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Le scandaleux prologue

du livre de Job

 

Alain Houziaux

 

 

2 juillet 2017

Le Livre de Job s’ouvre sur un prologue qui donne l’explication des épreuves que Job devra endurer. Dieu et le Satan ont un désaccord à son sujet. Le Satan prétend que s’il « craint » Dieu et le sert fidèlement, c’est de manière intéressée, pour être béni en ses entreprises et voir ses troupeaux prospérer. En revanche, Dieu assure qu’il n’en est rien et que Dieu lui est fidèle « pour rien »; et pour prouver qu’il a raison, Dieu autorise Satan à dépouiller Job de ses biens puis, dans un deuxième temps, à le frapper de maladie. Si Job persiste dans sa fidélité, Dieu aura gagné son pari ; dans le cas contraire, s’il en vient à « maudire Dieu », il l’aura perdu et Satan pourra triompher.
Ainsi, le lecteur du livre de Job sait pourquoi Job, alors qu’il était riche, prospère et à la tête d’une famille opulente, va connaître infortune sur infortune et se retrouver malade (d’un ulcère ou de la peste) sur un dépotoir, privé de tout bien et endeuillé par la mort de toute sa progéniture.

 

Job ne sait pas ce qui lui arrive !

Mais Job, lui, il ne le sait pas. Il ne sait pas pourquoi ce qui lui arrive lui arrive. Il va se retrouver sur son fumier, souffrant, pauvre, seul, sans le secours du Dieu dans lequel il a confiance, et tout cela sans savoir pourquoi. Il va subir les épreuves d’un test, il va être jugé sur la manière dont il se comporte face à ces épreuves (dans les deux sens de ce terme), mais il n’en sait rien. Il ne sait pas que l’« on » attend quelque chose de lui et il sait encore moins ce que l’on attend de lui.

Il ne sait pas que servir Dieu « pour rien » c’est bien, et que servir Dieu en attendant quelque chose de lui, c’est mal. D’ailleurs, il n’a aucune raison de le savoir ou de le supposer. Dans toutes les religions, il n’en est rien ; on ne sert pas Dieu pour rien. Si on le sert, si on accomplit ce qu’il prescrit par ses commandements, si on offre des sacrifices pour l’honorer, c’est pour bénéficier de bénédictions : on aura des enfants, le blé poussera, les troupeaux prospèreront etc. Et dans le catéchisme traditionnel du judaïsme, il en est de même ; de fait, il enseigne ce qu’il est convenu d’appeler la « théologie de la rétribution » : le fidèle est rétribué (c’est-à-dire ou récompensé ou puni) en fonction de son comportement envers Dieu ; ainsi les souffrances que l’on endure sont vues comme des punitions pour les fautes que l’on a commises et les bienfaits dont on bénéficie comme des récompenses lorsque l’on est resté juste et intègre devant Dieu. Et de fait, on ne voit pas pourquoi il en serait autrement. C’est bien normal que la vertu soit récompensée, et il est tout à fait légitime que l’on attende de Dieu qu’il soit juste !

Ainsi, les épreuves que Job va avoir à endurer ont été décidées à son insu par Dieu et Satan siégeant en leur ciel. Le sort qu'il doit subir a été décidé sur une « autre scène » située en surplomb, dans le ciel de Dieu, et qui échappe totalement non seulement à sa connaissance, mais aussi à sa foi et aux enseignements catéchétiques qu’il a reçus. Et, alors qu’il ne cesse de réclamer une explication plausible au sort qui lui échoit, Dieu n’interviendra en aucune manière pour éclairer sa lanterne. Il restera totalement et scandaleusement silencieux et absent. Et lorsqu’il se décidera enfin à sortir de son mutisme, il tiendra un discours tout à fait énigmatique et hors de propos qui, semble-t-il, ne peut l’éclairer davantage. De fait, Job ne saura jamais et ne devinera jamais pour quelle raison Dieu a autorisé Satan à lui infliger tous les maux qu’il doit endurer. Il va débattre interminablement avec trois amis théologiens, puis un quatrième, sur les diverses explications plausibles de son malheur sans imaginer un seul instant la bonne. Dans les interminables débats qu’il va avoir avec ces quatre « experts » (on dirait aujourd’hui ces « consultants »), on envisagera tout et son contraire, mais jamais on n’évoquera l’existence et le rôle de Satan, jamais on n’envisagera que Job a été « élu », si l’on peut dire, par Dieu pour défendre sa position. Jamais Job ne pourra supposer que les souffrances qu’il endure sont la preuve de la confiance que Dieu a en lui. Et on comprend tout à fait que cette hypothèse quelque peu acrobatique et paradoxale ait pu lui échapper !

