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Il faut que le montant

de la retraite

soit le même pour tous

-

 

 

Alain Houziaux

 

 

28 mai 2010

Comme Martin Luther King, j’ai fait un rêve. Ceux qui ont eu la malchance d’avoir une vie professionnelle pénible et mal rémunérée pourraient bénéficier d’une retraite heureuse et à l’abri de tout souci financier. En fait, ce seraient les OS qui auraient les meilleurs retraites ! Ce serait là une compensation légitime par rapport à la vie qu’ils ont vécue avant. Ce serait une sorte de grâce, mais aussi une forme de justice. En effet, il serait juste que, avant de mourir, ils puissent connaître eux aussi le plaisir des maisons avec piscine. Pourquoi n’y auraient-ils pas droit ? Les pauvres peuvent avoir les mêmes désirs et les mêmes plaisirs que les riches.
Pour que ce rêve puisse se réaliser, il faudrait que le montant des pensions de retraite des pauvres soit établi selon la logique de l’Evangile du Royaume de Dieu. Je vais m’expliquer.

 

L’Évangile du Royaume

A l’époque de Jésus, comment concevait-on le Royaume ? Tout simplement comme une expression de la Justice, ou plus exactement comme une réparation des injustices de ce monde ( 1 ). Ceux qui avaient été injustement défavorisés au cours de cette vie-ci devaient, par une forme de compensation, être favorisés dans le Royaume. Et inversement, ceux qui avaient été riches et favorisés dans cette vie-ci devaient être, par un juste retour des choses, défavorisés dans le Royaume. C’est ce que disent les Béatitudes : « Heureux ceux qui, dans cette vie-ci, ont été pauvres, persécutés et défavorisés car le Royaume des cieux est à eux et ils seront favorisés dans le Royaume. »
Et, inversement, « Malheur à vous les riches, car vous avez déjà eu votre consolation » en ce monde et vous n’aurez pas de compensation dans le Royaume (Luc 6, 20-26). Et il faut voir ces propos non pas comme une forme de revanche, mais comme l’expression pure et simple de la Justice.

Et ce qui est demandé au chrétien, c’est de mettre en œuvre dès maintenant les « arrhes » et les « prémices » du Royaume à venir et la Justice qu’il mettra en œuvre.

Pour cela, il faudrait mettre en œuvre, de manière volontariste, dès ici-bas, des mesures compensatoires par rapport aux inégalités et aux injustices. Certaines des paraboles de Jésus nous donnent des exemples pratiques. Offrir aux exclus les festins destinés aux nantis (Mat 22, 1-10) ; diminuer de moitié la dette des métayers (Luc 16,1-8) et des pays du Tiers Monde ; accorder aux ouvriers de la onzième heure (c’est à dire aux chômeurs involontaires) une égalité de traitement par rapport aux ouvriers de la première heure (Mat. 20,1-7).

Je ferai deux remarques au sujet de ces paraboles : On ne peut prétendre qu’elles n’ont aucune implication éthique et pratique. De fait, elles vont dans le sens de l’ensemble de l’enseignement de Jésus et de son souci des pauvres et des petits.
Ces paraboles et leur logique suscitent le scandale et elles ne le cachent pas. Le fils aîné de la parabole du fils prodigue est révolté par le sort qui est réservé à son frère cadet. Les ouvriers de la première heure, eux non plus, ne sont pas du tout contents de ce qu’ils considèrent comme une injustice. Il est clair que la « pointe » des paraboles s’explicite par le scandale que suscite leur logique.

Les paraboles de Jésus proposent donc plusieurs méthodes pour mettre en œuvre dès maintenant la justice du Royaume. On peut en trouver d’autres. On pourrait proposer, même si cela peut paraître déconcertant, que ceux qui ont eu les salaires les plus bas pendant leur vie professionnelle touchent les retraites les plus élevées. Selon cette logique, plus les salaires pendant la vie professionnelle ont été faibles, plus le montant de la retraite devrait être élevé. Et inversement. S’il en était ainsi, ce serait faire de la retraite une antichambre du Royaume qui, nous l’avons dit, se présente comme une Chambre des Compensations.

