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Mgr Romero

Mgr Oscar Romero sera saint


Claudine Castelnau

 

 

25 mars 2018

Il aura fallu attendre 35 ans pour que l’archevêque de San Salvador, Mgr Oscar Romero soit béatifié, le 23 mai 2015, par le pape François. L’archevêque a été assassiné le 24 mars 1980 en pleine messe dans la basilique de San Salvador par un groupe d’extrême-droite, parce qu’il dénonçait les exactions perpétrées par la Junte militaire et qu’il s’était érigé en défenseur des droits de l’homme et particulièrement des paysans de son diocèse.

A l’époque le Salvador est un pays déchiré, où 40 % des terres sont détenues par 13 familles. Mais son cheminement a été long : d‘abord c’est un conservateur peu enthousiaste des avancées de Vatican II. L’Eglise latino-américaine est en crise, en 1967. Les évêques d'Amérique latine sont réunis à Medellin (Colombie) pour discuter de la mise en œuvre des réformes de Vatican II. Ils ont décidé de rompre avec la position traditionnelle de défenseur du statu quo. Car ceci signifie en réalité trop souvent prendre le parti des pouvoirs en place, spécialement en Amérique latine avec des régimes fascistes. La hiérarchie catholique défendra désormais le parti des pauvres.

Aussi lorsque Mgr Romero devient archevêque de San Salvador, la partie du clergé salvadorien progressiste et tenant de la théologie de la libération s’inquiète : le nouvel archevêque dénoncera la « nouvelle christologie » (la théologie de la libération avec sa préférence pour les pauvres) comme une menace pour la doctrine de l’Eglise catholique. Mais les « escadrons de la mort » sévissent dans les années 1970-1980 en Amérique latine et particulièrement au Salvador, où ils ont été à l’époque créés, formés et financés par des conseillers militaires américains et la CIA. On évalue à 75 000 les civils assassinés dont quatre religieuses américaines et des jésuites par les forces armées et les escadrons de la mort lors de la guerre civile de 1980 à 1982.

 

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Mais un mois après sa nomination en février 1977, comme archevêque de San Salvador, la capitale, Rome souhaitant avec un conservateur barrer la route à plus progressiste et plus engagé, l’assassinat de trois jésuites de l’Université de Salvador en mars 1977 par l’un de ces « escadrons de la mort » change tout.

L’un d’eux, Rutilio Grande, est un ami personnel de longue date d’Oscar Romero et sa mort bouleverse le nouvel archevêque. Il vit une véritable « conversion » comme il le déclarera plus tard : « Quand je vis Rutilio, étendu mort, j'ai pensé que s'ils l'avaient tué pour ce qu'il avait réalisé, alors moi aussi je devais avancer sur le même chemin. » A partir de là, l’archevêque s’engage contre la pauvreté, l’injustice sociale, la torture et les assassinats politiques.

Il utilise la radio pour dénoncer les violences faites aux opposants de la Junte. Oscar Romero réclame au président salvadorien une enquête sur les trois meurtres et décide de boycotter toute cérémonie officielle du gouvernement « aussi longtemps que ce dernier n'aura pas fait tous ses efforts pour rendre la justice au sujet de ce sacrilège qui a horrifié tout le monde et soulevé une vague de protestation et de violence. » 

Désormais, il dénoncera les violations des droits de l’homme du gouvernement et de ses supplétifs d’extrême-droite et l’aide militaire des Etats-Unis à la Junte. Ses protestations auprès de Jimmy Carter, le président américain, sont restées lettre morte.

