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Le culte de la vierge Marie

pourquoi ?

 

 

 

Alain Houziaux

 

 

7 février 2009
Nous avancerons quelques raisons permettant de comprendre le succès de la figure de la Vierge Marie.

Marie est à la fois vierge et mère, ce qui unit, par un paradoxe, deux qualités féminines qui, chacune prise séparément, ont déjà une grande force fantasmatique et qui, alliées tout en étant incompatibles, évoquent le mystère et la fascination du miracle à l’état pur.

Marie est aussi la Mère qui supporte tout et accepte tout, même quand elle ne comprend pas. Marie, c’est la Mater Dolorosa, celle qui suit son fils dans son calvaire et qui recueille son corps crucifié. Elle représente toutes les mères qui ont engendré des fils exaltés, révolutionnaires, égarés, qu’ils soient prodiges ou prodigues. Elle représente toutes les mères qui pleurent leur fils exécuté.

Marie est aussi vue comme la mère idéale, la protectrice dans les dangers et les embuscades de la vie. Le Salve Regina dit tout cela :

« Nous vous saluons, Reine, Mère de miséricorde, par qui nous vient la vie, la douceur et l’espoir. Enfants d’Eve, chassés du paradis, nous jetons vers vous un cri d’appel ; vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vie d’épreuves.
Ô Vierge, notre protectrice, tournez vers nous vos regards maternels et, après cette vie, au terme du voyage, montrez nous votre Fils Jésus, vous si bonne, si tendre, si douce Vierge Marie ».

Toute la nostalgie de la protection maternelle se dit dans cette magnifique prière.

Marie est devenue ainsi le symbole de la miséricorde. Elle est l’espérance des malfaiteurs, des désespérés et des pécheurs. En fait, bien plus que le Christ, Marie est devenue l’image et le véhicule du pardon et de la grâce gratuite et sans limite. Cela peut paraître paradoxal, mais dans le catholicisme, la théologie de la grâce, si chère aux protestants, est incarnée par Marie beaucoup plus que par le Christ. Marie compense l’image du Christ-Juge en assumant la fonction d’amour et de miséricorde qui est pourtant inhérente à sa mission de Rédempteur.

Marie est donc l’image de l’humanité idéale, humble et compatissante. Elle est aussi celle de l’Eglise idéale. La théologie catholique de Vatican II dit qu’elle est « mère de l’Eglise ». Marie montre le chemin, elle est l’exemple que l’Eglise doit suivre. « Faites tout ce que Jésus vous dira » dit-elle aux disciples de Jésus, lors des Noces de Cana (Jean 2,5). Marie a été assimilée à l’Eglise telle qu’elle devrait être. Elle est la Servante du Seigneur, elle est Vierge et Immaculée.

De plus, Marie est vue comme le pendant féminin de Jésus et la théologie catholique la plus officielle a cherché à promouvoir ce parallélisme. Jésus est le Nouvel Adam qui répare la faute d’Adam, Marie est la Nouvelle Eve qui répare la faute d’Eve. Jésus naît de manière virginale, Marie naît de manière immaculée.Jésus souffre jusqu’au calvaire, Marie a « une épée qui lui transperce le cœur » (Luc 2,35).
Jésus ressuscite et monte au ciel le jour de l’Ascension, Marie reçoit au moment de sa mort la gloire de l’Assomption. Jésus est le Christ-Roi et Marie est Reine du ciel. Jésus-Christ est médiateur entre les hommes et Dieu, Marie est médiatrice entre les hommes et Christ.
Jésus est intercesseur auprès de Dieu, Marie est avocate auprès du Christ.

 

Un Dieu pas assez féminin

 

Pour comprendre le succès de l’image de Marie comme figure plus ou moins divine, il faut aussi saisir que, depuis la naissance du christianisme, l’image de Dieu était devenue exclusivement masculine alors que ce n’était pas le cas dans le judaïsme biblique. En effet, dans le judaïsme biblique, avant l’ère chrétienne, Dieu avait des traits féminins (il avait des « entrailles ») ou du moins transcendait toute différentiation sexuelle. De plus, dans le judaïsme des trois premiers siècles avant J.C., on avait associé à Dieu la figure de la Sagesse (qui, à côté de Dieu, participait au gouvernement du monde), et cette figure était féminine ; et enfin, toujours dans le judaïsme, l’Esprit (la Rouah) était du genre féminin. Le judaïsme était donc tout à fait pourvu en figures divines féminines. Mais, subitement, avec la naissance du christianisme, Dieu, dans ses trois « personnes », s’est masculinisé. A la suite de la prédication de Jésus, Dieu a été appelé Père, Jésus-Christ a été désigné comme le Fils et l’Esprit, dans la langue grecque, est devenu masculin.

On conçoit que cette « masculinisation » de Dieu ait suscité un manque dans la piété populaire. Marie assume donc, pour le christianisme, le côté féminin, maternel, matriciel et miséricordieux de Dieu.

Autre point. Très tôt, dans le théologie officielle comme dans le piété populaire, le Christ a été haussé du côté de sa divinité, il a été de plus en plus considéré comme Dieu lui-même. Ainsi Jésus Christ perd son humanité. Et c’est Marie qui prend la place de l’humanité de Jésus. Certes, la théologie officielle du catholicisme ne substitue jamais Marie au Christ qui reste l’unique Rédempteur (c’est-à-dire Sauveur). Mais la piété populaire, peut-être parce qu’elle n’a jamais compris la théologie du sacrifice rédempteur du Christ (pourquoi Dieu veut-il qu’il y ait un supplicié pour pouvoir accorder son pardon aux pécheurs ?) voit en la Vierge Marie l’image du pardon, du salut et de la miséricorde et substitue souvent cette image à celle du Christ trop complexe et énigmatique puisqu’il est à la fois crucifié et ressuscité, martyr impuissant et Seigneur en gloire, victime et Rédempteur, homme et Dieu.

 

Le problème de fond

 

Ce qui est en jeu dans la question mariale, c’est la question de l’articulation entre d’une part les aspirations religieuses spontanées et naturelles des hommes et d’autre part l’enseignement évangélique et dogmatique fondé sur la mort et la résurrection du Christ, tel que l’a élaboré St Paul en particulier.

Les hommes aspirent à une figure de la divinité qui soit féminine, maternelle et miséricordieuse et qui les encourage à faire le bien et à obtenir leur salut par des actions méritoires. Et, en revanche, l’enseignement de St Paul, affirme que Dieu est un Dieu énigmatique qui ne peut accorder sa grâce à l’homme qu’au prix du sacrifice d’un innocent.
Certes, on dira que la Vérité, c’est n’est pas ce à quoi aspire notre religiosité ; c’est ce qu’ont enseigné Jésus-Christ et le Nouveau Testament, et seulement cela. Soit, mais reconnaissons que l’enseignement de Jésus est bien difficile à établir avec certitude. Et, pour ce qui est du Nouveau Testament, il y a un abîme entre ses constructions théologiques et ce que l’on peut penser être l’enseignement du Maître. Ainsi, il faut le reconnaître, le Sola Scriptura cher au protestantisme donne à la Vérité un fondement bien incertain et équivoque.

 

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Bibliographie

Jacques Duquesne et Alain Houziaux, La Vierge Marie, histoire et ambiguïté d’un culte, Atelier 2007

Alain Houziaux : Ces questions qui inquiètent la foi DDB 2010.

 

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