Pour reprendre la célèbre phrase de Jésus, les premiers (en l’occurrence ceux qui ont eu la chance de pouvoir faire de longues études puis un travail intéressant et bien payé) seraient les derniers (et auront une retraite modeste). Et inversement les derniers (ceux qui ont ramassé les poubelles des riches) seraient les premiers : ils pourraient prendre une retraite bien rémunérée dès 55 ans. Et ce serait d’autant plus légitime qu’ils meurent en général 15 ans avant les cadres supérieurs et qu’ils ont un compte en banque moins bien garni que le leur.

Ce serait incontestablement l’expression d’une forme de justice et de compensation par rapport au hasard qui vous a fait naître, à Aubervilliers, dans une famille du Quart Monde, ou à Neuilly, dans une famille de bourgeois qui vous a payé des études ou légué en héritage un cabinet de notaire.

 

Les retraites pourraient-elles être financées par les impôts et la CSG ?

Aujourd’hui, en France, en contradiction flagrante avec la logique du Royaume, plus on a gagné pendant sa vie professionnelle, plus on a une retraite élevée. Et ce pour une raison très simple : les retraites sont proportionnelles aux salaires reçus parce qu’elles sont alimentées (par les salariés et les entreprises qui les emploient) par des cotisations proportionnelles aux salaires versés.

Si l’on voulait appliquer la logique du Royaume, il faudrait donc trouver un autre mode de financement des retraites. Pourquoi la retraite ne pourrait-elle pas, comme les Allocations Familiales et autres prestations sociales, être financée par la CSG et par les impôts ? Elle deviendrait ainsi une prestation sociale comme les autres. Elle pourrait être égale pour tous ou, mieux encore, modulée en fonction des revenus et de la richesse de chacun (comme c’est le cas pour certaines prestations sociales). Elle serait faible pour les riches et élevée pour les pauvres.

Le financement des retraites, s’il était assuré par la CSG et les impôts, serait déconnecté des caractéristiques du travail effectué, du montant du salaire perçu et du nombre d’années de travail effectuées. Il pourrait être considéré comme un mode de redistribution des richesses du pays. Ce ne serait que justice. La richesse d’un pays est de moins en moins fonction du nombre d’heures travaillées. Elle dépend de plus en plus de la fructification rapide des patrimoines financiers. Il serait donc légitime que ce soient la CSG, les impôts et les prélèvements sur les bénéfices des entreprises et les patrimoines financiers qui alimentent les Caisses de retraite. D’ailleurs, financer les retraites (au moins partiellement) par la CSG et les impôts, c’est une proposition qui est revenue régulièrement même dans la bouche de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

Actuellement notre système de financement des retraites consiste à taxer le travail. Ce n’est pas une manière d’encourager l’emploi. Plus les entreprises embauches et plus elles paient correctement leurs employés, plus elles sont imposées. Et les aménagements de détail par rapport à cette règle ne vont aucunement à l’encontre de sa logique pernicieuse.

Il faut donc changer ce mode de financement des retraites. Et notons-le, financer le budget social (et en particulier les retraites) par la CSG et les impôts (plutôt que par des cotisations sur le travail et les salaires) serait avantageux non seulement pour favoriser l'emploi mais aussi pour enrichir les entreprises et leurs actionnaires ! En effet l’assiette de la CSG et les impôts est beaucoup plus large que celle des cotisations sur les salaires qui est actuellement en vigueur. Ainsi, si on augmente la CSG et les impôts en diminuant les cotisations sur les salaires, les entreprises seront globalement moins taxées, bien qu’elles concourent à la CSG et qu’elles paient des impôts.

