Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

-

Pourquoi est-ce Jésus

qui a été reconnu

comme le Christ ?

 

Alain Houziaux

 

 

28 juin 2010

Aujourd’hui, on dit couramment que c’est saint Paul qui a été le promoteur de la foi chrétienne. Jésus, lui, serait resté jusqu’à sa mort un rabbi juif comme il y en a eu bien d’autres, et peut-être même un peu moins reconnu que les autres, puisqu’il est mort abandonné par quasiment tous ses disciples.
Mais, s’il en est ainsi, pourquoi Jésus-Christ est-il devenu ensuite le centre de la prédication de l’Église primitive ? Pour expliquer qu’on ait fait de Jésus le « Christ » et même le « Fils de Dieu » alors qu’il avait été peu reconnu pendant sa vie, on invoquera bien sûr le fait que Jésus est ressuscité trois jours après sa mort. On fera valoir que c’est cela qui a suscité la conversion des disciples qui l’avaient trahi.
Mais en fait, les choses ne sont pas aussi simples. L’affirmation que « le Christ s’est fait voir » (c’est l’expression qu’emploie Paul dans 1 Cor 15,6-9) rend compte d’une sorte de révélation (on « voit » qu’il est le Christ) et elle n’a été historicisée en résurrection physique que bien plus tard (Paul ne fait jamais référence à la résurrection physique de Jésus).

Donc, incontestablement, une question se pose : qu’est ce que le Jésus de l’histoire avait de si particulier pour qu’il ait été proclamé le Fils de Dieu, ressuscité d’entre les morts, en dépit du fait que, de son vivant, il ait été abandonné et crucifié ?
Le Jésus de l’histoire a-t-il accompli des miracles de guérison particulièrement exceptionnels ? Jésus a sûrement eu une activité de guérisseur, mais cela n’avait rien de rare. Il devait avoir des points communs avec d’autres rabbis qui, comme lui, accomplissaient des miracles. Sa façon de guérir un sourd-muet par exemple (cf Marc 7,33) s’aligne sur des gestes thérapeutiques de l’Antiquité.
La prédication de Jésus était-elle profondément originale et nouvelle ? La Mishnah (recueil d’enseignements de maîtres juifs des premier et deuxième siècles après J.C.) montre que bien des propos de Jésus ont une analogie étroite avec l’enseignement des maîtres de la même époque. Le fait de s’exprimer en parabole était également fréquent chez eux. Mais la prédication de Jésus avait aussi sans doute sa spécificité : la radicalité de l’éthique du Sermon sur la Montagne (ne pas résister aux méchants, ne pas se soucier du lendemain) est très différente du caractère raisonnable et casuistique de l’enseignement des sages de cette époque.

Jésus a été considéré par ceux qui le suivaient comme un « nouveau Moïse » prêchant la proximité de la « Terre promise » d’un Royaume messianique soumis à la seule autorité de Dieu. Mais il n’a pas été le seul. De fait, à l’époque de Jésus, les prophètes messianiques annonçant la venue du Royaume se sont multipliés. Parmi eux, il y a bien sûr Jean-Baptiste, mais il y en a eu bien d’autres. Un nommé Theudas rallia des centaines d’hommes à sa cause en leur promettant de traverser le Jourdain à pied sec, comme au temps de la sortie d’Égypte. Par ailleurs, le livre des Actes (21,38) fait état d’un autre prophète qui, selon l’historien Flavius Josèphe, prédisait que l’on verrait s’écrouler les murs de Jérusalem tout comme au temps de Jéricho. Jésus s’est opposé violemment aux rituels du Temple et aux prêtres de ce Temple. Mais la contestation des autorités juives de Jérusalem était fréquente à cette époque. Le courant de Jean-Baptiste en témoigne, ainsi que celui des Esséniens.

