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Martin Luther King

Ce « rêve » en nous

 

 

Claudine Castelnau


article paru dans l'hebdomadaire protestant Réforme
le 31 août 2000

Il a voulu aller jusqu'au bout du rêve de fraternité porté par l'Evangile. Jusqu'à la mort.
« Vraie-fausse » rencontre avec Martin Luther King

 

31 mars 2018

Qui êtes-vous, Martin Luther King ?

Je suis né dans le Sud, à Atlanta, en Géorgie, le 15 janvier 1929 dans une famille noire baptiste. Vous devez ajouter junior à mon nom, pour éviter la confusion avec mon père, Martin Luther King, lui aussi pasteur baptiste. Ma famille était très pieuse et j'ai dû apprendre chaque jour des versets de la Bible que je récitais aux repas. J'ajoute que j'ai ressenti très jeune l'horreur et l'humiliation de la ségrégation raciale, les brutalités policières, le monde des Blancs et le ghetto noir... Ma famille a une histoire de résistance contre la discrimination raciale : mon grand-père maternel, lui aussi pasteur baptiste, était un pionnier, membre de la National Association for the Advancement of Coloured People (« Association pour le progrès des gens de couleur »), et il organisa le boycott d'un journal raciste sudiste... Déjà !

 

Vous décidez d'abord de devenir avocat - Vous avez même gagné un concours oratoire à la fin le vos études à l'université noire d'Atlanta - et l'art de la parole vous possède déjà. Votre famille vous pousse vers le pastorat, mais vous avez peur de l’émotivité excessive cultivée dans les Eglises noires...

Oui, mais Dieu ne m'a jamais lâché un instant. J’ai découvert peu à peu qu'il avait placé une responsabilité sur mes épaules, celle d'aider mes frères noirs à se libérer de l'oppression alors que, depuis un siècle [l'émancipation des Noirs a été proclamée par Lincoln en 1863, ndlr] ils vivaient encore dans la ségrégation raciale et la souffrance de l'injustice. Plus j'essayais de me soustraire à cette douloureuse évidence, plus la frustration m'habitait. Je décidais donc, comme mon père, d'être pleinement au service de Dieu comme pasteur, après des études de théologie et de philosophie à Boston. La découverte de penseurs comme Gandhi et son idée forte de non-violence me marquent alors profondément.

 

Il serait bien impensable de parler de Martin Luther King Jr. sans évoquer le nom du Mahatma ! Vous êtes même allé en Inde pour le rencontrer et approfondir avec ce Maître, parvenu à libérer son peuple de la domination britannique, les principes et l'esprit de la résistance pacifiste...


Sans cesser de me référer aux valeurs de l'Evangile. Le Sermon sur la montagne est central dans ma vie et ma prédication : « Et moi je vous dis : "Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui se servent de vous et vous persécutent." » Je n'aurai de cesse de prêcher le pouvoir de l'amour rédempteur qui peut, lorsque nous le découvrons, nous rendre capables de transformer ce vieux monde en un monde nouveau. Ce « rêve » que je porte en moi !

 

« Ce matin, je fais encore un rêve : un jour tous les petits enfants noirs de Dieu seront respectés comme ses enfants blancs », clamez-vous avec fougue, dans l'église baptiste Ebenezer, d'Atlanta, en 1965...

Oui, c'est vrai. Même si ce rêve de paix se brise trop souvent lorsque la haine meurtrière le transforme en cauchemar et que mes amis Jimmy Lee Jackson, le révérend James Reeb ou Viola Gregg Liuzzo et d'autres encore meurent sous les balles de la police ou des coups assénés par des racistes blancs. Parce que les Noirs ont compris, depuis ces années 50-60 (le boycott des autobus en a été le catalyseur), que la non-violence pouvait devenir le symbole du courage : ils savaient bien qu'ils n'obtiendraient pas leur liberté par la violence physique, mais ils savaient aussi que dans la violence physique, ils risquaient de perdre leur âme. La non-violence allait leur permettre, en accord avec leurs principes religieux et sans attendre le secours d'aucun allié, d'être l'instrument de leur propre liberté. C'est en cela que je diffère radicalement du leader noir Malcolm X qui estimait que la non-violence désarme les Noirs. Nous avons été deux soldats luttant avec passion contre le même ennemi, avec deux angles de vision différents. Et je m'élève contre le jugement définitif des médias américains de l'époque, présentant Malcolm X avant tout comme un propagateur de haine et de violence contre l'Amérique blanche, un « sale nègre africain » et moi un « Noir américain » ! L’assassinat de cet homme plein de promesses et de zèle a été un cauchemar tragique.

 

Vous acceptez en 1954 l'appel de la paroisse baptiste qui se dresse fièrement dans Dexter Avenue, à Montgomery (Alabama). Elle vous demande d'être son pasteur et la lutte commence très vite : à Montgomery, la belle cité sudiste, jadis capitale de la Confédération des onze Etats qui firent la guerre de Sécession au reste des Etats-Unis c'est la ségrégation raciale au quotidien et dans toute sa brutalité. Montgomery, c'est, un an après votre arrivée, le fameux boycott des autobus ! C'est là que votre destin bascule à tout jamais. Vous voilà désigné pour le rôle de meneur d'hommes... Ou prophète, au sens biblique de celui qui dit la Parole de Dieu pour le temps présent...

Lorsque j'ai présidé mon premier culte dans ma paroisse d’Atlanta, en mai 1954, j'ai fait appel à ces prophètes qu'ont été Amos, Jérémie, appelés en leur temps à guider le peuple de Dieu. Je me souviens avoir proclamé ma vocation devant ma communauté : « J'ai senti comme Jésus que |'Esprit du Seigneur est sur moi, car il m'a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, soulager celui dont le cœur est brisé, annoncer la délivrance à celui qui est en captivité et rendre leurs droits à ceux qui sont offensés. » Meneur d'hommes, oui aussi, mais sans jamais abandonner la conviction que les principes chrétiens doivent fonder la lutte de libération de mes frères noirs américains.