D’ailleurs, la CSG et les impôts financent déjà, très partiellement, les retraites. En effet, la CSG finance déjà la retraite de ceux qui n’ont ni travaillé ni cotisé. De plus, l’impôt commence déjà à financer les régimes de retraite de la fonction publique puisque ceux-ci sont équilibrés grâce à l’effort de l’Etat et des collectivités locales. Il serait souhaitable de poursuivre dans cette voie. En effet, pas plus que la vieillesse, la retraite ne peut être considérée comme un corollaire. Il n’y a donc aucune raison pur qu’elle soit financée par l’activité professionnelle.

Il est certes normal de rémunérer un travail en fonction de ses caractéristiques, mais il n’y a aucune raison de rémunérer les retraités en fonction de leurs rémunérations professionnelles antérieures. Un polytechnicien retraité n’est pas plus productif qu’un ouvrier retraité. Et pourquoi, grâce aux pensions de reversion, la veuve d’un cadre supérieur (même si elle n’a jamais travaillé) touche-t-elle davantage qu’une femme célibataire qui a travaillé toute sa vie comme ouvrière ? Il serait normal que les pensions de réversion versées aux veufs et aux veuves soient remplacées par une allocation égalitaire financée seulement par l’impôt et la CSG.

L’Etat pourrait donc verser à tous la même retraite de base, financée par la CSG et l’impôt. Pour être au plus près de l’enseignement de Jésus et de la logique du Royaume, on pourrait même imaginer que le montant de la retraite versée par l’Etat soit, comme celui de bien d’autres prestations sociales, inversement proportionnel aux autres revenus et à la fortune des bénéficiaires. Un tel système de retraite serait ainsi l’un des éléments par lequel un Etat démocratique met en œuvre la Justice et tente de pallier les inégalités iniques. Et ceux qui le peuvent et le souhaitent pourraient se constituer une retraite complémentaire par capitalisation (sur le mode des assurances-vie). C’est le système adopté par l’Irlande, la Nouvelle-Zélande et en partie par les Etats-Unis. Le Danemark, les Pays-Bas, la Suisse, l’Australie et la Grande-Bretagne après 1986 ont le même système à ceci près que la retraite complémentaire est obligatoire.

 

Notre proposition est-elle scandaleuse ?

Je le sais bien, notre proposition de considérer la retraite (et le montant de la pension versée) comme une prestation sociale dont le montant serait fonction des revenus et de la fortune du prestataire suscite généralement une réprobation et même une forme de colère tout à fait comparables à celles du fils aîné et des ouvriers de la première heure dans les paraboles de Jésus. On considère que « cela n’est pas juste ! » et ce parce que la retraite est vue comme une sorte de post salaire et de rémunération à vie du travail effectué.

Face à cette indignation, je pourrais me draper dans le manteau de la prédication de Jésus-Christ et dire « Jamais, pas plus aujourd’hui qu’en l’an trente, la révélation chrétienne ne peut plaire à l’homme » ( 2 ), mais je préfère rester sur un plan purement non religieux et constater ceci.

Nous nous sommes habitués aux injustices de ce monde. Nous les considérons comme une forme de fatalité : il ne peut qu’y avoir des inégalités et des injustices. Et ceci est accepté non seulement par les riches et les favorisés, mais aussi par les pauvres et les défavorisés. Certes, nous acceptons volontiers de tenter de compenser ces injustices sur le mode de la charité et de l’aide aux plus pauvres, mais nous n’envisageons pas facilement de réformes structurelles. Et pourtant nous avons bien accepté dans le passé l’institution de l’impôt sur le revenu et la fortune et surtout la Sécurité sociale avec en particulier l’indemnisation des soins médicaux (en particulier des personnes âgées) indépendamment du montant des cotisations qui ont été versées.

Alors, qu’est ce qui nous choque vraiment  ? Je crois que c’est avant tout et tout bêtement le changement de nos habitudes et en particulier celles relatives aux avantages acquis.

Extrait de Christinanisme et conviction politique, 30 questions impertinentes, Desclée de Brower 2008.

 

_________________________________

 

1. Nous reprenons ici ce que nous avons exposé dans notre Introduction ;

2. Kierkegaard L’Instant, cité par Jacques Ellul La Subversion du Christianisme, p. 181

 

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