On annonçait la disparition du Temple de Jérusalem dont les rituels cultuels étaient considérés comme pervertis par un clergé corrompu. Et on annonçait l’instauration d’un Temple nouveau qui serait une demeure digne de Dieu. Ainsi Flavius Josèphe rapporte le cas d’un Jésus ben Ananias qui parcourait Jérusalem en annonçant la ruine de la ville et de son Temple. Tout comme Jésus de Nazareth, il fut livré par les prêtres du Temple aux Romains qui le relâchèrent en l’estimant fou. Et quelques années après Jésus, Étienne fut lapidé par les autorités juives (Actes 6,13) au motif qu’il s’opposait, tout comme Jésus, au Temple et à une interprétation trop stricte de la loi de Moïse.
Le messianisme protestataire de Jésus contre l’occupant romain n’a pas été non plus isolé. En 6 après J.C., Judas le Galiléen conduisit une campagne de refus de l’impôt et ses partisans furent écrasés par les légions romaines. Et Jean-Baptiste fut lui-même décapité par l’occupant, son activité étant considérée comme subversive.

Toutes ces figures contemporaines de Jésus permettent d’inscrire son message dans la mouvance de son temps, mais aussi de mieux cerner sa personnalité propre. Ce qui le caractérise, c’est qu’il n’est pas un ascète et qu’il prêche un Dieu de grâce qui « fait lever son soleil sur les justes et sur les injustes » (Mat 5,45). De fait Jésus prêche une grâce égale pour les Samaritains et les Juifs (Luc 17,11-19), les enfants (Marc 10,13-16) et les femmes (Luc 8,32). Il s’adresse aux petits, aux pauvres, à ceux qui ne sont pas en règle. Il partage ses repas avec les réprouvés et les femmes de mauvaise vie en anticipant ainsi le Repas du Royaume tel qu’il l’attend et le prêche.

 

Une question sans réponse

 

Mais cette spécificité de la prédication de Jésus et de la manière radicale dont il l’a mise en œuvre suffit-elle à expliquer que ce soit lui, qui, après sa mort, ait été « promu » comme étant le Christ, alors que les autres ont été définitivement oubliés Si l’on veut tenter d’expliquer pourquoi les premiers chrétiens ont considéré le rabbi Jésus de Nazareth comme le Messie, le Fils de Dieu et le Sauveur, la bonne méthode n’est pas de supputer sur ce qui s’est passé immédiatement après la mort de Jésus. Il vaut mieux essayer de retrouver ce que le peuple d’Israël attendait, croyait et espérait avant la naissance de Jésus.

Pour comprendre pourquoi Jésus a été désigné comme le Fils de Dieu, il faut savoir ce que recouvrait ce titre dans certains milieux du Judaïsme tardif (IIe et Ier siècles avant J.C.). On faisait alors une distinction entre Dieu lui-même qui était aux cieux, inconnaissable et étranger à ce monde, et son Fils qui avait présidé à la création du monde et qui conduisait l’histoire (Paul lui-même, en Col. 1,15-20 définit le Fils de Dieu comme « Celui en qui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre »).
Or, et c’est là le point important, dans le courant gnostique du judaïsme tardif qui avait cours à l’époque de Jésus, on a considéré que ce Fils de Dieu pouvait revêtir une forme humaine parce qu’Il était aussi considéré comme le porteur d’une révélation et du salut. Ainsi, dans les années qui ont précédé Jésus et à l’époque de Jésus, il était dans l’air du temps de considérer qu’un simple homme pouvait être le Fils de Dieu. Il reste bien sûr une question : pourquoi est-ce Jésus de Nazareth, qui avait été exécuté pour blasphème, et non pas, par exemple, Jean-Baptiste, Étienne, Theudas ou Judas le Galiléen, qui a été promu le Fils de Dieu, le Seigneur et le Sauveur ? Cela reste une énigme, certains diront un hasard, d’autres une Providence du dessein de Dieu

 

_______________________________

 

Bibliographie :
Jésus-Christ, de quoi est-on sûr ? Corina Combet Galland, Alain Houziaux, Gérard Mordillat, Michel Quesnel, Atelier 2006 Ces questions qui inquiètent la foi, Alain Houziaux. DDB 2010

Retour vers Alain Houziaux

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.