 

en prison à Bimingham, Alabama, novembre 1967

Car il faut replacer ce boycott des bus de Montgomery dans un contexte de violences, de lynchages, d'accusations de viols de femmes blanches, de discrimination flagrante dans le monde du travail, de ségrégation raciale dans tous les secteurs de la vie publique dans ce Sud profond, et de tout son cortège d'humiliations des Noirs au quotidien. Les bus de Montgomery finirent par devenir le symbole de cette ségrégation : aux injures et violences des chauffeurs s'ajoutait l'obligation pour les passagers noirs, travailleurs aux jambes lourdes, femmes chargées d'enfants, écoliers, à se tenir debout, alors que les dix rangs de sièges réservés aux Blancs étaient libres ou bien, s'ils étaient occupés, à se lever pour céder la place... On estime que sur les 20 000 à 25 000 habitants noirs que comptait Montgomery à l'époque, les trois cinquièmes d'entre eux ont été victimes d'une expérience humiliante et d'injustice flagrante sur les lignes d'autobus urbains.

C'est ainsi que, le 1er décembre 1955, Rosa Parks, tranquille couturière de cinquante ans, fatiguée par une journée de travail, refusa de se lever pour donner sa place à un homme blanc. Quelques minutes plus tard, la police l'emmenait en prison. Libérée sous caution, elle devait être jugée quatre jours plus tard. Ce lundi 5 décembre, jour du procès, le boycott est lancé. Il durera 381 jours... Et c'est l'union des pasteurs noirs baptistes, épiscopaliens, luthériens, congrégationalistes et autres, et leurs fidèles, qui a permis la réussite éclatante du boycott.


Le Rev. Ralph Abernathy, à droite ; l'évêque Julian Smith, à gauche, escortent le Rev. Martin Luther King Jr durant la marche pour les droits civiques de Memphis, Tennessee, le 28 mars 1968. (AP Photo/Jack Thornell)

 

En 1956, la Gour suprême condamnera la ségrégation dans les autobus. Et en 1957, vous êtes élu président de la SGLG (Southern Christian Leadership Conference) qui se donne pour but d'obtenir l'égalité raciale par les méthodes de la non-violence. Cette même année, vous prononcez 208 discours sur la défense des droits civiques des Noirs ! Cela se paye par un attentat, des violences et des blessures physiques, vous êtes arrêté douze fois entre 1956 et 1960, mis en prison... Et vous ne cessez de prêcher. Vous déclarez même dans une prédication à Chicago : « Avant d'être un défenseur des droits civiques, j'étais prédicateur de l'Evangile. C'était ma première vocation, cela reste mon engagement fondamental. » Votre protestation contre l'oppression raciale et économique s'exprime inlassablement.


Elle déborde partout où il y a de l'injustice et de la souffrance... Parce que je n'ai jamais pu me résoudre à croire que Dieu voulait que je haïsse, parce que je suis las de la violence et que je ne suis pas disposé à m'abaisser au niveau de mes oppresseurs et de leur violence. Lorsque je me suis élevé contre la guerre que menait l'Amérique au Viêt-Nam, on m'a dit : « Pourquoi parler de la guerre, pasteur King ? Cela n'a rien à voir avec les droits civiques. » Ils semblaient oublier qu'avant d'être un dirigeant du Mouvement des droits civiques, j'avais répondu à un appel qui faisait passer l'Esprit du Seigneur en moi, de sorte que j'étais oint pour prêcher l'Evangile. Et, depuis 1964, où j'avais reçu le prix Nobel de la paix, un autre fardeau de responsabilités avait été placé sur mes épaules, celui de travailler plus dur que jamais à établir « la grande fraternité des hommes ». C'est un appel qui me plaçait au delà des allégeances nationales. Enfin, je dois être fidèle à une conviction, celle d'être appelé avec tous les hommes à me conduire en fils du Dieu vivant, même si cela vous vaut d'être chargé d'une croix...

Martin Luther King Jr discute son projet de campagne pour les Pauvres
dans la chaire de la cathédrale nationale de Washington le 31 mars 1968

Martin Luther King Jr. Prononça sa dernière allocution au temple de Memphis, le 3 avril 1968 : « Tant de nos ancêtres avaient coutume de chanter la liberté... Ils pensaient à un jour meilleur tout en rêvant leur rêve... Et ils disaient : "Un jour viendra où je déposerai ma lourde charge." Mais ils furent tant à mourir avant de voir se réaliser le rêve... Eh bien, c'est ça la vie. Et ce qui me rend heureux, c'est que je peux entendre une voix crier du fond des temps pour me dire : "Il est bon que tu essaies. Le rêve ne se réalisera peut-être pas. Mais il est bon que tu aies le désir d'en faire une réalité. Il est bon que cette pensée soit dans ton cœur." »

Martin Luther King fut assassiné à Memphis le lendemain, 4 avril 1968. Il avait trente neuf ans.

 

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Bibliographie utilisée pour cet interview imaginaire :

- Autobiographie, M. L. King, Bayard, 2000.
- Minuit. quelqu'un frappe à la porte, Sermons, M. L. King. Bayard, 2000.
- Malcolm X et Martin Luther King. Les effets d'une colère noire, J. H. Cone, Labor et Fides, 1993.
- Révolution non violente, M. L. King, Payot, 1979.
- Boycott en Alabama, J. A. Gibson Robinson, Presses du CNRS, 1988.

 

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