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Claudine Castelnau

 

 

13 février 2017

Il s’appelle Basuki Tjhaja Purmana mais il est plus connu par son surnom « Ahok » et il fait campagne pour sa réélection ce 15 février, au poste de gouverneur de Jakarta, capitale de la République d’indonésie.

Jakarta est une ville au statut de province, administrée par un gouverneur élu. La ville comptait un peu plus de 9 millions d’habitants en 2010 et elle possède la plus grande mosquée d’Asie du Sud-est. L'article 29 de la constitution de 1945 garantit la liberté de culte et n'accorde de préséance à aucune religion.

« La Constitution ne fait référence à aucune religion en particulier et le gouvernement indonésien reconnaît six religions officielles : l'islam, le protestantisme, le catholicisme, l'hindouisme, le bouddhisme et le confucianisme. Bien que la population soit en majorité musulmane (plus de 80 % des Indonésiens), on n'observe pas, comme dans beaucoup d'autres pays, une imposition de la charia, ou loi islamique, dans la législation. L'Indonésie est ainsi un exemple de sécularisme réussi avec l'islam, relève le site Wikipédia. L'Indonésie prône un islam qui épouse les valeurs de respect et d'ouverture. La religion est considérée comme personnelle et n'est pas envisagée comme un enjeu politique. »

Au vu des événements qui émaillent la campagne électorale du gouverneur sortant, peut-être faudrait-il mettre un bémol aux images un tant soit peu idylliques de la tolérance et du sécularisme. Ainsi le très populaire gouverneur Ahok de Jakarta a fait face depuis octobre dernier à de multiples manifestations, exigeant sa démission et même sa condamnation à mort.

Pour avoir ironisé, en septembre dernier, sur les islamistes, en citant une sourate du Coran qu’ils utilisent comme seul argument pour refuser que des musulmans soient gouvernés par un chrétien ou un juif.
En l’occurrence Ahok, est chrétien, protestant, et de plus d’origine chinoise. Depuis, il est contesté et des centaines de milliers de musulmans, islamistes ou pas, manifestent, profèrent des menaces : 
« Jakarta est maintenant gouvernée par un infidèle, alors que l’Indonésie compte le plus grand nombre de musulmans, dénonce devant la foule un islamiste », rapportait le site infochrétienne en octobre.

Ces islamistes, qui depuis 2012 dénoncent l’accession d’un chrétien au pouvoir, le premier gouverneur chrétien depuis les années 60. Une pétition a été lancée pour exiger des excuses et les islamistes ont porté plainte contre Ahok, l’accusant de « blasphème », accusation hélas bien connue, entre autres au Pakistan, pour persécuter les minorités ou l’utiliser comme argument politique, comme en Indonésie aujourd’hui.

 


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Après la plainte des islamistes contre le gouverneur Ahok, la police a ouvert une enquête contre lui et depuis décembre il a comparu devant la justice, en larmes par moment, se défendant de toute idée de blasphème et rappelant que durant son premier mandat, il avait grandement œuvré, sans discrimination religieuse, pour améliorer la distribution et surtout la qualité de l’eau aux pauvres, leur procurant des logements bon marché, faisant construire plusieurs mosquées, aidant de nombreuses écoles islamiques et créant des madrasas (écoles coraniques), etc.

Il a aussi fait remarquer au tribunal que toute cette affaire « n’arrive que parce que nous sommes en campagne électorale. Ceux qui m’ont dénoncé à la police sont tous connectés entre eux. »

Et le site Al Jazeera relevait fin janvier que « dans ces 20 dernières années, la loi sur le blasphème a été de plus en plus utilisée contre les minorités religieuses en Indonésie : dans l’île de Sumatra, par exemple, un fonctionnaire a été emprisonné en 2012 pendant 2 ans et demi pour s’être déclaré athée sur Facebook (l’interdiction de se dire athée n’a été levée qu’en 2015). Autre exemple : un enseignant musulman a fait deux ans de prison pour avoir prêché un islam shiite (l’Indonésie est sunnite).
Et nombre d’Indonésiens et d’observateurs politiques attendent avec une certaine inquiétude les résultats du vote du 15 février et du jugement qui sera rendu une semaine après l’élection : si Ahok n’est pas réélu, c’est sûrement une certaine idée d’un islam pacifique envers les minorités religieuses qui cède devant la montée grandissante de l’intolérance mais aussi une alliance inquiétante des militaires, des organisations musulmanes militantes extrémistes, des groupes paramilitaires et autres conservateurs qui prennent le pouvoir.
Et si il est condamné, il perd le poste de gouverneur s’il l’a gagné et il peut être condamné jusqu’à 5 ans de prison pour blasphème.
C’est alors, comme l’explique un expert, l’idéologie islamiste dure qui pousse à sa condamnation.

« Ils veulent instaurer la loi islamique dans ce pays », explique Ahok qui affirme ne pas leur en vouloir mais au contraire voir dans ce débat public une occasion historique pour le pays de repenser sa Constitution et le concept d’« unité dans la diversité » sur lequel a été fondée la République laïque d’Indonésie en 1945. Interrogé par Al Jazeera sur l’avenir de la liberté religieuse et de la tolérance en Indonésie, Ahok s’est montré optimiste :
« L’islam en Indonésie, expliquait-il, veut promouvoir prospérité et bénédiction à toutes les créatures. Que vous soyez musulman, chrétien, hindou, vous serez toujours Indonésien. Et je suis sûr que la majorité de ce pays tient encore à cette idéologie. Après cette affaire, cela se renforce. Nous comprenons que nous devons nous impliquer. Nous sommes une nation basée sur Pancasila. Une nation tolérante. »

Et qu’est-ce que ce Pancasila auquel Ahok se réfère ? C’est la philosophie de l’Etat indonésien, inspirée du bouddhisme, promue par le Président Sukarno en 1945 et intégrée à la Constitution.
Ces cinq principes sont :
- La croyance en un Dieu unique.
- Une humanité juste et civilisée.
- L'unité de l’Indonésie.
- Une démocratie guidée par la sagesse à travers la délibération et la représentation.
- La justice sociale pour tout le peuple indonésien.

npr 



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Enfin, quelques chiffres sur les religions en Indonésie. Selon le recensement de 2010, 87,2 % des Indonésiens sont musulmans, les chrétiens sont la première minorité religieuse, représentant 10 % de la population (7 % de protestants et 3 % de catholiques) et bien intégrés. 1,7 % sont hindouistes, 1,3 % autres ou sans réponse, ce qui inclut le bouddhisme, le judaïsme, le christianisme orthodoxe6, l'animisme et le confucianisme reconnu comme religion depuis 200. Il y a aussi 200 000 ahmadis une minorité réformiste issue de l’islam hérétique pour les musulmans traditionnels, souvent persécutés dans les régions fortement islamisées d’Indonésie.

Jusqu'en 2015, il était interdit d'être athée. Les Indonésiens étaient obligés de choisir l'une des religions officielles pour remplir leur formulaire de demande de carte d'identité. Cette mention obligatoire avait été imposée par le Président Suharto (1966-1998) pour combattre le communisme. En effet, les communistes étant supposés être athées, chaque Indonésien devait fournir la preuve qu’il appartenait à une religion.

Depuis 2000, il existait également une septième possibilité pour remplir le formulaire de demande de carte d'identité, avec l’intitulé « autre ».

En 2015, la mention de l’appartenance religieuse a été supprimée. Mais le mariage civil est toujours interdit de même que des mariages entre gens de religion différente.

 


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