Dieu a fait un pari à son sujet, un peu comme un turfiste parie sur un cheval. Et Job va effectivement gagner l’épreuve, mais sans savoir ni qu’il a été soumis à une épreuve, ni en quoi elle consistait, ni qu’il l’a gagnée. La fin du livre nous rapporte qu’il va retrouver ses troupeaux et de nouveaux enfants. Mais il ne saura pas pourquoi. Il va vivre les aléas de son destin, un bandeau sur les yeux, balloté de bonheur en malheur comme s’il était au centre d’une partie de colin maillard que l’on peut considérer comme absurde et cruelle ; ou, pour prendre une autre image, comme s’il était un rat de laboratoire qu’un zoologiste place dans un labyrinthe semé d’embûches pour évaluer son endurance et sa volonté de rejoindre une femelle placée à la sortie.

Job va certes chercher à comprendre le pourquoi de ce qui lui arrive, mais à l’intérieur de son propre monde, de ses propres idées sur Dieu, sans avoir la moindre intuition de ce qui s’est passé sur une « autre scène » , celle où s’est tenu le débat entre Dieu et Satan à son sujet.

Donc, lors de l’épreuve-test que va subir Job, Dieu n’interviendra nullement. En revanche, sa femme, puis trois amis, puis un quatrième vont se présenter à lui, sa femme pour lui conseiller de maudire Dieu, ses trois amis pour lui prêcher que, s’il veut retrouver la santé et la réussite qu’il connaissait jadis, il faut qu’il se repente et reconnaisse les fautes qui lui ont valu d’être puni par Dieu ; et le quatrième pour lui dire que ses épreuves ont une valeur pédagogique et qu’elles lui permettront d’accéder au salut. On a pu se demander si les interventions de ces tiers n’avaient pas été organisées par Satan (avec bien sûr l’aval de Dieu), si elles n’étaient pas partie prenante de l’épreuve-test à laquelle Job est soumis et si elles n’étaient pas destinées à l’induire sur des fausses pistes et à l’égarer un peu plus encore. Certes, c’est une hypothèse quelque peu machiavélique, mais, au point où on en est, on peut l’envisager.

Comme un taureau dans une arène, Job va recevoir banderille sur banderille, il va rugir, se débattre, foncer tête baissée à hue et à dia, encorner le chiffon rouge que représentent pour lui les positions que défendent ses amis ; et tout cela « à l’aveugle » pourrait-on dire, sans qu’il ne sache rien des raisons pour lesquelles « on » lui fait subir ce sort cruel. Et pendant ce temps là, Dieu et Satan, confortablement installés au plus haut des cieux, vont compter les points. Osons le mot, c’est tout à fait scandaleux.

Baudelaire écrit, comme s’il partageait notre lecture du drame de Job :  « Existe-t-il une Providence diabolique qui prépare dès le berceau le sort de l’homme, qui jette avec préméditation sa nature spirituelle et angélique dans des milieux hostiles, comme des martyrs dans des cirques ? ». De fait, alors que Dieu est quelque peu diabolique, Job a quelque chose d’angélique, avec son obstination naïve à vouloir que Dieu soit juste et moral, et à persister à le croire contre toute évidence.

 

Job se trompe de Dieu

Je dois le reconnaître, je n’ai pas toujours lu le drame de Job de cette manière. J’ai longtemps cru, avec la plupart des exégètes et des commentateurs, que le livre de Job traitait du problème du mal : pourquoi le mal si Dieu est bon et de plus tout-puissant ? J’ai également cru que ce qui était en cause, c’était la question, ou plutôt le scandale de la souffrance des innocents. J’ai vu Job comme le prototype du Juste souffrant, une sorte d’anticipation du Christ, et je me suis demandé: Pourquoi la prégnance de cette figure non seulement dans le judaïsme, le christianisme et bien d’autres religions ? Faudrait-il souffrir pour être « juste »?

Mais en fait, me semble t’il, le vrai problème que pose le livre de Job n’est pas là. Le tragique de l’histoire du Job, ce n’est pas le fait qu’il souffre et soit assailli par la maladie, la solitude et les maux les plus cruels. Ce n’est pas le fait qu’il ne comprenne pas le pourquoi de ce mal qu’il doit endurer ni que ce mal lui paraisse absurde, arbitraire, incompréhensible et injuste. Ce n’est pas le fait qu’il soit un juste, qui contre toute justice, doit subir des souffrances. Ce n’est même pas le fait qu’il soit en proie à un Dieu injuste. Le vrai tragique de l’histoire de Job, c’est le fait qu’il est le jouet d’une décision dont il ignore tout. C’est le fait qu’il ne sache pas, et qu’il ne peut en aucune manière ni savoir, ni imaginer que son sort a été décidé sur une « autre scène » dont il ne sait rien. C’est le fait que le Dieu auquel il croit, et auquel ses amis croient n’est pas le vrai Dieu. C’est le fait que, selon le livre de Job, il y a effectivement un Dieu, mais que celui-ci est tout autre que celui auquel les hommes croient. Il est tout autre que le Dieu d’Abraham, de Moïse, de Jésus-Christ et de Saint Paul.

