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Christianisme

et besoin de dogmatisme

 

Une analyse critique

 

Alain Houziaux

 

Berg international
208 pages - 19 €

 

Voir le commentaire de François Perdrizet

 

12 novembre 2015

 Le pasteur Alain Houziaux réagit dans ce livre contre l’idée que le langage des credo décrirait objectivement la réalité de Dieu et de sa présence dans le monde.
En croyant, il se demande comment ces affirmations étranges et peu crédibles, qui ne correspondent en rien à la piété réelle des fidèles, ont pu trouver place et demeurer dans la liturgie de l’Église.
En psychologue, il s’efforce d’analyser le processus qui a ainsi fait passer de la notion du Dieu vers lequel on élève instinctivement son âme, que l’on aime et qui rassure, à des déclarations déconcertantes et incompréhensibles.

Ce livre à la réflexion exigeante est néanmoins agréable et facile à lire, et le lecteur sera surpris d’y trouver des remarques qui lui paraîtront à la fois évidentes et auxquelles il n’avait jamais pensé.

En voici des passages représentatifs de l’ensemble.

 

 

page 19

Introduction

Pourquoi les chrétiens confessent-ils des Credo si déconcertants ?

Si l'Église chrétienne a pu élaborer sans encombre ces Credo si bizarres, si ceux-ci continuent à être confessés par tant de fidèles, il doit bien y avoir une ou plusieurs raisons à cela ; et nous voudrions tenter de les élucider, et peut-être même de les comprendre. C'est pourquoi nous nous demanderons : pourquoi le besoin de dogmatisme ? Qelle est la nature et la fonction du dogmatisme ? Peut-on considérer que la dogmatique chrétienne a une vérité ? Jusqu'où entrons-nous dans le jeu des énoncés dogmatiques que nous confessons ? Croyons-nous vraiment ce que nous confessons ?

 

page 35

Le christianisme, une religion dogmatique

La foi chrétienne, une foi en Dieu ou en l'Église ?

La foi chrétienne esr une posture pratique ; elle se manifeste par la participation aux rituels d'une Eglise et par l'adhésion à son enseignement dogmatique. Elle ne relève ni du « croire que » (croire que Dieu est le créateur du monde, que Jésus est né d'une vierge, etc.) ni même du « croire en » (croire en la Providence, en Dieu, en ce que prêche Jésus-Christ)... Elle relève du « croire à » (dans le sens de : croire à ce que dit De Gaulle, croire aux théories de Darwin, etc.). Elle consiste à croire à ce qu'enseignent l'Église, la culture et la tradition chrétiennes. On peut aussi dire qu'elle est un « croire ce que » (croire ce que disent les journaux, ce que I'on a appris à l'école ou à l'Eglise). Le fidèle croit à ce qu'enseigne l'Église lorsqu'elle édicte que le Credo est I'expression de la vérité et de la vraie foi. Il croit l'Église lorsqu'elle enseigne que « Dieu est le créateur de l'univers », que « Jésus-Christ est le Fils de Dieu » etc.

 

page 48

Le christianisme, une construction langagière et culturelle

Le discours dogmatique, un « jeu de langage »

Beaucoup d'énoncés n'ont de sens et même de « vérité » que dans un contexte précis, et c'est le cas en particulier pour les énoncés cérémoniels et cultuels et pour ceux qui ont valeur de code, de geste et d'emblème symbolique. Prenons un exemple : le fait de chanter La Marseillaise. La signification des paroles importe peu. Aujourd'hui ceux qui chantent ces paroles ne se proposent plus de partir à I'assaut de la tyrannie ni d'abreuver d'un sang impur les sillons de leurs campagnes. Le référentiel factuel et historique des paroles de La Marseillaise (le départ en campagne des soldats de I'An II) a disparu. On chante La Marseillaise parce que c'est l'hymne national. De même, proclamer le Credo, c'est entrer dans un langage qui n'a sûrement pas pour seule fonction de dire que Dieu est tout-puissant, que les morts ressuscitent ni même que Jésus-Christ est le Fils unique de Dieu. Tout comme La Marseillaise, la confession du Credo a pour fonction d'être un hymne communautaire, un signe de ralliement, une manière de se reconnaître membre de la communauté chrétienne.

 

page 91

Les énoncés dogmatiques ont-ils une vérité ?

La vérité est pragmatique

Ainsi la question « Les énoncés dogmatiques du christianisme ont-ils une vérité ? », nous osons répondre « oui ». La vérité des doctrines est dans le fait qu'elles ont une valeur active et qu'elles produisent un résultat. Elles instituent des vérités-faits (par exemple Jésus-Christ est le Rédempteur de I'humanité) ; elles suscitent des coutumes et, par là même, ce que nous avons appelé une « foi implicite » ; enfin elles induisent des formes de vie, des comportements et des croyances.

 

page 113

Croit-on ce que l'on confesse ?

Dans quel langage l'émotion religieuse peut-elle s'exprimer ?

Le Credo, disions-nous, permet l'expression de l'émotion religieuse. Mais ceci pose une question : s'il en est ainsi, comment expliquer que le fidèle exprime celle-ci par un discours qui est si loin de ce qu'il ressent intérieurement ?

