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Le colonel Arnaud Beltrame


Claudine Castelnau

 

 

30 mars 2018

Ces journées passées ont été fertiles en émotion depuis la mort du lieutenant-colonel assassiné, culminant sur ce mercredi 28 mars avec cette marche lente à travers Paris, pour accompagner le cercueil d’Arnaud Beltrame du Panthéon aux Invalides où avait lieu l’hommage officiel du Président de la République et des autorités politiques, civiles et militaires.

La veille, le 27 mars, Laurent Joffrin, directeur du quotidien Libération avait consacré son éditorial à la récupération par une partie de la droite ou de l’extrême-droite du colonel Beltrame :

« Avec insistance, ces récupérateurs soulignent la foi catholique qui animait le héros de Trèbes, qui s’est livré au terroriste pour sauver les otages. Actuellement la chose est parfaitement vraie. Le colonel Beltrame était retourné à la foi de ses pères il y a une dizaine d’années [...] Mais on sent bien qu’à isoler cet élément de sa biographie, on cherche à faire passer un message.
Après tout, Arnaud Beltrame adhérait aussi, et peut-être surtout, aux valeurs de courage et de devoir de la gendarmerie, qui sont celles d’une force républicaine, quelles que soient les opinions des officiers ou des hommes du rang qui la composent, et qui ne sont pas toujours progressistes. Il a été décoré pour acte de bravoure une première fois en Irak, en 2005, alors même que sa piété religieuse ne s’était pas encore manifestée.
Parler uniquement de son christianisme, c’est sous-entendre que son acte d’héroïsme en est la conséquence directe, ce que personne ne peut soutenir absolument. Et derrière ce sous-entendu, il y en a un autre : seule l’identité catholique donne un sens à l’existence de citoyens pour le reste déboussolés par une époque sans idéal et sans valeurs communes, minée par l’individualisme et le consumérisme marchand. Catholique et français toujours  ! Sous-entendu idéologique marqué et partisan qui désigne la République française comme une terre de décadence, un pays sans Dieu et donc sans aveu.
On n’est pas loin de la rhétorique islamiste [...] Ceux-là oublient au passage un détail qui a son importance dans cette affaire très symbolique : le colonel Beltrame n’était pas seulement catholique. Il était aussi franc-maçon [...]. »

La Croix écrit qu’il avait pris ses distances avec « les frères ». Thèse contestée par le Grand-maître de la Grande Loge de France, qui précise :
« De mémoire, Arnaud Beltrame a été initié en 2008 dans la Respectable Loge Jérôme-Bonaparte à Rueil-Nanterre. Il y était très assidu et remontait régulièrement du sud de la France aux “tenues” [les réunions franc-maçonnes, ndlr].
Notre frère Arnaud Beltrame participait encore à une tenue maçonnique un mois seulement avant sa mort. Et il était actif au sein de la Fraternelle de la gendarmerie. 
[ Notre frère... Un catholique aurait pu le dire. »
Aucune raison, donc, d’opposer dans cette célébration chrétienté et république. Pas plus, d’ailleurs, qu’islam et république : de nombreux musulmans ont assisté à la messe dite en mémoire du colonel dans l’église de Trèbes. On ne dira pas que Beltrame était un héros « multiculturel », mais enfin [...] La gauche est-elle mal à l’aise avec cette héroïsation ? [...] A l’Assemblée [nationale] mardi, les hommages émanant des partis de gauche étaient peut-être les plus vibrants et Jean-Luc Mélenchon, avec gravité et éloquence, s’est associé, comme les autres leaders, au deuil national décidé en faveur du gendarme égorgé par un fanatique. Là aussi, peut-être plus qu’ailleurs, la tradition républicaine fait loi [...] Dans le cas de Beltrame, au demeurant, il ne s’agit pas seulement de célébrer les vertus militaires. Rien dans le règlement de l’armée n’obligeait cet authentique héros à se sacrifier de la sorte. Il l’a fait pour venir en aide à d’autres citoyens, par solidarité humaine. On oublie toujours le troisième terme de la devise gravée au fronton des bâtiments public : la fraternité.
Elle a pour but de réunir tous les Français et, au-delà, toute la pauvre humanité. Elle a une connotation spirituelle, ce qui lui permet d’emporter l’adhésion de tous, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. L’itinéraire du cortège qui suivra le cercueil d’Arnaud Beltrame traduit cet esprit d’unanimité fraternelle : il arrivera aux Invalides, saint des saints de l’esprit militaire. Mais il part du Panthéon, temple du républicanisme. »