Job va se débattre avec ce qu’il croit savoir à propos de Dieu, avec l’idée qu’il se fait de Dieu, de sa justice, de sa fidélité, de son honneur, de l’alliance qu’il a conclue avec lui. Il va se battre en restant enfermé dans son monde, dans sa « bulle », dans l’idée qu’il se fait de ce qui devrait être, de ce qui serait logique, moral et juste. Et il va rester jusqu’à la fin prisonnier de ses convictions, de ses idées fixes, de ses œillères, bref de sa piété, de sa fidélité et de ses illusions. Il ne va jamais supposer que la vérité est ailleurs, que Dieu est tout autre que ce qu’il croit. Il ne sait pas que le Dieu auquel il croit n’est pas le vrai. Il ne sait rien à propos du vrai Dieu, celui qui, sur une autre scène, a décidé de ses épreuves. Le tragique de l’histoire de Job, c’est sa solitude, son « autisme » pourrait-on dire ; c’est sa foi en Dieu, parce qu’il est tout à fait patent qu’elle est vaine, illusoire et tout à fait à côté de la plaque et de la vérité. Job croit fidèlement, courageusement, obstinément, en un Dieu qui n’est pas le bon. Et c’est tragique parce que cela remet en cause la légitimité de notre manière de croire en Dieu. Sans doute nous non plus, nous ne croyons pas au « bon » Dieu.

De fait, le prologue du livre de Job nous parle d’un Dieu qui n’a rien à voir avec celui de la Bible et de l’Évangile. Le Dieu de la Bible et de l’Évangile « se révèle » ; il se fait connaître aux hommes par une loi (les Dix commandements) qu’il ordonne et aussi par le don d’une grâce attestée et mise en œuvre en ce monde par un messie. En revanche, le Dieu du prologue du livre de Job ne se « révèle » en aucune manière ; il ne donne ni à Job, ni à ses amis, ni à personne aucun signe de sa présence, de son action et de sa volonté. Il a pour propre d’être l’Insu. Ce que nous dit le prologue du livre de Job, c’est que le vrai Dieu ne se fait pas connaître et nous ne pouvons pas le connaître. Les religions (et en particulier le judaïsme et le christianisme) nous trompent lorsqu’elles prétendent que Dieu se révèle et que, de ce fait, nous pouvons le connaître.

En un mot, nous ne sommes pas aptes à connaître Dieu. S’il en est ainsi, cela tient bien sûr à la nature de Dieu et au fait qu’il se tienne sur une autre scène et ne descend pas de son ciel. Mais cela tient aussi et tout autant, il faut y insister, au fait que notre entendement, et en particulier notre connaissance, par la nature même de son fonctionnement, est inapte à appréhender la vérité de quoi ce soit, ni celle de « Dieu », ni celle du monde réel.

Nous ne sommes pas aptes à connaître la vérité , et ce parce que notre connaissance s’exerce au travers d’un prisme, celui de nos outils conceptuels et de notre logique. Notre connaissance produit des représentations et des conceptualisations qui nous donnent une image inexacte du réel et de sa vérité. Nous n’atteignons le réel qu’avec une « erreur de perspective », une limitation et une forme de partialité. Notre appréhension du réel et du vrai s’exerce « dans les limites de la simple raison », comme le dit Kant, et aussi dans les limites des oeillères inhérentes à notre système cognitif et au fonctionnement de notre esprit. En fait, nous construisons l’image que nous avons du réel. Saint Paul le dit à sa manière (I Cor. 13,13) : Notre connaissance est « en énigme » ; nous ne voyons les choses que « comme dans un miroir », c’est-à-dire de manière confuse (puisqu’à l’époque de Paul, les miroirs étaient grossiers et ne reflétaient qu’une image confuse, en énigme), et ce « miroir », c’est notre prisme cognitif.
Et ceci est vrai pour ce qui est de notre approche du monde réel et, a fortiori, de « Dieu ».

La meilleure preuve que notre connaissance est « en énigme », c’est qu’elle se heurte à des obstacles qui résistent à sa rationalité et à son emprise : le hasard qui échappe à notre logique et aussi ce que nous voyons comme des apories, des paradoxes, des absurdités et des contradictions . Le réel dans sa vérité résiste au carcan logique de notre prisme cognitif.

Ainsi, notre activité cognitive s’exerce de travers ; elle est illusoire; elle est, pourrait-on dire « fautive ». C’est d’ailleurs, me semble-t-il, ce qu’enseigne le mythe d’Adam et Ève. Adam et Ève ont accédé à l’aptitude à la connaissance et aussi à la notion de bien et de mal. Mais cela est présenté comme une faute qui les enferme dans un « péché originel » qui les coupe de la vérité.