On pourrait donner une première réponse qui pourrait paraître suffisante : nous utilisons le langage qui nous est donné par la culture et la tradition dans lesquels nous sommes insérés, et s'il y a un écart si marqué entre ce gue nous ressentons et le discours conventionnel et rituel que nous tenons pour en rendre compte, c'est tout simplement parce que, nous l'avons dit et redit, le seul discours « religieux » dont nous disposons est de nature purement culturelle, traditionnelle et dogmatique et n'est donc en rien I'expression même symbolique de la spiritualité intérieure des croyants, de leur désirance, de leur sens mystique et, de façon plus générale, de leur émotion religieuse. Mais, nous allons le voir, il y a sans doute aussi une autre raison. En fait, la question est de savoir de quelle manière une émotion, religieuse par exemple, peut se formuler et par quel « jeu de langage » elle peut s'exprimer. La réponse ne va pas de soi.
[...]
Le langage peut certes avoir une fonction expressive et émotive, mais il le fait soit sous une forme conventionnelle et rituelle soit sous l’apparence d'une description ; et dans ce cas, ce qui est décrit n’a pas de rapport immédiat avec l'émotion elle-même. Ainsi une jeune femme qui vient de voir son père expirer dira dans un sanglot : ce matin, il m'a encore souri. une jeune mère exprimera son amour pour son bébé en disant : hier il a fait sa première dent ! Un jeune homme, pour dire sa flamme à sa dulciné lui dira : que tu es belle ! parce qu'il ne peut pas et ne sait pas s'exprimer autrement ; tout discours qui se voudrait plus adéquat le serait en fait moins ; les mots lui manquent pour dire ce qu'il ressent.

De même l'émotion religieuse et le « ressenti de Dieu » ne se disent que par le truchement d'un discours conventionnel qui décrit des faits qui n’ont pas un lien immédiat avec l'émotion ressentie. Pour exprimer sa foi et sa confiance, le fidèle pourra s'exclamer « Christ est ressuscité ! » ; pour dire son émotion devant l’infini du ciel et la profusion des étoiles, il dira « Dieu est le Créateur tout-puissant » ; mais ces énoncés, quand bien même ils se présentent comme des descriptions de faits, n'ont alors qu'une fonction expressive de l'émotion religieuse ressentie. Leur mode descriptif n'est qu'une apparence et une médiation.

Pourquoi le discours de l'émotion ne peut-il être qu'en écart par rapport à ce que l’on voudrait exprimer ? Wittgenstein explique que le langage, relève du champ public et de la communication avec autrui ; autrement dit, il est de nature culturelle ; or l'émotion et la sensation relèvent du privé et de l'intime, et c'est pourquoi elles sont, en tant que telles, incommunicables et inexprimables dans un jeu de langage directement adapté. Exprimer ce qui est de l'ordre du privé et de l’intime dans un langage public et compréhensible par autrui ne peut se faire que dans un système de règles conventionnelles, voire arbitraires parce que ce qui est de l'ordre de l'émotion et de la sensation est, selon l'expression de Wittgenstein, « quelque chose de trop éthéré pour qu'on la nomme ».

On peut ainsi s'expliquer que la désirance, la foi et le sentiment religieux se disent et s'expriment sous des formes conventionnelles, liturgiques et dogmatiques, autrement dit orthodoxes. Celles-ci ont alors une fonction expressive et non descriptive et dénotative. Ce qui le montre bien, c'est que dans le premier christianisme, la confession de foi était un hymne. L’ « orthodoxie » avait une fonction expressive et non dénotative. D'ailleurs, dans le mot « orthodoxie », doxa a d’abord eu le sens de « louange », comme dans doxo-logie.

 

page 127

Le Credo : y croit-on ?

Les énoncés de la dogmatique chrétienne peuvent aussi entrer en résonnance avec notre Ça, avec nos désirs inconscients, notre imagination, notre émotivité et notre goût des belles histoires. C'est ce qui explique que nous nous prenions à leur jeu. Bien plus, on peut dire que les articles du Credo, les récits bibliques, les rituels liturgiques nous subjuguent. De même que les mythes sont, comme le dit Jean-Paul Valabrega, les « conteurs de l’inconscient », de même les dogmes créent un monde fantasmatique qui correspond à une part de nous-mêmes, celle qui est sans doute la plus. enfouie, mais aussi la plus profonde. Quand bien même ils sont des créations langagière et relèvent de la fiction, ils deviennent « vrais » car le vrai, c'est aussi ce qui nous touche dans ce qui est le plus vrai en nous : l'émotion, la naïveté, la confiance et, osons le mot, la crédulité.

 

page 153

Vouloir être orthodoxe, pourquoi ?

La confession de foi comme marqueur identitaire

Les intégristes, les fondamentalistes et les orthodoxes ne sont nullement des « super-croyants ». En fait, ce sont des maniaques qui s'enferment dans une forme de fétichisme de l'orthodoxie et de I'orthopraxie. Ce qu'ils veulent, c'est tenir leur rôle et s'en tenir au « livret », au Credo et aux règles de ce qu’ils ont à faire, à dire, à professer. C'est là l'essence du fanatisme. Le fanatisme est une forme pathologique non pas de l'illusion et de la croyance mais plutôt de l’il-lusio, c’est-à-dire de l'engagement et de la servitude volontaire.

