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L'aide au tiers-monde

à qui profite-t-elle ?

 

 

Alain Houziaux

 

 

7 février 2009
Dans son principe, l'aide au tiers-monde est fondée sur l'idée que le genre humain dans son ensemble constitue une unité et forme un seul peuple. Elle est une mise en œuvre des idées de justice, de mise en commun des richesses et d’universalité.
Et pourtant, elle est aujourd'hui souvent remise en cause, non pas tant parce que les pays riches deviendraient plus égoïstes (quoique ...), mais d'abord parce qu'elle apparaît mme un tonneau des Danaïdes. On désespère de pouvoir aider l'Afrique en particulier, et à plus forte raison de pouvoir la sauver. Et on se demande : l'aide au tiers-monde est-elle un gaspillage ? Est-elle vraiment utile ?
Mais en fait, le problème n'est pas là. La véritable question, c'est : à qui profite cette aide ? Sa fonction est-elle vraiment d'aider les pays pauvres ?

Ce que nous voulons montrer, c'est que l'aide au tiers-monde constitue un paravent et un leurre qui cachent une vérité tout autre. Cette vérité, c'est que si les pays pauvres sont pauvres, c'est d'abord et avant tout à cause du système économique que les pays riches leur imposent. Cette vérité, c'est qu'en fait, ce sont les pays pauvres qui enrichissent les pays riches et non l'inverse. Cette vérité, c'est que les sommes investies par le Nord dans le Sud ont essentiel­lement pour fonction de revenir, largement multipliées, dans les pays du Nord.
Autrement dit, l'aide au tiers-monde profite d'abord aux pays qui accordent cette aide.

 

Les relations Nord-Sud


Il faut d'abord rappeler quelques chiffres et quelques données
. L'aide au tiers-monde ne doit pas faire illusion. Les pays pauvres sont toujours plus pauvres et les pays riches toujours plus riches. En 1900, le revenu moyen des pays riches était cinq à six fois supérieur à celui des pays pauvres. En 1998, il était plus de soixante-dix fois supérieur. Dans le même sens, ajoutons un autre chiffre : en Afrique noire, le revenu par habitant a baissé d'un quart entre 1987 et 2000.
Le Nord investit de moins en moins dans le Sud. En Afrique, les investissements privés effectués par des capitaux étrangers ont tendance à diminuer. Au cours de la période 1975-1982, les entrées de capitaux étrangers représentaient 3,9 % du produit national brut des pays africains. Au cours de la période 1983-1998, ils ne représentaient plus que 1,8 %.
Ainsi les investissements diminuent. L'aide aussi. L'aide fournie par les pays riches est tombée au plus bas (par rapport au PNB de ces pays) depuis 1945. Celle de la France baisse régulièrement. Néanmoins, rapportée au PNB, elle vient en cinquième position (derrière le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède), très loin devant celle de États-Unis. Elle remonte légèrement depuis peu. Nous dirons pourquoi.

Ce qui conditionne toute l'économie des pays du tiers-monde, c'est le problème du remboursement des dettes qu'ils ont contractées auprès des institutions mondiales (FMI et Banque mondiale), du secteur privé (banques, entreprises du Nord) et des États (principalement les plus industriali­sés). Ces remboursements doivent se faire en devises étrangères (généralement en dollars) et pour cela, les pays du tiers-monde utilisent une partie des revenus provenant de leurs exportations. Comme celles-ci sont en forte baisse (Ainsi, par rapport à l'ensemble des importations entrant dans l'Union européenne, la part des importations de produits africains a diminué de moitié depuis 1975), ils sont obligés de souscrire de nouveaux emprunts à des taux élevés (10 % à 15 %).
Les programmes d'annulation de la dette des pays du tiers-monde n'annulent qu'une infime partie des sommes en jeu. Le FMI et la Banque mondiale (auprès desquels sont souscrits 30 à 75 % des emprunts) ne renoncent jamais à leurs créances, pas plus que les institutions privées. Les mesures d'annulation ne concernent que les dettes d'État à État. Elles ne sont accordées qu'à quelques pays et seulement sur certains remboursements d'emprunts (Éric Toussaint, « Enrayer la spirale infernale de la dette », in Contre la dictature des marchés, La Dispute, 1999)
Plus précisément, elles ne sont accordées qu'aux pays ayant obtempéré aux prescriptions du FMI (entre autres, l'obliga­tion de privatiser, de s'ouvrir à l'importation de produits étrangers même au détriment de la production locale), qui suivent des « programmes d'ajustement structurels » et qui continuent à exporter (il faut que le ratio des exportations par rapport au PIB soit d'au moins 30 %).
Mais revenons à la question posée.