Ainsi notre prétention à connaître Dieu, et en particulier à le connaître selon le crible du bien et du mal, nous fait rater la cible du vrai Dieu (en hébreu « pécher » signifie rater la cible). Le péché, c’est de prétendre connaître Dieu, et plus spécifiquement de le connaître à travers le prisme de ce qui est pour nous le bien et le mal. Tout comme Job, nous voyons Dieu comme un Dieu moral, logique, juste, bon, fidèle, cohérent, attentif aux hommes, et ce « Dieu » n’est pas le vrai, c’est le Dieu formé par notre « connaissance du bien et du mal » fausse et fautive. Ce « Dieu » n’existe pas; et c’est pourquoi il n’y a pas lieu de s’étonner qu’il soit silencieux et tout à fait absent pour Job comme pour nous.

Job est, de fait, athée par rapport au vrai Dieu. Il ne croit pas en lui ; il ne le craint pas. Certes, il le sert correctement, puisque, si l’on en croit l’épilogue du livre de Job, Dieu est content de lui et lui accorde un satisfecit, mais il l’a fait sans qu’il en sache rien. En fait, s’il a bien « parlé avec droiture de Dieu » (Job 42,7), c’est peut-être parce qu’il a été iconoclaste par rapport à l’image qu’il avait de Dieu. Il n’a cessé de faire un procès au Dieu de sa foi. Sa foi avait une force que l’on peut qualifier d’auto falsificatrice, et c’est en ceci qu’elle était « juste ».

 

« Le monde entier est un théâtre »…

Ainsi la lecture du prologue du livre de Job nous incite à nous demander : Dieu n’est-il pas tout autre que ce que nous croyons à son sujet ? Mais il nous interroge aussi sur un autre point : se pourrait-il qu’un Dieu dont nous ignorons tout ait décidé, pour nous comme pour Job, de ce qui nous advient, voire du labyrinthe et du scénario dans lequel nous sommes « lâchés »?

Le monde dans lequel nous évoluons pourrait être comparé à une scène de théâtre ; et la pièce que nous y jouons pourrait avoir été écrite ou, à tout le moins, décidée et organisée « sur une autre scène », et ce à notre insu. De fait, dans notre esprit, Dieu prend souvent la figure d’un Destin dont nous sommes dépendants sans le savoir.

Shakespeare l’a fort bien dit : « Le monde entier est un théâtre … et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs ; chacun fait ses entrées, chacun fait ses sorties; et chacun voir maint rôle lui échoir ».

Tout comme une scène de théâtre, le monde et l’histoire peuvent être vus comme un lieu et un déroulement situés au sein d’une économie (on peut dire d’un système) qui les englobe, les dépasse et les domine. Lorsqu’une pièce de théâtre se joue, ce qui se passe est décidé « d’ailleurs » par l’auteur de la pièce et par le metteur en scène. Certes, nous conservons, tout comme Job, un libre arbitre. Ce qui serait décidé « d’ailleurs » (autrement dit ce qui nous « échoit » pour reprendre le mot de Shakespeare), ce sont les « entrées » (c’est-à-dire ce que nous sommes à notre naissance, notre patrimoine génétique, l’époque et le lieu où nous « entrons en scène »), les « sorties » (les bifurcations de notre itinéraire, le moment où nous quittons la scène de la vie) et les divers « rôles » qu’il nous « échoit » d’assumer (pour Job, par exemple, celui de juste souffrant, mais aussi ceux de révolté vindicatif, d’élu de Dieu pour défendre son honneur face à Satan…).

Cette manière de voir notre monde comme une scène de théâtre dont le metteur en scène serait ailleurs, sur une « autre scène », est peut-être un pur fantasme ; elle peut être aussi une réalité, Dieu seul le sait ! Ce qui est certain, c’est que cette idée a été à l’origine de bien des mythes élaborés par les religions.

De fait, les mythes proposent une explication plus ou moins fantasmatique et romancée sur tout ce qui nous reste inconnu : les origines du monde, de la vie, de la sexualité, de la mort, des souffrances que nous devons endurer. Ils rendent compte des « données » de notre vie qui échappent à notre liberté. Ils sont l’expression sous une forme culturelle, collective et traditionnelle, de nos fantasmes, de notre inconscient , de notre appréhension craintive des forces naturelles.Ils se présentent sous la forme de récits relatant une histoire dont les protagonistes sont des dieux et autres figures célestes et qui se déroule sur une « autre scène » ; et ces récits proposent une explication de ce qui, dans notre vie, nous paraît inexplicable.

De fait, le prologue de Job peut être vu comme un mythe qui a pour fonction d’expliquer, sur un mode que l’on est en droit de qualifier de fantastique, les causes des souffrances de Job.

