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Kenya

musulmans et chrétiens

 

8 février 2010

Le Conseil national des Églises du Kenya (NCCK) qui regroupe Églises et institutions protestantes, avait menacé, en décembre dernier, de mobiliser les chrétiens pour voter contre le projet de Constitution (le référendum est prévu en mars prochain), si l'introduction de juridictions musulmanes était maintenue dans le nouveau texte, ce qui aurait créé un « État dans l'État ».
L’agence œcuménique de nouvelles ENI a publié le 6 février une déclaration de Peter Karanja, secrétaire général de ce Conseil d’Églises affirmant : « Les chrétiens resteront inflexibles sur leur position comme c’est leur devoir national » mettant en garde, avec d’autres responsables chrétiens, sur le danger de fracture que cette Constitution introduirait dans le pays.

Les responsables d’Églises accusent aussi certains musulmans de chercher à mettre en place un États islamique au Kenya à travers des institutions comme les banques et assurances islamiques.
Aujourd’hui, le projet de Constitution propose d’institutionnaliser un système judiciaire islamique (avec des tribunaux basés sur la sharia). Ce système judiciaire existe en fait depuis l’indépendance du Kenya en 1963 mais les chrétiens ont demandé depuis des années qu’il soit aboli.
A cela les musulmans répondent que les tribunaux islamiques protègeraient les droits religieux des musulmans, ce que la Constitution actuelle ne permet pas et une autorité musulmane explique que, de son point de vue, « la Constitution actuelle du Kenya est encore largement influencée par le droit britannique [l’ancienne puissance coloniale] qui emprunte aux lois et aux traditions judéo-chrétiennes. La gouvernance de l’État est chrétienne par nature. Si l’on ne permet pas les tribunaux islamiques, nous ne voteront pas la Constitution. »

 

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Alors que la population musulmane du Kenya est estimée à 20 % seulement, on peut s’étonner que les musulmans aient un tel poids politique. Un chercheur de l’Université hébraïque de Jérusalem a publié en janvier 2005, un article où il explique que bien que les musulmans soient minoritaires dans trois pays de l’Afrique de l’Est (au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda), les gouvernements ont besoin de leur soutien en période électorale et qu’au Kenya ils sont concentrés dans les zones les plus importantes sur le plan culturel et stratégique. Ils sont majoritaires à Mombasa, un centre touristique important et le principal port kenyan.
Du coup les gouvernements ont accédé à certaines de leurs revendications.

Enfin, l’activisme islamique de certains pays arabes (Libye, Soudan, Egypte, Arabie saoudite et Koweit) et leur soutien financier et moral ont consolidé la présence musulmane au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Depuis les années 1980, l’Iran a ouvert plus de 20 ambassades en Afrique subsaharienne.
Ces pays musulmans ont fondé des centres culturels islamiques, contribué à la construction de mosquées et d’écoles, envoyé des enseignants et des missionnaires et financé des projets de développement.
Aussi les gouvernements d’Afrique de l’Est doivent-ils prendre en compte leurs réactions éventuelles quand ils ont affaire aux musulmans locaux.

Ce chercheur de l’Université hébraïque de Jérusalem relevait aussi qu’aucun parti musulman n’a été autorisé jusqu’ici et le fait que le Kenya se définisse comme un pays laïque, établissant une nette séparation entre la religion et l’État, contrecarre évidemment l’influence de l’islam qui ne connaît pas semblable séparation. De même, après avoir adopté le multipartisme, dans les années 1990, le Kenya a continué d’interdire les partis fondés sur l’appartenance religieuse ou ethnique.

 

 

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