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Inde

Les vaches sacrées



Claudine Castelnau

 

12 juin 2017

La question des vaches sacrées est de retour une fois encore en Inde ! Un débat hautement politisé qui n’est pas innocent. Depuis son arrivée au pouvoir comme Premier ministre de l’Inde, Narendra Modi et son parti nationaliste hindou, le BJP, ont fait de cet enjeu religieux autour de l’abattage des vaches une véritable croisade, rêvant de l’imposer à l’ensemble de l’Inde toutes religions confondues.

Ainsi l’hebdomadaire Le Point rappelle que depuis le 26 mai « un décret fédéral interdit sur les marchés le commerce de taureaux, de bœufs, de vaches, de buffles, de veaux et de chameaux destinés à l’abattage. [...] Avec, à la clé, un bras de fer entre les tenants de la tradition multiconfessionnelle et les nationalistes qui portent l'hindouisme en socle culturel de la nation. La mesure limite de facto la consommation de viande de bétail dans toute l'Inde. Elle est perçue comme discriminatoire par les minorités religieuses qui consomment du bœuf, c'est-à-dire les musulmans, les chrétiens, les dalits (« Intouchables ») et les aborigènes. Par ailleurs, elle menace des millions d'emplois dans la filière bovine. »

En fait, ce décret contre l’interdiction du commerce bovin sur les marchés à des fins de consommation n’est qu’une mesure de plus récente : ainsi, sur les 29 Etats de l’Union indienne (l’Inde est un Etat fédéral), 21 Etats interdisent déjà l’abattage des vaches et le Gujurat, où le premier ministre est né, a déjà depuis avril un arsenal de peines allant jusqu’à la prison à perpétuité pour’ l’abattage de vaches.

Le Point cite le ministre de la Justice du Gujurat qui a déclaré : « La vache n'est pas un animal, c'est le symbole de la vie universelle”.  Et, partout en Inde, les “gaushala”, refuges pour vaches, prennent l'allure de temples pour extrémistes hindous. »

Cette croisade en faveur de la sacralisation de la vache est menée par le RSS, l’aile paramilitaire du parti nationaliste hindou BJP. Expertes en violence, ces milices d’extrémistes hindous ont déjà à leur actif douze morts depuis 2015, dans des heurts avec des transporteurs ou vendeurs de bétail.

 

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Le Business Standard, un quotidien indien en anglais et hindi publiait, le 30 avril dernier un long article en réaction à ce qu’il appelait « le nationalisme safran », la couleur marqueur de l’hindouisme :
« Les indolentes vaches indiennes qui se tiennent sur les routes les plus fréquentées des villes sont l’image la plus commune pour quiconque a visité le sous continent indien. Aujourd’hui, ces mammifères sont au centre de l’augmentation du niveau de violence sociale. Au nom de la défense des valeurs hindoues, des groupes de militants ont lynché et tué des gens suspectés de manger ou de faire commerce de vaches et le gouvernement a fait peu pour les arrêter [...] les vaches sont considérées comme sacrées dans une certaine interprétation de la philosophie hindoue mais d’autres historiens réfutent le mythe de la “vache sacrée ” absolue.»

Et cela n’a pas empêché une foule d’assassiner un fermier musulman, producteur laitier au Rajasthan en avril dernier et de malmener les autres musulmans parce qu’ils faisaient le commerce des vaches.
Mais le conducteur, un hindou, fut épargné, ce qui laisse des doutes sur les motifs réels de ce meurtre. Quant au ministre de l’Intérieur du Rajasthan, il refusa de considérer le meurtre du fermier, accusant les deux groupes de « violence ». Les rapports de police accusent aussi souvent de violence les victimes de telles attaques pour avoir possédé ou tué des vaches !

Le Business Standard relève aussi que « des attaques menées contre des minorités religieuses comme le meurtre du fermier, sont en augmentation depuis que Narendra Modi a été élu Premier ministre en 2014, soutenu par le BJP. » La population musulmane en Inde est créditée de 14 % selon le dernier recensement de 2011 alors que les Hindous seraient 80 %. L’élection avec 75 % des sièges du yogi Adityanath, un extrémiste hindou du BJP qui dirige désormais l’Etat de l’Uttar Pradesh le plus peuplé de l’inde, est impliqué dans 18 affaires criminelles, connu pour sa violence verbale contre l’islam, son projet d’avoir une Inde exclusivement hindoue et de reconstruire un temple au dieu Rama sur le lieu d’une mosquée à Ayodhya, qui risque bien d’enflammer encore plus les relations avec la communauté musulmane.

De même ce yogi a mené une campagne de « purification » pour que les chrétiens (qui seraient quelque 30 millions) se reconvertissent à l’hindouisme [alors que les premières communautés chrétiennes auraient été fondées il y a près de 2000 ans].

Les nationalistes hindous ont aussi le projet d’une loi anticonversion [qui impliquerait un changement de la Constitution]. « Les nationalistes hindous considèrent qu’islam et christianisme sont des idéologies importées qui pervertissent l’identité indienne, relevait Libération, en janvier 2016. »

Exactions et pressions se multiplient au quotidien contre pasteurs et prêtres, sans que la police intervienne Dans l’Uttar Pradesh, par exemple, en avril dernier un groupe de militants hindouistes a obligé la police à arrêter un service religieux chrétien au motif que les chrétiens forcent les Indiens à se convertir.
Même violence au Gujurat contre une famille dalit (les intouchables) occupée à dépecer une vache morte, un travail qui leur est réservé en tant qu’intouchables ou des attaques menées contre des couples mixtes (musulman/hindou).

« Que reste-t-il de l’Inde séculière », se demande un universitaire devant ce climat d’intolérance qui augmente comme l’atmosphère de peur et d’insécurité parmi les minorités religieuses. Il reste que l’Inde est l’un des plus importants exportateurs de bœuf et de veau (principalement des buffles d’eau) et que l’Uttar Pradesh est pour l’instant, au delà de sa législation, le plus grand producteur de viande de bœuf du pays !
Un marché qui bénéficie principalement aux musulmans, principaux commerçants et consommateurs de viande et de cuir et les premiers touchés par la législation protectionniste des vaches…



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