 

L’absurde est le seul vrai miracle de Dieu

De fait, nous avons l’impression (on peut dire aussi le fantasme) que ce que nous appelons le hasard qui décide de notre caractère, des événements de notre vie, des rôles que nous avons à tenir n’est pas vraiment un hasard, mais bien plutôt l’effet d’une logique, d’une volonté, d’une intention qui nous échappent et que l’on pourrait appeler « Dieu ». Einstein n’a-t-il pas écrit « le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito » ? Le hasard serait « l’homme de paille de Dieu » ou le « pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer ». Bossuet est plus explicite et péremptoire: « Ce qui est hasard à l’égard des hommes est dessein à l’égard de Dieu »

Il y a en effet deux manières de voir le hasard, et plus précisément un évènement que nous imputons au hasard. On peut le voir comme un évènement qui constitue un « accroc » dans le fonctionnement logique du monde tel qu’il est perçu par notre prisme cognitif. Ainsi la disparition soudaine de tous les enfants de Job peut être vue comme un accroc dans les lois de la logique et de la prévisibilité qui, nous semble-t-il, devrait régler le déroulement de la vie de Job. Mais on peut aussi voir le hasard comme le produit d’une logique, d’une action, d’une intervention, voire d’une intention qui ont leur source dans un hors champ inaccessible à notre entendement. Et dans ce cas, si tous les enfants de Job meurent en même temps, ce ne serait pas « par hasard », mais du fait d’une intervention extérieure et exogène, celle d’un Dieu qui échappe totalement à notre connaissance, à notre logique et même à notre appréhension de ce que pourrait être ou devrait être « Dieu ».

Ce que nous disons du hasard, on peut aussi le dire de l’absurde. L’absurde, c’est ce qui n’a pas de sens pour nous, mais qui pourrait en avoir un pour Dieu. De fait, ce qui, pour Job, est incompréhensible et absurde ne l’est nullement pour Dieu et dans le dessein de Dieu. Bien plus, c’est absurde pour Job parce que cela relève de la manière de voir de Dieu et d’elle seule. De fait, la logique de Dieu, puisqu’elle est tout autre que la nôtre, ne peut être perçue, à notre niveau, que comme un illogisme et une absurdité. Ainsi l’absurde peut être vu comme le révélateur de Dieu. C’est d’ailleurs ce que dit Kierkegaard : « L’absurde est le critère négatif de ce qui est plus haut que l’intelligence humaine ». « L’absurde, c’est le critère du divin et du rapport à Dieu ». Luther le disait à sa manière : Dieu ne se révèle que par la Croix et ce qui crucifie notre intelligence. L’absurde, c’est le seul vrai miracle de Dieu, c’est pour nous la seule révélation que nous avons de Dieu, de sa logique et de son dessein. C’est d’ailleurs le sens que l’on peut donner aux discours de Dieu à Job ; ceux-ci sont une mise en lumière de l’absurde du monde, du jeu sans finalité et sans sens des vents et des marées et de la fantasia libre et incohérente des animaux de notre planète; et ces discours appellent Job à consentir à cet absurde et à le voir comme un miracle de la toute puissance de Dieu.

Cette manière de voir le hasard, et aussi l’absurde, l’incompréhensible, l’illogique comme la signature d’un Dieu tout autre relève t’elle du fantasme ? Dieu seul le sait. Mais pourquoi pas ? Comme le dit un adage que nous rappelle utilement Elie Wiesel : « Même les paranoïaques (qui sont habités par le délire de persécution) peuvent avoir des ennemis », autrement dit rien n’exclut que nos fantasmes correspondent à des vérités objectives dont nous ignorons tout.

Nous ne saurons jamais si ce qui est pour nous un hasard ou une absurdité est ou non le produit d’une intervention venue d’un Ailleurs tout autre. Nous ne pouvons pas le savoir. Et c’est cette incertitude, cet « indécidable » quant à l’existence d’un Dieu tout autre qui suscite notre angoisse. L’angoisse, c’est de ne pas savoir et de savoir que l’on ne peut pas savoir.

 

Le mythe de l’autre scène, un schème récurrent

Le mythe du prologue de Job a quelque chose de tout à fait spécifique: ce qui se passe et se décide sur la scène d’en haut n’est en rien connu par ceux qui se tiennent sur la scène d’en bas. Néanmoins on peut le rapprocher d’autres récits bibliques ou extra-bibliques.

Et d’abord le mythe d’Adam et Ève. En effet dans ce mythe, il y a aussi deux divinités (Dieu et le Serpent qui a un rôle comparable à celui de Satan dans le prologue de Job) qui ont des options et des volontés différentes à propos d’Adam et Ève (Dieu ne veut pas qu’ils mangent le fruit de l’arbre alors que le Serpent le souhaite), mais qui peuvent néanmoins apparaître comme quelque peu complices puisque Dieu laisse agir le Serpent, tout comme le Dieu du prologue laisse agir Satan. De plus, Adam et Ève, tout comme Job, sont soumis à une épreuve, un test, une forme de tentation : Vont-ils ou non manger le fruit de l’Arbre ? Et en fonction de ce test, ils peuvent, eux aussi, être récompensés ou punis. De plus, tout comme Job, ils sont libres et responsables de leur choix, mais, tout comme Job peut être séduit par les arguments de ses amis qui prétendent bien connaître ce que Dieu attend de lui, ils peuvent être séduits par les arguments du Serpent qui s’appuie, semble t’il, sur les propos tenus par Dieu. Mais dans le mythe d’Adam et Ève, Dieu a fait connaître explicitement sa volonté, du moins à Adam : «Tu ne mangeras pas du fruit de l’Arbre ». Au contraire, dans le livre de Job, Job reste désespérément seul et sans information: Dieu et Satan sont aussi silencieux l’un que l’autre, du moins dans les trente premiers chapitres du livre.