 

L'aide au tiers-monde, pourquoi l'accorde-t-on ?


Les raisons pour lesquelles les pays riches aident les pays pauvres sont diverses.
Des considérations politiques motivent bien des assistances économiques. Celles-ci sont souvent accompagnées d'« assistances militaires » ayant un intérêt stratégique. Et elles se monnaient en allégeances politiques bien utiles notamment lors des votes à l'ONU.
Depuis le 11 septembre 2001, l'aide au Sud remonte. Les pays du Nord ont pris conscience qu'il n'était pas bon de laisser les pays du Sud basculer dans le chaos, la mafia et le terrorisme. Mais l'aide va bien sûr aux bons élèves qui luttent contre le terrorisme et ouvrent leurs frontières a produits des pays riches (Sylvie Brunei, in L'aide au Tiers Monde, à quoi bon ? dir. Alain Houziaux. L'Atelier, 2005)

Lorsque les pays du Nord aident les pays du Sud, ils obligent souvent le pays qui bénéficie de cette aide à l'utiliser en partie pour acheter les produits du pays donneur, même Si ceux-ci ne sont pas prioritaires pour lui. Cette aide dite « liée » est donc un investissement rentable, les pays donateurs récupérant en fait leur mise. Cette aide « liée » tend à diminuer, mais elle reste néanmoins importante.
L’aide au tiers-monde profite essentiellement aux riches des pays pauvres. Elle accroît dans ces pays l'écart entre les riches et les pauvres. Certes, certains disent que l'enrichissement des plus riches finit par bénéficier aux plus pauvres.
Mais c'est faux. L'augmentation des inégalités de richesse dans les pays pauvres nuit à la croissance de ces pays. En effet, pour qu'il y ait croissance réelle dans un pays donné, et pour qu'elle profite réellement au pays et à ses habitants, il faut que la consommation locale puisse suivre la production. Ce qui n'est pas le cas.

 

C’est le tiers-monde qui aide les pays riches


Nous avons tous l'impression que ce sont les pays du Nord
qui aident les pays du Sud et que certains pays particulièrement sous-développés (le Burkina Faso, Madagascar) sont sous perfusion grâce à l'apport caritatif des ONG et des coopérants de toute sorte. Mais cette aide apportée par le Nord au Sud cache une réalité tout à fait différente : en fait, le Sud finance davantage le Nord que l'inverse.
Pour étayer cette thèse qui peut paraître surprenante, nous donnerons quelques exemples :

-
 On constate une fuite croissante des capitaux africains vers les pays industrialisés. Il faut en effet le savoir, en Afrique, il n'y a pas que des pauvres. Il y a aussi des riches. « Les inégalités de revenus sont prononcées en Afrique, n'étant dépassées que par celles de l'Amérique latine. En Afrique, les 20 % les plus riches de la population ont des revenus dix fois supérieurs à ceux des 20 % les plus pauvres. À titre de comparaison, les chiffres sont 4,5 fois pour l'Asie du Sud et 6,3 fois pour les pays industrialisés (Rapport sur la situation économique et sociale de l'Afrique, édité en 1999 par la Commission économique pour l'Afrique, cité par Anne Cécile Robert, L'Afrique au secours de l'Occident, L'Atelier, 2004.)
Et il ne faut pas croire que cette richesse des riches profite aux pauvres. Ceux qui s'enrichissent dans les pays du Sud investissent dans les pays du Nord ou cachent leur magot dans les paradis fiscaux et dans les banques des pays riches. Cette richesse profite ainsi d'abord aux pays riches. 70 % de la richesse privée non foncière des habitants des pays subsahariens son envoyés dans les banques du Nord ou investis dans les pays ­du Nord (Cnuced, Le Développement de l'Afrique, une approche comparative, Genève 1998).
On pourrait supposer que les impôts prélevés par les États africains sur les entreprises étrangères établies sur leur sol leur profitent. Mais, dans les faits, en raison de la corruption, ­le tiers de ces impôts est détourné vers des banques européennes ou dans des paradis fiscaux.

