. Arrêté dès la création de cet espace de discussion, il est finalement relâché mais accusé d’avoir insulté l’islam il doit quitter l’Arabie saoudite. Il y revient en 2009, pensant que les poursuites sont abandonnées mais il est alors interdit de sortir du pays et son compte en banque bloqué. Et en 2010, il s’oppose publiquement à son père qui refuse que sa sœur Samar épouse l’homme qu’elle aime et elle est emprisonnée pour désobéissance à son père.
Raïf Badawi dénonce sur son blog l‘attitude du père qui l’accuse en retour de trahir les valeurs de la famille et les préceptes de la religion. Libérée après une campagne sur internet, Samar Badawi épousera finalement Waleed Abu al Khair, un avocat saoudien et militant des droits de l’homme qui préside une ONG de défense des droits de l’homme en Arabie Saoudite et a défendu Raïf Badawi entre autres.
Mais en juin 2016, Amnesty International annonçait que l’avocat et mari de Samar Badawi, Waleed Abu al-Khair, avait été condamné à 15 ans de prison et 10 ans d’interdiction de quitter le territoire. Entre temps Raïf Badawi avait été accusé d’« apostasie » en 2012, un cheikh saoudien proche des Frères musulmans ayant lancé une fatwa contre lui pour avoir, selon l’ONG Human Rights Watch, publié sur son site l’opinion d’un blogueur affirmant que « musulmans, chrétiens, juifs et athées sont tous égaux ».
Raïf Badawi est aussi accusé d’avoir mis en place un site web qui « compromet la sécurité générale » et de désobéissance à son père.

Le 29 juillet 2013, Raïf Badawi est condamné à 7 ans de prison et 600 coups de fouet en place publique. Il fait appel et cette fois-ci est condamné à 10 ans de prison, 1000 coups de fouet exécutés en vingt séances hebdomadaires, une amende correspondant à 266 000 dollars et une interdiction de voyager de 10 ans après sa sortie de prison.

Son site est fermé pour « violation des enseignements de la religion [musulmane] et ayant engendré des controverses. »

 

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On se souvient de l’exécution de 50 coups de fouet devant une mosquée de Djeddah qui a eu lieu le 9 janvier 2015 mais a suscité de telles protestations officielles de l’ONU, des Etats-Unis, du Canada, de la Communauté européenne et d’autres que la seconde séance de flagellation a été reportée pour raison médicale et rien depuis semble-t-il. Non plus qu’un procès pour apostasie annoncé en mars 2015... une qualification qui peut aboutir à une condamnation à mort en Arabie Saoudite.

Des prix internationaux ont été décernés depuis à Raïf Badawi, dont celui de Reporters sans Frontières en 2014, le prestigieux prix Sakkarov en 2015, ou encore un doctorat honoris causa de l’Université de Sherbrooke au Canada, où sont réfugiés sa femme et ses trois enfants, en juin 2017, pour son apport exceptionnel à la défense de la liberté d’expression et cette année le prix Daniel Pearl, ce journaliste américain égorgé en 2002 au Pakistan par des membres d’Al-Queida.

Ces distinctions sont évidement une manière de proclamer que Raïf Badawi n’est pas oublié et que cette persécution absurde et scandaleuse depuis 2012 doit prendre fin. L’Arabie Saoudite s’honorerait en le libérant, ainsi que son avocat et rentrerait ainsi dans la communauté des pays civilisés.

 

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Car on se souvient encore de la stupéfaction qui s’était exprimée lorsqu’on appris, en 2015, que l’Arabie Saoudite avait été promue au Conseil des droits de l’homme pour présider un groupe consultatif chargé de sélectionner les rapporteurs dont les travaux (sur les camps de travail en Corée du Nord, les violences faites aux femmes, etc.) serviront au Conseil des droits de l’homme pour émettre des avis.