On peut aussi comparer le prologue de Job au récit du sacrifice d’Isaac par Abraham. Là aussi, on peut dire qu’il y a deux divinités, puisque le Dieu quelque peu cruel et incompréhensible qui demande à Abraham de sacrifier son fils n’est peut-être pas le même (il n’a pas le même nom) que le Dieu qui interrompt son geste pour sauver Isaac . Dans ce récit aussi, Abraham est soumis à une épreuve que l’on peut voir comme un test. Mais à la différence du livre de Job et tout comme le mythe d’Adam et Ève, Dieu explicite sa volonté et intervient sur la scène sur laquelle se trouve Abraham.

De nombreux mythes extra bibliques font également dépendre le sort des hommes d’un conflit entre les dieux. Dans l’Épopée de Gilgamesh (épopée akkadienne remontant au 2e millénaire avant notre ère), Gilgamesh et Enkidou sont l’un et l’autre plus ou moins manipulés par des divinités qui ont des vues opposées à leur sujet, et ils n’en savent rien. Dans le Poème du Supersage Atrahasis, composé vers 1750 avant notre ère dans le milieu mésopotamien, le dieu Enlil, importuné par le bruit que font les travaux des hommes, décide de leur envoyer l’Épidémie, puis de les anéantir par un Déluge. Mais un autre dieu, Enki, enseigne à Atrahasis comment se tirer de là. Il le prévient par un songe et lui conseille de construire un bateau . Ainsi, ici aussi, le sort des hommes est entre les mains des dieux, mais l’un de ceux-ci bénéficie d’une révélation sur ce qu’ils vont avoir à subir.

On peut aussi citer le mythe d’Œdipe. En amont du début de l’histoire d’Œdipe, sur une « autre scène », il a été édicté et prédit qu’il devait tôt ou tard tuer son père et coucher avec sa mère. Œdipe découvre cet édit ; il fait tout pour qu’il ne s’accomplisse pas, et pourtant son itinéraire est manipulé et instrumentalisé pour qu’il s’accomplisse.

On peut aussi évoquer les croyances afférentes à la sorcellerie. Elles attribuent les malheurs qui s’obstinent sur une personne au fait qu’elle a été envoûtée ou qu’elle est la proie de sortilèges, autrement dit d’une intention maléfique et d’une force inconnue qui a son origine sur une « autre scène » qui échappe à notre connaissance. Les croyances relatives à l’astrologie et bien d’autres superstitions vont dans le même sens.

Le point commun entre ces divers mythes et croyances, c’est qu’ils font état d’une « autre scène » sur laquelle se déciderait notre sort et, le plus souvent, sans que nous en ayons connaissance.

 

Légitimation du schème de l’ « autre scène »

Peut-on tenter d’élucider pourquoi ce schème, on peut dire aussi ce fantasme, est si prégnant dans notre esprit ?

Proposons quelques éléments de réponse. Dans la vie réelle, il y a souvent des « scènes » qui se superposent sans qu’il n’y ait de communication entre elles. Ainsi par exemple, les généraux des armées en conflit élaborent dans leurs bureaux d’état-major des stratégies dont les fantassins qui se trouvent dans les tranchées ignorent tout ; il leur est demandé par exemple de conquérir des positions sans qu’ils ne comprennent ni le sens, ni la raison de leur action. Il y a là aussi deux scènes, et les soldats qui agissent sur la scène d’en-bas sont des pions manipulés à partir de la scène supérieure.

De même, nous faisons tenir à des animaux des rôles qui déterminent leur sort, et ce sans qu’ils aient conscience des raisons pour lesquelles nous les manipulons de la sorte. Nous avons déjà évoqué les taureaux jetés dans l’arène des corridas, et les animaux utilisés dans des expériences scientifiques. Citons aussi les combats de coqs ; ceux-ci luttent pour leur propre survie, sans aucune conscience d’être des outils-enjeux au service des paris que les hommes font à leur sujet. Ils sont sur la scène d’en-bas (une sorte de scène de théâtre) et ils ignorent tout de la scène d’en-haut, celle où se tiennent les parieurs. Cela peut nous donner à penser que nous aussi, les hommes, nous pourrions être sur une scène d’en-bas et ignorer qu’elle est en contrebas d’une scène d’en-haut.