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L’hebdomadaire catholique La Vie a publié le 27 mars une interview de Marielle Beltrame, la femme du gendarme assassiné. Jean-Pierre Denis, le directeur de La Vie qui a réalisé l’interview écrit :
« [...] Ce que je retiendrai, après avoir raccroché, ce sont moins les mots de Marielle Beltrame que ses longs silences, qui expriment l’indicible. J’ai écrit douze fois des éditoriaux pour Pâques. Ce treizième est différent. Je n’ai pas le sentiment de le rédiger, mais de l’accueillir, de le recueillir dans ces silences [...] Certes, il y a ce qu’elle dit. L’admiration déchirante d’une amoureuse, que sublime l’espérance d’une chrétienne. Mais il y a surtout, surtout, ce qu’elle ne dit pas. Aucune exaltation, aucune révolte, aucune haine, sans parler de vengeance, évidemment [...] »
La Vie rappelle la mort du père Hamel assassiné dans son église par des djihadistes et le témoignage de sa sœur sans haine. Comme pour Marielle Beltrame, « dans cette foi en Jésus, aucune scorie, aucune ombre. Pas un mot à l’encontre de l’assassin, pas un propos sur le terrorisme, sur les fichés S, sur l’État qui... les politiques que... Rien contre. L’immensité du bien semble avoir pris, dans de tels cœurs, toute la place disponible. » […]
 Et Marielle Beltrame conclura : « C’est avec beaucoup d’espérance que j’attends de fêter la résurrection de Pâques avec lui.

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Certains attendaient le Président de la République et son discours aux Invalides celui qu’il prononcera devant le cercueil du lieutenant-colonel Beltrame. Un discours en réponse à une attaque terroriste de cette importance avec, en toile de fond, la foi catholique fervente et l’intense engagement religieux de cet homme, revendiqués par ses proches. Le geste du gendarme, de se substituer à un otage et d’en mourir, c’est selon sa famille, à commencer par sa femme, celle d’un chrétien prêt à donner sa vie pour son prochain.
Sa femme qui a dans une interview à La Vie assurait fermement : « On ne peut comprendre son sacrifice si on le sépare de sa foi personnelle. C’est le geste d’un gendarme et le geste d’un chrétien. »
La veille de l’hommage aux Invalides, Libération écrivait que Macron se savait sous une double surveillance : « Celle des zélateurs des “racines chrétiennes” [de la France] d’une part et, d’autre part, celle des gardiens du temple laïc. » Et qu’il lui faudra « exalter des valeurs républicaines entremêlées avec des convictions religieuses. »


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Enfin des extraits de ce discours dans la cour des Invalides :
« Accepter de mourir pour que vivent des innocents, tel est le cœur de l’engagement du soldat. Être prêt à donner sa vie parce que rien n’est plus important que la vie d’un concitoyen, tel est le ressort intime de cette transcendance qui le portait. Là était cette grandeur qui a sidéré la France [...]
A cet instant toutefois d’autres, même parmi les braves, auraient peut-être transigé ou hésité. Mais le lieutenant-colonel Beltrame s’est trouvé face à la part la plus profonde et peut-être la plus mystérieuse de son engagement. Il a pris une décision qui n’était pas seulement celle du sacrifice, mais celle d’abord de la fidélité à soi-même, de la fidélité à ses valeurs, de la fidélité à tout ce qu’il avait toujours été et voulu être, à tout ce qui le tenait […]
Ce fut la source de son immense courage : pour ne pas manquer aux autres, il faut ne pas se manquer à soi-même. Le lieutenant-colonel Beltrame a fait ce choix parce qu’il se serait éternellement reproché de ne pas l’avoir fait [...]
Cette détermination inflexible face au nihilisme barbare convoqua aussitôt dans nos mémoires les hautes figures de Jean Moulin, de Pierre Brossolette, des Martyrs du Vercors et des combattants du maquis. Soudain se levèrent obscurément dans l’esprit de tous les Français, les ombres chevaleresques des cavaliers de Reims et de Patay, des héros anonymes de Verdun et des Justes, des compagnons de Jeanne et de ceux de Kieffer - enfin, de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui, un jour, avaient décidé que la France, la liberté française, la fraternité française ne survivraient qu’au prix de leur vie, et que cela en valait la peine.
Le camp de la liberté, celui de la France, est confronté aujourd’hui à un obscurantisme barbare, qui n’a pour programme que l’élimination de nos libertés et de nos solidarités. Les atours religieux dont il se pare ne sont que le dévoiement de toute spiritualité, et la négation même de l’esprit. Car il nie la valeur que nous donnons à la vie [...] Pourtant, malgré la tristesse, malgré le sentiment d’injustice, la lueur qu’Arnaud Beltrame a allumée en nous ne s’est pas éteinte, elle s’est au contraire propagée [...] Il vivra en vous, par vous, dans votre souvenir, dans vos prières ; mais ce que nous vous devons, c’est qu’il ne soit pas mort en vain, que sa leçon demeure gravée dans le cœur des Français. »

 

 

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