- Les pays riches prêtent ou donnent de l'argent aux pauvres
pour les aider à produire. Mais, en fait, c'est mieux en tirer profit. D'une part les pays riches obligent ainsi les pays pauvres à produire pour l'exportation (alors qu'ils auraient grand besoin de produire pour eux-mêmes) et d'autre part, les pays pauvres doivent payer des taxes douanières aux pays riches lors de l'importation de leurs produits dans ces pays. « Chaque année, les pays en développement perdent environ 700 milliards de dollars en raison des barrières commerciales des pays riches : pour chaque dollar fourni en aide et en allégement de la dette, les pays pauvres en perdent quatorze à cause des barrières commer­ciales (Cité par David Sogge, Les Mirages de l'aide internationale, Enjeux Planète, L'Atelier, 2003)

- Jusqu'à ce jour, les sommes que le Sud a versées au Nord
au titre du remboursement de la dette ou au titre d'investis­sements dans les pays du Nord ou de placement dans les pays du Nord ont été sept fois supérieures à celles que le Nord a versées au Sud au titre de l'aide publique au dévelop­pement. Selon les propres chiffres de la Banque mondiale, la dette que les pays du Sud avait contractée avant 1982 auprès du Nord a déjà été remboursée quatre fois (du fait du jeu des intérêts composés). Et pourtant, aujourd'hui, les pays du Sud sont quatre fois plus endettés vis-à-vis du Nord qu'ils ne l'étaient en 1982. Pour la seule année 1999, les pays à faibles revenus ont payé au Nord une somme cinq fois supérieure à celle qu'ils ont reçue. En 2000, ils ont remboursé 127 milliards de dollars de plus qu'ils n'ont reçu et, en 2001, 138 milliards de dollars de plus (Banque mondiale, Washington, 2001, cité dans Anne Cécile Robert, op. cit.)
La moitié des sommes prêtées aux pays pauvres par les pays riches retourne dans les banques des pays riches. Les sommes en banque dans les pays du Nord pour le compte des potentats africains ou autres représentent la moitié de la dette contractée par les pays pauvres auprès des pays riches.
L'annulation de la dette est-elle une solution ? Michel Rocard écrit : « Effacer toute la dette, ce n'est pas si simple. Pour ma part, je plaide pour le remboursement des prêts en monnaie locale. Cela peut mettre l'argent du remboursement des prêts dans des projets d'école, de santé, etc, décidés d'un commun accord entre les parties. »

 

Le libéralisme en question


Le premier mal qui ronge le continent noir
, c'est la perversi­té du libéralisme et l'obligation d'entrer dans le jeu de la mondialisation. Les pays africains sont ainsi poussés à orienter leur production vers l'exportation alors que les besoins locaux sont loin d'être satisfaits. Ils doivent importer et exporter sans restriction au prix fixé par le marché mondial. Et dans ce libre-échangisme, les pays sous-développés sont toujours perdants. Le commerce international devrait obéir aux mêmes règles que la boxe : on n'organise pas de combat entre les poids lourds et les poids plume.
La pauvreté des économies africaines est d'abord due à ce libéralisme. Ces économies sont quasi totalement dépendantes des pays du Nord et des cours du coton, du café et du cacao fixés par les Bourses du Nord.
Les plans d'ajustement structurel que la Banque mondiale et le FMI exigent des pays du Sud pour leur accorder des prêts exigent qu'ils acceptent l'économie de marché et aussi la privatisation de leurs productions et des services (jusqu'à celui de l' eau !).