De fait, la littérature, la science-fiction, le cinéma, le théâtre de guignol exploitent ce schème des deux scènes superposées. Ils développent des intrigues où le héros subit, sans rien y comprendre, les contrecoups d’une intrigue qui se situe sur une autre scène. C’est là le principe du « théâtre dans le théâtre » ; ce qui se passe sur une scène est « encastré » dans une autre et, bien souvent, ne prend son sens que par cette autre.

Cette superposition de deux scènes (dont la supérieure nous resterait inconnue) se retrouve dans l’idée que la vie que nous vivons n’est rien d’autre qu’un songe. L’ensemble de notre vie ne serait qu’un rêve, et quand nous rêvons, il s’agirait d’un rêve à l’intérieur de ce rêve. De même qu’un dormeur, lorsqu’il rêve, ne se rend pas compte que ce qu’il vit est un rêve, de même nous ignorons que ce que nous vivons n’est pas « pour de vrai » et n’est en fait qu’un « théâtre » qui se passe sur une scène fictionnelle, la scène du rêve . Et ce n’est qu’à la fin de ce rêve, lorsque nous ressusciterons (pour employer le mot du judéo-christianisme qui assimile cette résurrection à un réveil ) que nous pourrions découvrir que la vraie vie, la vie éveillée, est tout autre et qu’elle se passe sur une autre scène, que l’on pourrait voir comme celle « des dieux », dont, aujourd’hui, nous ignorions tout.

Oui, nous pouvons nous le demander : pourquoi n’y aurait-il pas une autre scène, celle de la vérité, puisque celle que nous connaissons n’est peut-être qu’une illusion ? Pour le dire autrement avec George Bernard Shaw : Les hommes, d’habitude, voient les choses telles qu’elles sont et disent « pourquoi ? » ; mais on peut aussi rêver de choses qui ne sont pas et se demander « pourquoi pas ? ».

Ajoutons enfin un dernier point. Si nous fantasmons qu’il peut y avoir des dieux sur une autre scène en surplomb par rapport à la notre, ce n’est pas seulement pour leur attribuer le pouvoir de mettre en scène notre vie et ce qui nous advient, c’est aussi parce que nous leur attribuons un savoir que nous n’avons pas: eux seuls détiendraient le secret du sens de ce que nous trouvons absurde ; eux seuls auraient la connaissance de la vérité de ce qui a lieu en ce monde.

Job considère que ce qui lui arrive est insensé, absurde et immoral. Mais cela ne lui apparaîtrait pas ainsi s’il était dans le secret des dieux, qui eux, en connaissent le sens et la raison d’être. Le sens global de ce qui se passe sur une scène de théâtre ne peut être perçu que de l’extérieur ; les personnages qui, eux, sont à l’intérieur de la pièce, sont prisonniers d’une erreur de perspective et penser que ce qui leur advient est absurde alors qu’en fait, il n’en est rien. De fait, pour percevoir la totalité de ce qui est dans un cadre, il
faut être extérieur à ce cadre . La vérité d’un donné ne peut être connue, définie et instituée que par un point de vue extérieur à ce donné .

Ainsi, il y a une certaine logique à supposer que ce qui est absurde et incompréhensible pour nous (parce que nous sommes à l’intérieur du monde et enfermés dans les limites de notre connaissance et de notre logique), cesse de l’être si cela est perçu par ailleurs, en surplomb, d’en haut, depuis une scène qui serait celle de Dieu. Le monde dans son ensemble est un jeu et une scène dont la vérité n’est connue et formée que dans le regard d’un Oeil au-delà de tout. C’est ce que dit, à sa manière, le discours que Dieu tiendra à Job : « Où étais-tu quand je fondais la terre ? Dis-le moi si tu es si savant. Qui en a fixé les mesures ? » (Job 38,4). Autrement dit, Moi seul, Dieu, connais les tenants et aboutissants de ce qui a lieu sur la scène du monde; Moi seul en connait le sens; Moi seul peux être le mensurator primus de la mesure du monde dans son ensemble; Je suis Celui vis-à-vis duquel ce que vous voyez comme le bien et le mal, le juste et l’injuste, le malheur et le bonheur sont en fait un seul tout solidaire et indivisible. Je suis « Celui qui de son Compas marqua les limites du monde et régla au-dedans tout ce qui se voit et tout ce qui se cache ».

« La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre histrion qui se pavane et s’échauffe sur la scène et puis qu’on n’entend plus; une histoire contée par un idiot, pleine de fureur et de bruit et qui ne veut rien dire »… sauf peut-être pour des dieux qui seraient au balcon !

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1. En fait, ce qui explique que Job, dans ses discours, ignore totalement la scène du prologue, c’est le fait que ce prologue n’est pas de la même plume que le corps du livre à partir du chapitre 3. Mais, pour les besoins de notre analyse, nous ne voulons pas tenir compte de ce point et lire le livre de Job comme s’il formait un tout.

