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Justice, miséricorde et humilité

en politique

 

Alain Houziaux

 

 

 

10 février 2011

On trouve dans le livre biblique de Michée (ch. 6, v.8) ce texte :
« On t’a dit, ô homme, ce qui est bien et ce que l’Éternel demande de toi, c’est de pratiquer la justice, d’aimer la miséricorde et de marcher humblement avec ton Dieu ».
Quelle incidence ces trois exhortations ont-elles dans le champ du politique ?

1. « Pratiquer la justice » Pour les prophètes de l’Ancien Testament et pour Jésus-Christ lui-même, la justice est une notion révolutionnaire (révolution : retournement ; cf. volvere, tourner). Elle retourne les hiérarchies sociales. Comme le dit le Magnificat, elle consiste à « renverser les puissants de leur trône et à élever les humbles, à renvoyer les riches à vide et à rassasier de biens les affamés » (Luc 1, 51-53), c’est-à-dire, pour reprendre les propos de Jésus lui-même, à faire en sorte que « les premiers soient les derniers » et inversement (Mat. 19,30 ; 20,16 ; Marc 10,31 ; Luc 13,30)

Ainsi la justice est-elle subversive (étymologiquement : mettre sens dessus dessous, autrement dit mettre dessous ce qui est dessus et inversement). Elle compense les inégalités de richesse et de statut en instituant des inégalités inverses et compensatoires.
Pour donner un exemple, la justice serait de fixer le montant des retraites à un taux inversement proportionnel à celui des salaires perçus pendant la vie active. « Les derniers » dans la vie active seraient ainsi « les premiers » lors de la retraite, et inversement.

 

2. « Aimer la miséricorde » On considère généralement que la miséricorde a une fonction ambiguë dans le champ du politique ; de fait, une justice intelligente est toujours préférable à une miséricorde impulsive. On reproche aux « bons Samaritains » qui pratiquent la miséricorde de panser les blessures des conflits et des injustices sans s’attaquer à la cause de ces maux (par exemple le commerce des armes, l’accroissement des écarts de niveau de vie entre le Nord et le Sud etc.).
Pourtant, il ne faut pas trop disjoindre l’ « amour de la miséricorde » et la « pratique de la justice ». « Aimer son prochain comme soi-même », c’est une forme de miséricorde, mais aussi une exigence de justice qui appelle à faire du prochain l’égal de soi-même. Par exemple, si l’on a deux manteaux, la miséricorde appelle à en donner un à celui qui n’en a pas pour rétablir, par cet acte de compensation, une forme d’égalité et de justice.
De même, si dans son travail professionnel on effectue quinze heures supplémentaires par semaine, la miséricorde et la justice appellent à renoncer à ces quinze heures au profit d’un sans emploi afin de rétablir une forme d’égalité par rapport à l’emploi.

La parabole du Bon Samaritain (Luc 16) montre clairement que la miséricorde a en fait pour but l’accomplissement de la justice. Par miséricorde, le Samaritain paie des soins et un hébergement au blessé parce que la loi juive (Exode 21, 18-19) prévoyait que celui qui agressait un tiers devait être condamné à verser cette forme de dédommagement. Ainsi le Samaritain se substitue au coupable de l’agression et, par miséricorde, accomplit ce qui était prévu par la justice. La miséricorde, c’est donner, par amour, à l’autre, ce qui lui est dû au nom de la justice.

 

3. « Marcher humblement avec son Dieu » L’humilité peut-elle être une vertu politique ? Il me semble que oui. L’humilité consiste à reconnaître ses contradictions en les imputant non pas au fait que les exigences de la justice et de la miséricorde seraient utopiques et impraticables, mais seulement au fait que l’on est égoïste, petit bourgeois, médiocre, autrement dit pécheur.
L’humilité consiste à maintenir la radicalité de l’impératif catégorique des exigences de la justice et de la miséricorde sans jamais s’excuser ou se justifier de ne pouvoir les mettre en pratique en prétextant qu’elles sont utopiques.
Le philosophe et théologien Berdïaeff écrit : « Le chrétien est un éternel révolutionnaire que ne satisfait aucun régime de vie, car il aspire à la transformation la plus radicale de l’homme, de la société et du monde ».

L’action politique du chrétien sera toujours écartelée entre d’une part un chemin solitaire, prophétique, idéaliste et révolutionnaire et d’autre part une solidarité avec les hommes de bonne volonté qui tentent, par les moyens des réformes et de la démocratie, d’améliorer le fonctionnement de la société vers plus de justice.

 

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Alain Houziaux, Christianisme et conviction politique, trente questions impertinentes, et en particulier les chapitres : Une politique évangélique, est-ce une utopie ? Le Royaume de Dieu, un principe subversif ? La retraite, une antichambre du Royaume de Dieu ? Le chômage, à qui la faute ?

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