Nouvelles
Haïti,
le télévangéliste Pat Robertson
et le diable !
25 janvier 2010
Le révérend Pat Robertson télévangéliste américain bien connu, s’exprimant tout de suite après le tremblement de terre sur CBN, son propre réseau de télévision, n’avait pas hésité à déclarer que « Haïti était sous l’emprise du mal » et que les Haïtiens avaient passé « un pacte avec le diable » pour chasser les troupes françaises et les riches planteurs hors de l’ile, lors de la cérémonie vaudoue du Bois Caïman, au 18e siècle.
Ce 14 août 1791, des esclaves rebelles d’Haïti se rassemblèrent sous la conduite de Toussaint Louverture, leur chef charismatique, et après avoir bu le sang d’un cochon noir offert en sacrifice, jurèrent de tuer leurs maitres blancs. Cette cérémonie vaudoue est considérée comme l’acte fondateur de la République d’Haïti, la première république noire de l’Histoire.
Depuis, expliquait Pat Robertson, les Haïtiens, comme pour réparer l’offense, sont victimes de malédictions dont la dernière est cet horrible tremblement de terre.
Mais si le séisme d’Haïti est un châtiment divin comme Pat Robertson voudrait le faire croire, comment expliquer, par exemple, que le 1er novembre 1755, jour de la Toussaint, un tremblement de terre d’une violence exceptionnelle suivi de plusieurs raz-de-marée ravagea la ville de Lisbonne, tuant des milliers de fervents catholiques sous les décombres des églises détruites par le séisme ?
Christopher Hitchens, sur le site internet Slate rappelle que ce cataclysme de Lisbonne « provoqua le premier grand débat sur les catastrophes naturelles en Europe et que Voltaire et Rousseau se querellèrent sur la responsabilité de Dieu envers le monde et sur l’importance de son rôle dans la disparition de la très catholique et prospère Lisbonne » tandis que d’autres adoptèrent une approche plus scientifique qui annonce la naissance de la sismologie moderne.
« Les tremblements de terre existaient bel et bien avant que les êtres humains ne deviennent des pécheurs, et la croûte terrestre continuera à craquer longtemps après leur extinction, écrit Christopher Hitchens. Le comportement des êtres humains n’a aucune influence sur l’évolution des failles géologiques. Les croyants peuvent dormir tranquilles, aucun individu "éclairé" [sauf des Pat Robertson !] ne viendra jamais leur demander pourquoi leurs innombrables dieux s’acharnent à provoquer ces désastres. Car il est question de tectonique des plaques et non de châtiment divin. Pourtant, les croyants ne peuvent s’empêcher de mêler Dieu à tout. Que deviendraient-ils en effet si ces événements effroyables avaient une explication rationnelle ? »
Et Christopher Hitchens de rappeler que le vaudou ou les cultes qui en dérivent ne sont pas satanistes mais le résultat d’un syncrétisme entre polythéisme africain et saints catholiques. Le vaudou a permis d’entretenir un climat de peur et de maintenir les populations dans un état de léthargie dont ont su profiter les prédateurs de ce pays et ceux qui les ont appuyés pour qu’ils se maintiennent au pouvoir.
Il n’est pas sérieux de croire que Dieu ait pu décider de massacrer les Haïtiens par dizaines de milliers pour punir la bassesse des hommes qui ont gouverné Haïti (Duvalier père et fils, Jean-Bertrand Aristide, etc.) « Quand Haïti aura pansé ses plaies, l’étape suivante consistera à libérer le peuple de l’emprise des sorciers de tout poil. Nous verrons bien comment les différents partis de Dieu réagiront le moment venu ».
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Autre commentaire sur Haïti et les déclarations de Pat Robertson. Sur le site du think tank britannique Ekklesia, a été publié le 21 janvier un texte d’un théologien de l’université Loyola de Chicago :
« Le tremblement de terre, écrit Spencer Dew, offre à Robertson une évidence de l’existence de Dieu et de son implication dans l’histoire humaine. La théologie de Robertson, en expliquant que les victimes de la tragédie méritent leur sort offre un certain confort et évite à Robertson l’angoisse de s’identifier de trop près à ces humains qui sont blessés, en deuil, sans domicile et affamés.
Le révérend Robertson peut bien avoir appelé à donner pour les victimes, sa théologie l’empêche d’avoir la moindre empathie avec les victimes. Sa version du pacte du peuple haïtien avec le diable [pour qu’il les aide à chasser les Français de l’île] est loin d’être vraie. Elle lui sert simplement à démoniser la religion vaudoue et à rappeler, en évoquant le sacrifice d’un porc lors de la cérémonie de Bois Caïman, que seule sa religion est la bonne, que les autres sont fausses et diaboliques.
Mais il oublie aussi de prononcer le mot d’ “esclavage ”. La véritable histoire que Robertson omet, c’est que Haïti a été la première nation fondée par des esclaves que s’étaient révoltés et réclamaient leur liberté au prix du sang de leurs maîtres. Les Noirs armés, libres, demeurent un cauchemar dans l’imaginaire de ceux qui ont le privilège d’être blancs en Amérique.
Le Noir, c’est celui qui a le pouvoir de détruire l’ordre social. Et l’indépendance d’Haïti fut à l’époque interprétée par la plupart des Blancs comme une catastrophe. Une sorte de tremblement de terre. [...] Comme la peur raciste a élaboré le vaudou en culte satanique, de même le racisme a présidé aux relations politiques de l’Amérique avec Haïti (peur, complots, occupation militaire par la force).
Il est à espérer que l’attention portée sur Haïti (en tout cas de ceux d’entre nous qui rejettent les explications métaphysiques du genre de celles de Robertson) engageront les Américains à réfléchir sur le racisme, non seulement celui qui se tapit dans nos relations internationales ou notre politique intérieure, mais celui qui est dans nos têtes. »
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Pat Robertson n’est pas le seul à avoir démonisé Haïti et son peuple qui pratique le vaudou. Un pasteur évangélique d’Irlande du Nord s’est livré à la même exégèse théologique sur BBC Radio Ulster : le diable aurait causé ce désastre. « Mais alors pourquoi le diable attaquerait-il les gens qui sont supposés l’adorer ? Et ce ne sont pas les gens d’Haïti qui sont responsables du désastre, mais les structures économiques qui sont marquées du péché des hommes et rendent la tragédie bien pire encore. Le tremblement de terre ne fait pas non plus partie du plan de Dieu. Un Dieu qui infligerait des souffrances, pour quelques raisons que ce soit est un ogre. Le Dieu qui fut crucifié en Jésus Christ comme criminel politique est un Dieu qui souffre avec nous et nous permet d’envisager la possibilité d’un meilleur monde ».
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Donner pour Haïti, c’est utile. Mais au delà de la compassion, ne faudrait-il pas à beaucoup plus long terme engager fermement nos gouvernements à aider Haïti et d’autres nations pauvres parmi les pauvres pour qu’elles offrent à leur peuple un niveau de vie minimum ?
Comme l’a dit l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu : « Je ne suis pas intéressé à ramasser les miettes tombées de la table de celui qui se considère comme mon maître. Je veux le menu des droits en entier. »
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