2. Cette notion d’ « autre scène » nous vient de Freud, mais nous l’employons dans un sens différent. Pour Freud, l’ « autre scène » (ou « scène primitive ») est, pour le tout jeune enfant, la scène des accouplements de ses parents, qu’il a peut-être entrevue, et qui suscite ses fantasmes.

3. D’après Saint Augustin, Satan se serait servi de la femme de Job pour avoir raison de la fidélité de Job à Dieu. Grégoire le Grand, Saint Thomas d’Aquin et les grands orateurs religieux du XVIIème siècle ont repris cette thèse. Cf Marc Bauchet, Job après Job Editions Lessus, date? , p. 40

4. Il le fait dans une étude sur Edgar Poe et Le guignon

5. C’est d’ailleurs à un point bien connu de l’épistémologie (l’étude des méthodes et des fondements de la connaissance.

6. Citons-en quelques unes: le fait que la lumière et la matière soient pour nous à la fois onde et particule, ce qui est contradictoire; le fait que, jusqu’à ce jour, la théorie de la mécanique quantique et celle de relativité constituent deux approches du réel différentes qui ne peuvent être unifiées en une seule théorie ; cf. aussi les Antinomies de Kant et en particulier le fait que pour nous l’espace est à la fois fini et infini.

7. Shakespeare, Comme il vous plaira, Acte II scène 7.

8. Cf. J.P. Valabrega, Les mythes conteurs de l’inconscient, Paris Payot 2001 et également B. Juillerat « Le mythe est-il un rêve collectif? » dans Topique, revue freudienne, n°84, 2003

9. Citation extraite de Jérôme Duhamel et Jean Mouttapa, Dictionnaire inattendu de Dieu, Albin Miche 1998, p. 205.

10. Marguerite Yourcenar, citation extraite du même ouvrage, p. 204

11. Théophile Gautier, citation extraite du même ouvrage, p. 204.

12. J.B. Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l’Écriture Sainte, 1701.

13. S. Kierkegaard, cité par André Clair, Pseudonymie et paradoxe, La Pensée dialectique de Kierkegaard, Vrin, 1976, p. 98 sq.

14. Josy Eisenberg et Elie Wiesel, Job dans la tempête, Fayard Verdier 1986, p. 172.

15. Il faut noter que Ève n’était pas encore née lorsque Dieu a édicté l’interdiction de manger le fruit de l’arbre.

16. (d’ailleurs dans le livre des Jubilées (Livre) qui reprend la même histoire, c’est Satan et non pas Dieu, qui incite Abraham à sacrifier son fils)

17. Le récit biblique relatant le déluge et la construction de l’arche par Noë est une reprise de ce récit mésopotamien

18. Cf. Blaise Pascal: « Personne n’a d’assurance, hors la foi, s’il veille ou s’il dort, vu que durant le sommeil, on croit veiller…  On agit de même qu’éveillé ». « Qui sait si cette autre moitié de la vie (celle où, nous sommes éveillés) n’est pas un autre sommeil un peu différent du premier ? ». Cité par B. Fondane, La conscience malheureuse, Verdier 2013, p. 292.

19. cf. Daniel 12,2 ; Enoch 92,3.

20. Les théorèmes du mathématicien Gödel démontrent que dans tous les systèmes utilisés pour formaliser les mathématiques, il existe des propositions indécidables et que pour rendre compte de la vérité de ces propositions, il faut faire appel à des procédés de preuve extérieurs à ces systèmes.

21. Le logicien Tarski a formulé ce « théorème » (qui est proche du deuxième théorème d’incomplétude de Gödel) de la manière suivante: la vérité d’un système formel ne peut être formulée à l’intérieur de ce système; elle ne peut être formulée et définie que par des outils extérieurs au système. Pour établir la vérité de la totalité des énoncés relevant d’un système S, il faut avoir recours à un système T plus fort que S, c’est-à-dire incluant un axiome non compris dans S.
Donnons deux exemples que l’on peut considérer comme des implications du théorème de Tarski.
Premier exemple: l’un des théorèmes, le théorème de Desargues, de la géométrie plane (afférente au plan à deux dimensions) ne peut être démontré que dans le cadre de la géométrie dans l’espace (afférente à l’espace à trois dimensions); ainsi on ne peut démontrer qu’il est vrai qu’en utilisant des outils extérieurs au champ de ce qui est à démontrer.
Deuxième exemple: l’unité et la cohérence des quatre forces physiques qui opèrent dans notre monde (situé dans un espace à trois dimensions) ne peuvent être établies que dans le cadre d’un espace à quatre dimensions; ainsi le fait d’encastrer le réel de notre monde dans un système d’un niveau supérieur (un espace à quatre dimensions) permet seul d’énoncer et de démontrer l’unité et la cohérence de ces quatre forces. On peut trouver bien d’autres exemples dans le même sens dans notre ouvrage Dieu à la limite de l’infini, Cerf 2002, p. 533 à 551.

22. Dante, Paradis, 19, 40-42.

23. Shakespeare, Macbbeth, Acte V, scène 5.

 

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