Ainsi la foi, en particulier celle qui fait confesser le Credo, ne s'appuie que sur elle-même et sur le désir de tenir bon dans le rôle que l'on s'est imparti. La question de savoir si le Credo exprime ou non une vérité devient sans importance. Pour le fidèle, l'architecture de la dogmatique constitue une demeure, voire un chez soi et un refuge qui a pour lui une fonction protectrice et maternante.

page 169

Pourquoi crée-t-on des systèmes dogmatiques ?

La dogmatique, un « doudou » sécurisant

De fait, la Dogmatique peut être vue comme la création d'un monde qui dénie le principe de réalité : les hommes sont libérés de l'esclavage, pardonnés de leurs péchés et promis à la vie éternelle. Tout comme l'enfant lorsqu'il joue, le fidèle entrant dans le « jeu » du christianisme, se coupe momentanément d'un réel insécurisant, abrupt et sans merci. Il entre dans une « maison » où il est conduit, bercé, porté par Dieu, nourri du lait de son amour et régénéré par le Corps et le sang du Christ. Il est au bénéfice de Dieu, porté dans son dessein rédempteur, recréé par la puissance de son Esprit.

De fait, il y a une forme de jouissance à se loger dans la sécurité infaillible de la dogmatique chrétienne enseignée par « Notre Sainte Mère l'Église ». On peut s'oublier soi-même en tant qu'individu. On peut démissionner et s’en remettre à la science du Magistère, de l'Écriture et de la tradition. L'Église pense pour vous, croit pour vous, confesse pour vous. On s'en remet à elle. C’est sécurisant et rassurant. L'Église est une mère aimante, immaculée et infaillible. En fait, elle pallie l'absence de Dieu. Elle permet d'oublier que Dieu nous a « laissé tomber » en nous expulsant de son giron.

La fonction de la Dogmatique est donc quadruple : palier le sentiment de solitude et d'abandon, permettre une forme d'oubli et de refoulement du réel, éviter le face à face avec le vide, le néant et la mort ; et enfin permettre de supporter l'absence de Dieu.

 

page 188

La dogmatique et la fascination de l'Insensé

Il ne parait pas excessif de conclure que nous sommes subjugués par le christianisme et par la force quasiment hypnotique de sa parole étrange, incandescente, fascinante et incroyable. Nous sommes certes des êtres religieux, animés par une désirance insatiable de Dieu, mais aussi des athées que le Dieu de la prédication chrétienne traîne par les pieds.
Dans la morosité de l'existence, nous avons du goût pour les vertiges, les hallucinations et même les tromperies qui nous propulsent au plus proche de l'absurde et de la grâce d'être vivants, au plus près de l'énigme du lien entre la mort et l'au-delà, entre le Néant et Dieu, entre le péché et la grâce et qui, de ce fait, impriment en nous le sceau d'une blessure er d'une obsession : celle de l'lnconnu.
En écoutant l'Évangile et en confessant le Credo, nous recherchons le frisson d'être la proie de l'lnconnu et de l'Insensé. Bien sûr la religion chrétienne reste pour nous une consolation, un substitut du bonheur et un mirage à la mesure de nos fantasmes, mais elle est aussi, je ne sais pas trop pourquoi, un sortilège dont on ne parvient pas à se désenvoûter, un philtre que nous buvons, non pas tant pour gagner notre salut, mais bien plutôt parce qu'il fait de la vie un miracle absurde, de Dieu un obstacle qui nous transporte et de la foi un pari insensé dont l’enjeu est à la fois énorme et nul.

 

page 198

Épilogue

Deux métaphores animaliières

Il y a aussi des vitraux qui trouent la pénombre ; ils disent un livre d'Heures, les articles d'un Credo, leurs vérités d'énigme et leurs hauts faits féeriques ; ils sont la fresque d’une histoire qui court depuis la nuit des temps, le chant et la provende des hommes et des anges, la sève de leurs moissons, de leurs errances et de leurs mirages.

Mais, pour moi, pour mes yeux lorsqu'ils rêvent et se perdent, lorsqu'ils cessent d'interroger et de vouloir comprendre, ces vitraux ouvrent à un Ailleurs ; ils sont comme le reflet d'un arc-en-ciel plus au-delà, la parabole d'une lumière invisible et diaphane, le labyrinthe d’un Midi splendide qui surplombe le monde, au-dessus de sa nuit close. À contre-nuit, ils vannent l’Azur limpide, ils épient son silence, ils tissent des instants d'éternité.

Ils sont l'icône de la transparence divine ; ils disent les teintes, l'iris et le prisme de sa lointaine irradiance ; je les vois comme l'étamine et la corolle de son Ciel sans nom et sans visage.

Dieu est l’Ailleurs de la nuit, et le Credo énonce des vérités de vitrail.


 

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