 

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Mgr Romero acquiert une notoriété internationale et à Louvain, en Belgique, lorsqu’il est fait docteur honoris causa de l’Université catholique il proclame : « Le monde des pauvres nous apprend que la libération arrivera non seulement quand les pauvres seront les destinataires privilégiés des attentions des gouvernements et de l'Église, mais bien quand ils seront les acteurs et les protagonistes de leur propre lutte et de leur libération en démasquant ainsi la dernière racine des faux paternalismes, même ceux de l'Église. » 

Au pape de l’époque, Jean-Paul II, il décrit la situation de son pays et celle de son Eglise salvadorienne :
« En moins de trois ans, plus de cinquante prêtres ont été attaqués, menacés ou calomniés. Six qui ont été assassinés méritent d'être considérés comme martyrs. Certains ont été torturés, d'autres expulsés du pays. Des sœurs ont été également persécutées. La radio de l'archidiocèse, des institutions éducatives catholiques ou d'inspiration chrétienne ont été attaquées, menacées, intimidées ou ont subi des attentats à l'explosif. Plusieurs communautés paroissiales ont fait l'objet de "raids".
Si tout cela s'est produit à l'encontre des personnes représentantes de l'Église, on peut imaginer ce qui a été fait aux chrétiens ordinaires, aux paysans, aux catéchistes, aux délégués et aux communautés de base [...] Mais il est important de remarquer pourquoi l'Église est persécutée : Ce n'est pas tous les prêtres ou n'importe lequel d'entre eux. Ce n'est pas toutes les institutions ou n'importe laquelle de ces institutions.
Est attaquée ou persécutée cette partie de l'Église qui s'est mise aux côtés du peuple et se pose en défenseur du peuple. »

Ses prises de position, ses dénonciations des enlèvements, assassinats, l’appel aux soldats face aux violences de l’armée, lors d’un sermon : « Un soldat n’est pas obligé d'obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter. Il est temps de revenir à votre conscience et d'obéir à votre conscience plutôt qu'à l'ordre du péché. Au nom de Dieu, au nom de ce peuple souffrant, dont les lamentations montent jusqu'au ciel et sont chaque jour plus fortes, je vous prie, je vous supplie, je vous l'ordonne, au nom de Dieu : Arrêtez la répression ! »

Le lendemain, le 24 mars 1980, alors qu’il célèbre une messe, il est assassiné à son tour. Mgr Romero sera inhumé en hâte dans la basilique. Et lors de ses funérailles auxquelles assistent quelque 350 000 personnes, dont 300 prêtres et trente évêques venus du monde entier, une bombe est lancée pendant la messe et une cinquantaine de personnes meurent piétinées, dont nombre d’enfants et une dizaine de personnes tuées par balles, la bombe et les tirs de mitrailleuses provenant du palais présidentiel.

L’assassin présumé, jamais retrouvé, serait selon diverses enquêtes le major Roberto d’Aubuisson, qui aurait, selon un ex-ambassadeur américain au Salvador qui a témoigné devant le Congrès américain, « planifié et organisé » l’assassinat de Mgr Romero. Un juge salvadorien a dû quitter le pays après des menaces et une tentative d’assassinat alors qu’il avait conclut son enquête sur « une sorte de conspiration pour couvrir le meurtre » de la part de la police et de la justice.


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De nombreuses divergences sur l’héritage spirituel et politique de l’archevêque Oscar Romero  se sont exprimées empêchant pendant des années toute béatification et canonisation : il a été vu comme figure de la théologie de la libération, peu goûtée au Vatican au temps de Jean-Paul II qui lui préférait Mère Teresa ou l’Opus Dei et son fondateur José Maria de Escriva Balaguer très vite béatifié et canonisé. Rome préférait mettre l’accent uniquement sur la spiritualité et gommer l’engagement politique de Romero.

Finalement le pape Benoît XVI se prononcera pour sa béatification en 2007 et le pape François en 2015 a autorisé cette béatification comme « martyr de la foi ».

Peu avant d’être tué, Oscar Romero avait déclaré : « S’ils me tuent, je ressusciterai dans le peuple ! ». Ces pauvres salvadoriens qui aimait leur archevêque et l’avaient déjà proclamé « saint » dès l’annonce de sa mort.