L'ouverture économique des pays du Sud aggrave les inégalités à l'intérieur de ces pays. Elle augmente les écarts des richesses. Cela a pour effet de provoquer les « révoltes de la faim », les crises politiques, et par là même la fin des subventions, la disparition des entreprises, la montée du chômage.
L'Afrique devrait pouvoir utiliser, au moins à titre transitoire, l'arme du protectionnisme comme l'Europe l'a fait après la Seconde Guerre mondiale et comme elle le fait encore dans certains secteurs. Établir une forme de protectionnisme, telle est l'opinion défendue par Michel Rocard. (Michel Rocard, in Questions de sens, novembre 2003).
« Il n'est pas vrai que la clef du développement des pays pauvres soit l'accès de leurs produits aux marchés mondiaux. Il est dangereux de mettre en situation de libre­échange intégral des pays dont le niveau de développement est très inférieur à celui des pays riches. Il faut donc favoriser le marché intérieur. Et il faut, au moins au départ, que le Pays aidé adopte une politique protectionniste. »

 

Quelques règles pour que l'aide au tiers-monde soit plus efficace

Je ne voudrais surtout pas que ces propos nous découragent de poursuivre une aide aux pays du tiers-monde. Mais cette aide doit tenir compte des réalités économiques, et en particulier sur les points suivants:

- L'aide ne doit pas d'abord favoriser les exportations des pays pauvres vers les pays riches. Un pays n'est en capacité d'exportation que lorsque son marché intérieur (la consommation locale) atteint un certain niveau. Il importe donc de favoriser la production destinée à la population locale.

- Les aides doivent favoriser les réformes agraires, l'accès à l'eau, la réglementation du marché, le protectionnisme vis-à-vis des produits à consommation locale, la couverture sociale, etc.

- Il faut aussi augmenter l'aide en matière d'éducation et de santé. Elle ne représente que l % à 2 % de l'aide totale. il faut également promouvoir l'électricité et les routes pour permettre l'émergence des industries et le commerce local.

- L'aide au développement doit être effectuée directement auprès des pauvres des pays pauvres, et non auprès des riches. Pour que l'aide au développement atteigne les pauvres, il importe que les pays riches refusent d'entrer dans le jeu de la corruption qui enrichit les riches des pays pauvres.

- Les ONG et les institutions étrangères ne doivent pas se substituer aux organisations locales et à l'État. Elles doivent venir en appui à des acteurs internes au pays aidé. Sinon, elles ne font que du replâtrage et de l'urgence chronique.

- Pour ce qui est de l'aide aux pauvres des pays du tiers-monde, ce sont d'abord les riches de ces pays (qu'ils vivent au pays ou qu'ils soient expatriés) qui sont les premiers concernés. Les ONG des pays riches doivent d'abord venir en appui aux actions caritatives qu'ils entreprennent.

- Il faut se méfier des ONG dont les frais de fonctionnement et de personnel sont parfois exorbitants. Il faut le savoir, il y a des « nababs de la pauvreté » et une nomenklatura de l'aide au développement.

 

En conclusion, je dirai ceci : la pauvreté des pays en voie de développement doit d'abord être combattue non pas par la bienfaisance, mais par le combat politique auprès des élus des pays du Nord. Ce sont eux qui doivent intervenir pour que la dette cesse d'être une spirale infernale qui ne peut être remboursée que par de nouveaux emprunts.

J'ajoute qu'à mon sens, le problème des relations Nord-Sud risque de devenir le problème majeur du XXIe siècle. Du fait de l'augmentation des écarts entre le Nord et le Sud et du fait du réchauffement climatique qui va handicaper encore plus les pays du Sud, le Sud risque d'être dans une situation de plus en plus désespérée. Dès lors, plusieurs scénarios catastrophe sont envisageables. Nous y reviendrons.

« Christianisme et conviction politique »
Desclée de Brouwer.

 

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