Ce choix de l’ONU est jugé scandaleux par les militants des droits de l’homme, alors que l’Arabie Saoudite prévoyait d’exécuter et de crucifier en place publique un jeune opposant chiite de 21 ans accusé alors qu’il n’avait que 17 ans d’avoir participé à une manifestation contre le régime dans une région majoritairement chiite. L’ONG Reprieve milite contre la peine de mort et qui assurait sa défense affirmait que les aveux avaient été obtenus sous la torture. En 2017, l’ONU récidivait en élisant l’Arabie Saoudite comme membre permanent de la Commission des droits des femmes avec pour tache de promouvoir le droit des femmes partout dans le monde alors que ce pays est connu pour appliquer la charia et être « le plus misogyne du monde » selon le directeur général de l’ONG UN Watch pour la défense des droits de l’homme. Et il rappelait qu’à partir de 2018 et jusqu’en 2022, les 46 membres de ce conseil, auraient pour tache de promouvoir l’égalité des sexes ! Pour l’instant l’Arabie saoudite n’est que 134e sur 145 pays sur la question de l’égalité des sexes !

 

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Ensaf Haidar, l’épouse de Raïf Badawi, vit au Québec où elle s’est réfugiée avec ses trois enfants après la condamnation de son mari. Elle a voulu profiter du voyage du prince héritier saoudien à Paris pour écrire au Président Macron qu’elle appelle à exiger la libération de son mari emprisonné depuis 2014 pour « injures envers l’islam ». Le Monde l’a publiée dans son numéro du 8-9 avril dans la page Débats &Analyses consacrée à l’Arabie Saoudite.

« Mon époux Raïf Badawi, 34 ans, père de nos trois enfants [14, 13 et 10 ans] est en prison en Arabie saoudite depuis 2012. Isolé du monde, coupé de sa famille, il souffre terriblement chaque jour un peu plus. Pourtant tout le monde sait que ce blogueur, ce libre-penseur, cet intellectuel courageux n’est pas un criminel. Bien au contraire.
S’agissant de la condition des femmes dans notre pays, il prônait la suppression du tutorat et leur participation active à la vie politique, sociale et économique. Au sujet des croyances religieuses et des convictions spirituelles et philosophiques, il défendait l’égalité de traitement de toutes et de tous. Concernant le wahhabisme, il en appelait à plus de modération et moins de crispation religieuse.
Comme il croyait fermement en la force des idées et au pouvoir libérateur des mots, il s’exprimait sur ces sujets sensibles qui sont, aujourd’hui, débattus en Arabie saoudite grâce à l’ouverture insufflée par le jeune prince héritier, Mohammed Ben Salman. Raïf tout comme les caricaturistes et les journalistes de Charlie Hebdo ont été punis pour avoir exercé un droit humain universel : la liberté d’expression.
Pour eux comme pour lui, la foi en la liberté d’expression et la défense de cette liberté auront eu un prix exorbitant. Tous défendaient les valeurs et les normes d’une grande civilisation humaniste, une civilisation qui respecte la dignité humaine et promeut les droits et les libertés individuelles. Deux jours exactement après le terrible massacre de Charlie Hebdo, mon compagnon était arraché de sa geôle, à Djedda, et emmené menotté sur une place faisant face à la mosquée Al-Jafali pour y subir les 50 premiers coups de fouet d’une flagellation publique. Comment survivre à un tel châtiment ? [...]
Peu sont ceux qui cherchent à connaître les raisons de l’enfermement du libre-penseur saoudien. Il a été reconnu coupable, selon son acte d’accusation, d’avoir « insulté l’islam » et d’avoir « par ses productions, troublé l’ordre public, les valeurs religieuses et la morale ».
En fait, son crime n’était autre que sa conviction profonde à exprimer librement ses opinions [...] Il ne s’agit pas d’un choc de civilisations ni d’un conflit entre l’Orient et l’Occident. Il s’agit d’un droit universel que revendiquent, partout dans le monde, les défenseurs et les militants des droits humains.
Ces courageux militent en faveur de ce droit parce qu’il est tout simplement la pierre angulaire de tout système démocratique, transparent et ouvert. Nous en avons besoin pour notre propre protection. Sans lui, les gouvernements peuvent impunément violer les droits de leurs citoyens, les institutions religieuses peuvent contraindre au silence celles et ceux qui les critiquent, alors que des acteurs sociaux, économiques et politiques puissants peuvent abuser de leurs pouvoirs, sans en subir les conséquences. Ce droit fondamental est la conscience de toute société. »

Et Ensaf Haidar, lance un appel : « Cher Monsieur Macron, n’oubliez pas de parler de Raïf ! »

 

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