Enfin, en ce mois de mars 2018, le pape a reconnu un miracle attribué à l’intercession d’Oscar Romero, ouvrant la possibilité d’une canonisation.


Le 31 mars 2005, en présence de la reine d’Angleterre et de l’archevêque de Cantorbéry, qui préside la communion anglicane, une statue d’Oscar Romero a pris place sur la façade ouest de l’abbaye de Westminster à Londres au milieu de huit autres chrétiens, hommes et femmes, de divers pays, de diverses dénominations chrétiennes, témoins de la foi et martyrs du XXe siècle.

Il se tient, un enfant sur les bras, entre le pasteur baptiste Martin Luther King et le théologien protestant allemand résistant Dietrich Bonhoeffer.

« Saint Romero d’Amérique, notre pasteur et martyr », proclame un poème écrit par l’un de ses frères évêques salvadoriens, au lendemain de sa mort.  
Un autre évêque, lors de la cérémonie d’enterrement : « Avec Mgr Romero, Dieu est passé par El Salvador ».

Et le 24 mars 2010, lors du trentième anniversaire de la mort d'Oscar Romero, le président salvadorien Mauricio Funes a présenté au nom de l'État des excuses officielles pour ce meurtre, en présence de la famille Romero, des représentants de l'Église catholique, des diplomates étrangers et officiels, du Gouvernement et depuis mars 2014, l’aéroport de San Salvador se nomme aéroport international Monsenor Oscar Arnulfo Romero y Galdàmez.

 

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Pierre-Michel Gambarelli a écrit un chant
pour Oscar Roméro
qui se trouve dans l’encyclopédie scout Scoutopédia

 

Refrain
Mais le vent des prophètes a soufflé ce matin,
Et l'on a vu des milliers d'alouettes
Danser autour du pèlerin.
Et l'on a vu sur toute la planète,
Des frères se donner la main.

Tu as fait se lever un peuple sans levain,
Le froment est battu à la force des poings,
Le pain cuit au soleil a pris le goût du sang,
Ton nom vient prolonger la liste des gênants

L'injustice ne peut supporter le silence
Mais l'exemple du Christ prend toute sa puissance.
Suspendu au gibet le jour de l'abandon,
Pour notre humanité il demande pardon.

Tu es mort le printemps n'avait que quelques brins
Tué dans ton église, les statues pour témoins,
Prêtre d'El Salvador, libre à en mourir,
Ton nom vient prolonger la liste des martyrs.

Combien d'hommes sont morts et combien meurent encore,
Ils sont pour notre monde cet envers du décor,
Cachés par les parades et les marches militaires,
Qui pourrait désormais les forcer à se taire ?

 

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María López Vigil

Morceaux pour un portrait

Par une matinée d’hiver, un homme en guenilles nettoyait avec soin la tombe de Mgr Romero avec ses haillons. En terminant, il sourit, satisfait. Je me suis approché et lui ai demandé :
- Qu’est-ce que vous faites ?
Il m’a répondu :
- Cela, nettoyer la tombe de Monseigneur. Parce qu’il était mon père.
- Comment ça ? ». « 
- C’est que moi, je ne suis rien qu’un pauvre. Parfois, au marché, je fais des transports avec une charrette ; d’autres fois, je demande l’aumône et d’autres fois, je dépense tout en alcool et eaux de vie et je cuve ma cuite par terre dans la rue... Mais je ne me décourage jamais. Et j’ai eu un père qui m’a fait prendre conscience que j’étais quelqu’un. Parce que, ceux comme moi, il nous aimait et nous ne le dégoûtions pas. Il nous parlait, il nous touchait, il nous posait des questions, il avait confiance en nous. On voyait bien la tendresse qu’il avait pour moi. Comme aiment les pères. C’est pour ça que je nettoie sa tombe, comme font les enfants...

 

 

 

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